Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

[PNG] ArBobl_logo_100

Identifiez-vous pour accès privé

Déconnexion.

 

14/07/2018

                                                                                  Page complétée en janvier, février, mai, juin 2018

 

DE  QUELQUES  CARACTERISTIQUES, BANALES  OU ORIGINALES, DE CE  JOURNAL...

PARUTION

   De la fin de septembre 1904 au tout début d'août 1914, « ar Bobl » paraît chaque semaine, le samedi, jour de marché à Carhaix, sauf au cours d’une assez brève interruption du 11 janvier  au 11 avril 1908  (502 numéros).


                                                                                 Taldir salue la longévité de son journal

[PNG] 200 parutions Taldir 24 10 1908                                                       Ar Bob, 24 octobre 1908


LECTORAT

    Les sous-titres successifs choisis par Jaffrennou, tête pensante du comité de rédaction (Solu, Le Berre, Le Menn, Le Floc’h, Diraison, Radiguet, Duhamel) témoignent de la volonté de toucher aussi bien les Bretons de Bretagne que ceux qui ont émigré, les agriculteurs  que les intellectuels, les ecclésiastiques que les employés, les nobles que les carriers… 

 Voici ce qu'écrit Taldir

En 1912

 

Bloavez mad 1913

Bloavez mad d'an holl Vretoned

D'hon c'herent ha d'hon mignoned

D'hon lennerien Breiz ha Bro-C'hall

Ha d'hon gwerzerien koulz hag all

D'ar Barz, d'ar belek, d'ar Bourc'hiz

Ar re anê gav mad hon giz

Bloavez mad da Fant ar Vatez

Da Iannig Kouer, debrer patatez

Ha da gemend den, ru pe nobl,

Mar deo eur c'hamarad d'ar Bobl

Bonne année 1913

Bonne année à tous les Bretons

A nos parents et à nos amis

A nos lecteurs de Bretagne et de France

A tous nos vendeurs

Au barde, au prêtre, au bourgeois

A ceux d'entre nous qui aiment nos coutumes

Bonne année à Françoise la servante

A Jeannot le paysan, mangeur de patates

Et à chacun, rouge ou noble

S'il soutient ar Bobl

 

Ar Bobl, n° 419, 28 décembre 1912 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2013


dans le numéro 325 du 18 mars 1911

"Ar muia lennet ar gazetennou e Breiz Izel eo "ar Bobl". Mond a ra ti pinvidik ha paour"

"Le journal le plus lu en Basse-Bretagne est "ar Bobl". Il pénètre chez les riches comme chez les pauvres"

Traduction: Jean Yves Michel, juillet 2014

puis dans le numéro  339, du 24 juin 1911:

"Ar Bobl a des abonnés dans toutes les classes sociales. Il est lu dans chaque maison dans un périmètre de huit lieues autour de Carhaix"

 

et  dans le numéro 408 du 12 octobre 1912

"Ar Vretoned  o deuz lennet eur wech gazetenn "Ar Bobl" a zeu n'int ket vit tremen hep hi"

"Les Bretons qui lisent une fois le journal "Ar Bobl", ne peuvent plus s'en passer"

Traduction: Jean Yves Michel, juillet 2014

  

Cependant, il arrive que les rédacteurs d'ar Bobl, informés de manière erronée, reçoivent une lettre de rectifications, qu'ils s'empressent généralement de publier.

    Ainsi, dans son édition du 13 janvier 1906, Ar Bobl rapporte la cérémonie de décoration du Mérite agricole accordée à M. Daniel, de Spézet, et à ce dernier remise par M. Anthoine, maire radical-socialiste de Carhaix, en présence de M. Ollivet, maire libéral de Spézet et de Baniel, adjoint rad-soc et Rivoal, adjoint libéral, à l'occasion de la visite des écoles

   Dans la semaine, la rédaction, rue des carmes à Carhaix, reçoit le poulet, en breton, suivant...

Histor fentus divarbenn eun dekorasion. Setu ama petra skriv d'emp eul lenner deuz parrez Speyed

" Aotrou, En ho journal disadorn, c'houi a gont eun drol a histor divar benn dekorasion "Ian Pont ar Stang". N'ouzon ket pelec'h eo bet kelaoucher o klask e gelaou, mez n'eus ket eur pez gwirione er c'helou-ze, ha setu ama penoz "Ian ar Stang", pe mar kavet gwell, an Daniel, deuz Speyet, a zo eun den kez ha na oar na lenn na skriva, ne oar nemed kamma e ilin. Bet eo dekoret gant Aotrou Anthoine, Maër Keraez, e-pad eureud merc'h Ar Gwen, ha n'eo ket e-pad vizit ar skoliou. Ama n'euz bet vizit skoliou a-bed !

  Lavaret a ra ive ho skrivagner penoz an A. Rivoal, adjent-maër, a oa prezent eno. N'eo ket gwir ze, Rivoal n'a ket d'al leinou-eured pa ne ve ket pedet da vond. An de-ze e oa barz Gourin. Hag evid echui, lezet ac'hanon da lavaret deoc'h penoz omp bet ken souezet o weled dekori Ian Pont ar Stang deuz merit al labour-douar, evel m'omp bet o weled Anthoine o staga ar ruban d'eza. Piou nije gleet staga ar ruban, mar n'eo ket maër Speyet e-hunan an hini eo, an Aotrou Ollivet ?

        Eur mignon

Une histoire amusante à propos d'une décoration. Voici ce que nous écrit un lecteur de la commune de Spézet

"Monsieur, dans votre journal de samedi, vous racontez une drôle d'histoire à propos de la décoration de "Jean du pont de l'étang".. Je ne sais où votre pêcheur de nouvelles est allé chercher celle-là, mais elle ne contient pas une once de vérité, de fait "Jean du pont de l'étang", ou si vous préférez, Le Daniel, de Spézet, est un pauvre sire, qui ne sait ni lire ni écrire, mais seulement plier le coude. Il a été décoré par M. Anthoine, maire de Carhaix, pendant les noces de la fille Le Guen, et non pendant la visite des écoles. Il n'y a jamais eu de visite des écoles ici !

     Votre rédacteur prétend aussi que M. Rivoal, adjoint au maire était présent. C'est faux, Rivoal ne participait pas aux repas de noces, car il n'y avait pas été convié. Ce jour-là, il était à Gourin. Et pour terminer, laissez-moi vous dire à quel point nous avons été stupéfaits que Ian Pont de l'étang soit décoré par Anthoine, maire de Carhaix, qui a attaché le ruban. Qui aurait dû épingler la décoration, sinon le maire de Spézet en personne, M. Ollivet ?

     Un ami

 Ar Bobl, 20 janvier 1906
 Traduction: Jean Yves MICHEL, juin 2018

 


Même s'il se heurte à des détracteurs, contre lesquels il ferraille volontiers, Ar Bobl est parfois chaudement félicité 

 

[PNG] compliments a ar bobl 24 09 1910                                                                                   Ar Bobl, 24 septembre 1910


  Où sont les lecteurs potentiels ?

- A Carhaix, petite ville, capitale de la Haute Cornouaille et qui compte un peu moins de 3500 habitants en 1911

 

 

Dans les gros bourgs ruraux, comme Gourin, Châteauneuf-du-Faou,  Le Huelgoat, Le Faouët, Guémené-sur-Scorff, Rostrenen; voici la structure socio-professionnelle de Callac (Côtes-du-Nord = Côtes d'Armor), 3600 habitants en 1911



 - Enfin dans les communes rurales et agricoles qui forment le fond de la population du Poher

Voici l'exemple de Paule (Côtes-du-Nord) qui compte 1927 habitants en 1911

 

[PNG] Paule strates 1911 Capture.PNG

Le palmarès du concours de cidre interdépartemental (qui sont les membres du jury ?) de Noël 1913 organisé par Ar Bobl donne une idée du lectorat:

"1- Cabillic, Ecole d'agriculture, Rennes  2- Guedes Pierre, cultivateur, Châteaulin  - 3- Henry Jean Louis, Kervinen, Lennon  4- Quelen Herry, ville de Châteaulin  5- Le Bec Yves, Roskornoa, Poullaouen  6- Léon Jean Marie, instituteur, Saint-Hernin  7- Brenner, Penn ar Prat, Lopérec  - 8-Kerou Yves, Lez Kastell, Plougonver  9- Riou Michel, instituteur, Callac  10- Dupuis Jean, instituteur, Le Saint  11- Le Boulc'h Jean Marie, Guerdefeu, Scrignac 12 - Magorou Théodore, Rest Kostiou, Kergrist 13- Thomas François, Toul an Alle, Carnoët  14- Leizour Joseph, Plougonver  15 - Le Devedec Pierre Marie, VILLEBON (SEINE-ET-OISE) 16- Lozac'h Jean, Huelgoat  17- Nédélec Pierre, Plouigneau 18 - Tromeur, Kerivarc'h, Brasparts  19 - Lamendour, Plounéour-Ménez  20- Péron Guillaume, Cloître-Saint-Thégonnec"

Ar Bobl, 7 février 1914

Dans le numéro 366, daté du 30 décembre 1911, Taldir dresse la liste des 124 concurrents âgés de moins de 17 ans qui participent au concours de rédaction d'un texte en breton sur un sujet imposé par Ar Bobl:

Carhaix: 14 concurrents; Poullaouen: 3; Plouguer: 3; Saint-Hernin: 2; Carnoët: 11; Le Moustoir: 4; Trébrivan: 1; Plévin: 1; Maël-Carhaix: 2; Plusquellec: 2; Locarn:3; Duault: 2; Callac: 3; Huelgoat: 4; Scrignac: 3; Locmaria: 1; Landeleau: 1; Rostrenen: 2; Glomel: 1; Kergrist-Moëlou: 2; Gourin: 1;Collorec: 1; Laz: 1; Lohuec: 2; Plouguernével: 1; Calanhel: 1; soit 72 constituant le "premier cercle"

Scaër, : 1; Pleyben: 2; Plomodiern: 1; Lopérec: 1; Plougonver: 3; St-Gilles-Pligeaux: 1; Caurel: 1; St-Nicolas-du-Pélem: 1; Guiscriff: 1; Le Saint : 1; Belle-Isle-en-Terre: 1; voilà pour le deuxième cercle

 

Milizac: 1; Lesneven: 1; Bodilis: 1; Morlaix: 6; Lanmeur: 2;  Plouégat-Moysan: 1;  Guerlesquin: 1; Concarneau: 1; Quimper: 1; Le Guilvinec: 1; Lannion: 1; Languidic: Lanester: 1 constituant le troisième cercle

Et enfin, au loin: Nantes: 1; Le Havre: 2; Paris: 2

On notera que Brest, ville "française" n'a fourni aucun concurrent

 

 Parmi les vainqueurs de concours de Noël 1910 figurent un Le Barc, camionneur à Nantes, un Le Menn, de Vendôme (Loir-et-Cher), un Gouriou François, instituteur à Nanterre (Seine) et un Jules Gros, domicilé Bulowstrasse, à Berlin, Allemagne !!!

 

Les gares où l'on peut acheter   - ar Bobl, n° 2, 1er octobre 1904

 

[PNG] gares ar Bobl, 1er oct 1904, n 2

Il faut ajouter à cette liste la gare Saint-Lazare (Paris, VIIIe arrondissement)

  La "zone d'action du journal" (sic)


 

Le "coeur" de l'ensemble géographique de diffusion de l'hebdomadaire est le Poher dont Taldir donne ci-dessous la composition:

"Le Poher – Il compte 11 cantons : Maël-Carhaix, Rostrenen, Gouarec, St-Nicolas-du-Pélem, Mûr-de-Bretagne, Callac, Bourbriac, Carhaix, Châteauneuf-du-Faou, Le Huelgoat, Gourin"

N° 225, 17 avril 1909

Soit 7 cantons des Côtes-du-Nord, 3 du Finistère, un du Morbihan. En 1913, Taldir affirme que son journal est en vente dans 200 communes rurales

 

Voici une vue aérienne de la commune natale de Taldir: Carnoët, établie sur une plateau (pénéplaine) coupé de vallées à pentes raides, offrant à l'oeil une marqueterie de champs de toutes tailles et formes limités par des talus plantés (bocage). Au bourg, qui concentre la mairie (invisible, derrière l'église), le cimetière,  l'école, quelques ateliers d'artisans (dont celui de l'arrière-grand-père de l'auteur de ce site), s'opposent les fermes dispersées situées à l'extrémité de chemins creux humides et boueux.

[PNG] Carnoet vue aerienne

 

Voici la carte de la Bretagne centrale parue dans le numéro 416, du 7 décembre 1912

 

[PNG] carte Bretagne centrale par ar Bobl 416 7 déc 1912.PNG

 

Convergence d'intérêts netre Ar Bobl et des hôteliers

[PNG] pub pour hoteliers offrant ar Bobl 11 07 1914

Et, en 1914, ar Bobl ajoute  une troisième corde à son arc: des articles en anglais, gallois, édités sur une page spéciale. Il est vrai que Taldir pratique assez bien la langue anglaise pour servir de lien entre des régiments français et anglais sur le front de la Somme durant la Grande Guerre.

[PNG] ar bobl en 3 langues 14 02 1914                                         

                                                                                 Ar Bobl, 14 février 1914

 

MAIS:

Il faut convenir que le vieux Breton peint par Charles Rivière en 1910, à coup sûr illettré, ne saurait être un lecteur du journal de Taldir.

 

[PNG] Vieux Breton.PNG

Charles RIVIERE (1848-1920),Breton, 1910

Huile sur toile, 74*92 cm -Collection Musée du Faouët - Cliché Musée du Faouët

Avec l'aimable autorisation de M. le Maire du Faouët (août 2015)

 

En effet, ce Breton du Morbihan ne capte les nouvelles, essentiellement locales, que de la bouche des ses voisins et du tambour de ville, que voici:

    [PNG] tambour de ville.PNG

 Charles RIVIERE (1848-1920), le Tambour de ville, vers 1914

Huile sur toile, 146,5 * 115 cm - Collection Musée du Faouët - Cliché Musée du Faoüet

Avec l'aimable autorisation de M. le Maire du Faouët (août 2015)

 

UN VECTEUR DE PROGRES DE LA LANGUE BRETONNE:

"Constatation:

  Il y a dix ans quand Jaffrennou a fondé ar Bobl à Carhaix, il n'existait pas  de dépôt de journaux dans une commune rurale sur dix à trente kilomètres autour de Carhaix.

   En créant des dépôts partout, ar Bobl a forcé son ami paysan à lire. Aujourd'hui, nous garantissons qu'il n'y a pas une commune dans le Centre-Bretagne qui n'ait son dépôt d'ar Bobl. A notre suite, d'autres journaux ont pu pénétrer à leur tour.

     Notre vente au numéro dans les campagnes est aujourd'hui des deux tiers plus élevée qu'elle n'était au début. Conclusion: le journaliste collabore à l'instruction; le journal est la meilleure des oeuvres post-scolaires. Il faut que celui qui est sorti de l'école à treize ans continue de lire les journaux, divers journaux pour se faire lui-même une opinion, tout en réservant sa préférence à ceux qui impriment du breton qu'on ne leur a pas enseigné à lire en classe et qu'il doit conséquemment apprendre tout seul après"

Ar Bobl, n° 461, 18 octobre 1913


ORIENTATION POLITIQUE   ET  CONTENUS

  La Dépêche de Brest salue ainsi la naissance d'Ar Bobl:

   "Carhaix - M. Jaffrennou vient de fonder à Carhaix  un nouveau journal, ar Bobl. Au point de vue politique, ce journal déclare qu'il se joindra à ceux qui voient dans la religion la sauvegarde intellectuelle et matérielle"

Edition du dimanche 2 octobre 1904

François Jaffrennou ne se lasse pas de présenter son journal comme une institution vitale pour l'Argoat:

  "Par son tirage  hebdomadaire (6000 numéros dont 1000 abonnés), AR BOBL est l'organe le plus autorisé du pays bretonnant. Absolument indépendant, son but est la rénovation de la nationalité bretonne, la défense de tous les intérêts matériels et moraux des Bretons.

    Répandre et faire lire Ar Bobl, c'est apporter sa collaboration au Régionalisme pratique et démocratiser les choses de l'esprit !"

Ar Bobl, 2 décembre 1911

Qu'est-ce que la "nationalité bretonne"? Qu'est-ce "démocratiser les choses de l'esprit" ?


Il s’agit dun journal d’opinion dont les quatre pages hebdomadaires portent sur

-        Le mouvement politique breton, au sens large du terme : activités des cercles celtiques, naissance et décès de « partis » régionalistes partisans de la création de provinces autonomes au sein d’une France fédérale, avatars de la langue bretonne (succès enregistrés et persécutions subies), romans en breton publiés en feuilleton.

 

-        Les nouvelles piquantes ou douloureuses émaillant l’actualité des communes de Basse-Bretagne et surtout de celles du Poher  et, majoritairement, de celles de Carhaix : vols, pillages, noyades, incendies, bagarres, jugements émanant des tribunaux de justice de paix, soûleries, accidents, comptes-rendus de courses de chevaux, de kermesses.  Et une prédilection affirmée pour les faits politiques micro-régionaux.

-        Les grands événements ou problèmes nationaux, rarement internationaux de l’heure : les grèves, les crises économiques, le progrès technique, l’affirmation du socialisme, du radicalisme, du syndicalisme, de la franç-maçonnerie… Ar Bobl n’analyse pas longuement la montée des périls extérieurs.  Il est vrai que peu de journaux de l’époque le font…

 

-        La nécessaire publicité en dernière page : avec seulement 600 abonnés, un tirage moyen de 4 000 exemplaires hebdomadaires, mais aussi quelques centaines d’invendus,  et de fréquents procès de presse pour diffamation intentés par les adversaires carhaisiens du « Bop », l’équilibre financier est fragile au point que Jaffrennou doit faire appel aux dons de ses lecteurs en 1907.

 

EXPRESSION  ECRITE, PRIX, SOURCES, CONCURRENTS, OPPOSANTS...

   Les articles de fond comme les nouvelles brèves sont rédigées en très bon français (et non en "gallek saout", français parlé par les vaches ou leurs gardiens) ou en breton (du Poher).  

    L'hebdomadaire est vendu à un prix modique : « eur gwennek », un sou ou cinq centimes (un repas ouvrier coûte 40 centimes) à Carhaix comme en rase campagne par des commerçants divers dont la boutique porte une plaque métallique bleue sur laquelle le passant peut lire : «  Ama ve gwerzet ar Bobl » (Ici, on vend « ar Bobl »). L'abonnement annuel est de 4 Francs (-or).

    L’actualité politique, religieuse, scolaire, sociale du Poher étant foisonnante, éruptive, les rédacteurs d’ar Bobl ne sont pas en peine pour remplir les trois pages hebdomadaires, d’autant que le flot des lettres anonymes reçues ne se tarit jamais…

 

   Les seuls concurrents du « Bop » sont les journaux catholiques (la Croix du dimanche, le Petit Courrier du Finistère, que les Républicains nomment «le petit menteur du Finistère ») ou républicain (l’Electeur des Côtes du Nord, le Bas-Breton). Les journaux parisiens sont très peu connus, quelques dizaines d’exemplaires des futurs grands quotidiens régionaux (Ouest-Eclair, la Dépêche de Brest) pénètrent faiblement une masse de 60 000 habitants, largement illettrés, voire analphabètes  (Ar Bobl cite l’exemple de la commune de Spézet : sur les 42 conscrits de 1908, nés en 1888, donc astreints à l’assiduité scolaire entre 1894 et 1901, 20 sont complètement illettrés).

 


    François Jaffrennou  laisse peu de ses contemporains de l’Argoat occidental indifférent. Il est vrai qu’il est passé maître de prendre ennemis et amis à rebrousse-poil. La polémique lui est aussi nécessaire que l’air et l’eau. S’il ne s’est jamais présenté à une élection politique, il a souvent pris ostensiblement parti pour certains candidats, quitte à les vouer aux gémonies quelques années plus tard. Il lui est arrivé aussi de vilipender tel personnage, puis, quatre ans plus tard, de le porter aux nues… Jaffrennou n’est pas la seule girouette de son temps.

 

    "En correctionnelle-

  Le 14 avril après-midi, M. Louis Gourlet, administrateur d'Ar Bobl, se rendit aux guichets des Postes de Carhaix pour son service. M. Pélicot, dit Janvrais, homme de lettres, Officier de l'Instruction publique et secrétaire du comité local Mascuraud, qui se trouvait au bureau intérieur, irrégulièrement d'ailleurs, injuria M. Gourlet en lui disant: "Mouchard ! Vous nous mouchardez tous ! Sortez donc un peu avec moi dans la rue !". M. Gourlet dédaigna de répondre à ces basses invectives. Il chargea Me Gassis, avoué, de porter l'affaire devant le Tribunal de Châteaulin.

Dans son audience du 29 avril, le tribunal a condamné par défaut le publiciste Janvrais à 25 F de dommages et intérêts, 16 F d'amende et aux dépens"

Ar Bobl, n° 227, 1er mai 1909

Le Comité Mascuraud assemble des républicains anticléricaux hostiles à l'usage de la langue bretonne. La plupart sont des  bourgeois petits: agent d'assurances, conducteur des Ponts-et-Chaussées, juge de paix, directeurs d'école publique, "chapeaux mous" de la gare de Carhaix, ou moyens: pharmacien. médecin. Ils sont presque tous politiquement radicaux.

 

Taldir se souvient des circonstances du lancement de sa feuille et des chausse-trappes dressées par toutes sortes d'adversaires

[PNG] lancement ar bobl 1904 A 02 11 1912.PNG

[PNG] lancement ar bobl 1904 B 02 11 1912.PNG

[PNG] lancement ar bobl 1904 C 02 11 1912.PNG

[PNG] lancement ar bobl 1904 D 02 11 1912.PNG

Ar Bobl, 2 novembre 1912

(Aujourd'hui, on aurait intitulé cet article "le lancement" et non le "lancer").

Dans le texte ci-dessous, Taldir livre ses réflexions de journaliste régionaliste d'une petite ville bretonne politiquement radicale

 

[PNG] le journalisme 1 436 27 04 1913.PNG

[PNG] le journalisme 2 436 27 04 1913.PNG

François Jaffrennou, ar Bobl, n° 436, 27 avril 1913

 

Taldir est sa feuille sont en butte aux vexations, moqueries publiées deux fois plutôt qu'une par les journaux républicains, ainsi la Charrue, dont voici l'en-tête

[PNG] En tete la Charrue La Charrue 06 01 1906.PNG

Edition du 6 janvier 1906

 

 

Il faut convenir que la tâche que s'est assignée Taldir n'est pas de tout repos. La Haute-Cornouaille n'est ni riche ni sage comme l'atteste un proverbe breton très caustique:

    "Tri zra 'zo imposubl da Zoue: diveinañ Berrien, diradennañ Plouïe ha dic'hasta Poullaouen"

(Dieu est impuissant dans trois cas: épierrer Berrien, débarrasser Plouyé de ses fougères et  "députainiser" Poullaouen)

 

 Tribulations et avatars n'empêchent guère Taldir de sacrifier à l'habitude de souhaiter une bonne année à ses lecteurs...

                                         

Bloavez mad a zouhetan d'ach

Ha kalz a re all "ganac'h'"

Iec'hed ha "prespolité"

Hag ar baradoz fin ho pue

Je vous souhaite une bonne année

ainsi qu'aux vôtres

Bonne santé et prospérité

Et le paradis à la fin de votre vie

Ar Bobl 4 janvier 1913 Traduction: Jean Yves MICHEL, janvier 2018

 

Une variante (Taldir encore)

Me souhet deoc'h, Aotrou

Eur bloavez mad ha buez hir 

Iec'hed, chans ha prosperité

Baradoz e fin ho pue 

 

 

 Je vous souhaite, Monsieur,

 Une bonne année et une longue vie

Santé, chance et prospérité

Et le paradis à la fin de votre vie

 

 Enfin Taldir est conscient de la propension d'ar Bobl à  choquer les cerveaux de ses lecteurs...

 

Goulen a ran iskuz digant ma lennerien mar 'c'han martreze dre ar pennad-skrid dilui ha digor-ma da chifa d'ezo eun tam bennag o sperejou ha da derri krak meur a zonjezon goz e oant boaz da vaga en o fenn, lod dre wir greden, lod all dre aoun pe dre lezigerez. Je prie mes lecteurs de me pardonner si j'ai peut-être, à travers un article alerte, un peu chiffonné leurs esprits et détruit plus d'une pensée qu'ils ont l'habitude d'entretenir dans leurs têtes, les uns par pure croyance, les autres par crainte ou paresse.
Ar Bobl, 4 mars 1905 Traduction: Jean Yves MICHEL, mai 2018







Dernière modification le 24/06/2018

Site motorisé par ZitePLUS 0.9.1