Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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20/07/2018

                                                Page complétée le 18 février 2017, en avril et mai 2018

 

2) Ce qui est haïssable

a) Première faute inexpiable selon ar Bobl:  la méchanceté jacobine à l'égard d'une Bretagne exploitée et opprimée

 

Holl e ouezet n'am beuz biskoaz en em zellet evel eur Gall, na Breton rik a-bed ken neubeud etouez ma mignoned. Bretoned omp da genta, dre hon tud koz ha Fransijen omp deut da veza dre m'eo bet eur wech bennag, 'barz ar brezellou, trec'h ar fuzul d'ar vaz !

   Mez piou a c'hallfe kemer varnan lavaret gant asuranz da lavarte gwir had da hed, penoz eun de bennag na gemero ket pephini ar pez a zo d'ezan. Piou a c'hall toui hep kaout aoun da lavaret gaou, penoz Broad Breiz, ennhi tri milion hanter a dud, tud krenv, tud a boan, tud kontant de veva ha da brosperi evel ar boblou all, a chomo hed an amzeriou kabestret evel eur gazek, hualet d'ei e zreid, ha n'he deuz netra da zonjal kaout nemed ar pez a reio d'ezi an mesaër ?

   Piou a ve ferm awalc'h e gaoz da c 'hallout assuri d'ar Vretoned et elc'hint hed birviken da boania, da c'hreui gant an anoued hag ar gernez, evid rei prepolite da Franz, ha sikour-houma da veza evel ma 'z eo e gwirione perlezen ar bed, dre he finvidigez, pa chomp-ni chomet memez tra ken treut ha chas, ken paour ha rac'hed ?

  Petra ra d'eomp, ni tud a ouenn dishenvel deuz ar re bord al Loire, ar Garonn pe ar Seine, e vo ar re-ma perc'hennou d'eun niver a goloniou hag a rapport kant evid unan mar deo ni, sodien Breiz, eo a c'hone anezo evito, hag a zifenn anezo evito, hep kaout, a breporsion, kemend a c'honidigez evel a boan a lakeomp ?

    Allo ta, an hini a lavarfe ze a ve poent e staga !

   Arru eo ar mare evidomp da zellout euz an afferou gant daoulagad parfet, hep facha hag hep saillat var hor breudeur. Penoz a vo gret da renka an traou evel zo dleet evit m'en ro gwitibunan ar muzul just ar beadra, deuz al labour a ro hag ar boan a gemer ?

   Penoz e teu an dra souezus-ma da veza gwir ? Ec'h eo Ian Vreton eo a boain ar muia deuz Iannou Franz, evid gweled e dammik gonedigez o redek deuz tre e zaouarn evel eun bannac'h dour skler ?

   Da biou e profit porz-mor Brest ? N'eo ket d'emp assur, ha koulskoude n'eus nemed Bretoned o labourat eno. Da biou e profit An Oriant hag An Naoned ? Hag a liseou, ar c'holachou braz e Rozaon ha lec'h all, var zouar piou eo zavet ar re-ze ? Hag an oll skoliou primer a Vreiz, piou a dleche komandi eno, hanvel skolaërien da skoliata ebarz ennê ? Hag an henchou houarn a c'holo ar vro-ma ha da zigas d'ar Gompagnunezou kant dre gant a interest ? 

   Nan, n'eo ket etre daouarn ar Vretoned emaint ! Ha koulskoude, forz pegen aheurtet e vo, den na nac'ho n'eo ket douar Breiz hed da hed d'emp-ni Breiziz !

    An hini a zeu da laerez e vark digant eun den a zo eur fripon a dra-zur; mez mar 'neuz goude c'hoaz an tal da zond da feurmi ar park-ze d'ar paour kezik a oa perc'henn varnan araok, an dra-ma a zo skrijus ha ridikul. Setu petra zo c'hoarvezet ganemp, Bretoned. Ni n'omp nemed merourien en eur plas a zo d'emp. Prientomp peb tra da had kemer hon zra hag euz a zaou n'eomp ket da zibab ar baourentez hag ar sklavach pa c'hallomp gant en eme unani stard, ha derc'hel d'hon c'hosteen, kaout ar binvidigez hag ar frankiz

F. JAFFRENNOU

 


Tous s'étonnent que je ne me sois jamais considéré comme un Français, pas plus que comme un Breton pur, comme quelques-uns de mes amis. Nous sommes d'abord Bretons, par nos ancêtres et nous sommes devenus Français à l'occasion d'une guerre quelconque au cours de laquelle le fusil a triomphé du bâton !

  Mais qui pourrait prendre sur lui d'affirmer, avec assurance, la vérité d'un bout à l'autre, qu'un jour quelconque chacun ne prendra pas ce qui lui revient.Qui peut jurer, sans avoir peur de mentir, qu'une nation bretonne de trois millions et demi d'habitants, des gens forts, durs au mal, aspirant à vivre et prospérer comme les autres peuples, restera à jamais prisonnière comme une jument entravée, n'ayant pour seule idée que de se contenter de ce que lui accorde son gardien ?

   Qui sera assez ferme pour pouvoir assurer aux Bretons qu'ils s'échineront ad vitam eternam, qu'ils crèveront de froid et de disette afin que la France soit prospère, afin de l'aider à demeurer ce qu'elle est en vérité, la perle du monde en raison de sa richesse, pendant que nous resterons comme nous sommes, aussi maigres que les chiens, aussi pauvres que la gale ?

   Que nous a-t'on fait, nous qui sommes d'une race différente de celles des gens des bords de Loire, de Garonne ou de Seine, qui seront propriétaires dans nombre de colonies qui rapportent cent pour un, tandis que nous, entichés de notre Bretagne, nous les enrichirons, nous assurerons leur défense, sans en recueillir, en proportion, le fruit de notre peine ?

   Allons donc, celui qui affirmerait cela serait fou à lier !

    L'ère est venu pour nous de regarder sérieusement  les affaires, sans fâcher ni assaillir nos frères.  Comment s'y prendre pour que les choses soient comme elles le doivent, de façon que tous sans exception reçoivent la juste mesure récompensant le travail effectué et la peine consentie ? Comment cette chose surprenante pourrait-elle devenir vraie ? Jean le Breton travaille durement bien plus que Petit Jean de France, pour constater qu'une partie de sa paie lui échappe des mains comme de l'eau claire.

  A qui profite le port maritime de Brest ? Pas à nous assurément et cependant, seuls des Bretons y travaillent. A qui profitent Lorient, Nantes, les lycées, les Universités de Rennes et autres lieux, sur quel territoire sont-ils édifiés ? Et qui dirigera les écoles primaires bretonnes, alors que les maîtres d'école enseignent tous ? Et les chemins de fer que nous avons obtenus et qui rapportent des mille et des cents  aux Compagnies ?

  Non, rien de tout cela n'est entre les mains des Bretons. Et cependant, tout obstiné qu'il sera, un individu ne pourra nier qu'il y aura toujours une terre bretonne appartenant aux Bretons.

   Celui qui vole un champ est, à coup sûr, un fripon; mais quand ensuite il a en outre le front de louer ce champ à un pauvre homme, il a tout du propriétaire de jadis, ce comportement est tragique et ridicule.C'est pourtant ce qui nous est arrivé, à nous Bretons. Nous ne sommes que des métayers en un lieu qui nous appartient. Préparons toutes choses afin de reprendre notre bien et  ne choisissons pas entre la pauvreté et l'esclavage, puisque nous pouvons en nous unissant fermement et en tenant notre pré carré, acquérir la richesse et la liberté

Ar Bobl, 4 mars 1905 Traduction: Jean Yves MICHEL, mai 2018


b)  Seconde  faute inexpiable, selon Jaffrennou...

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   Collection de la Bibliothèque municipale de Carhaix

 

La une d'ar Bobl du 24 février 1906. L'article est intitulé, en breton: "la lettre du Pape relative à la Séparation". Taldir reproduit la condamnation pure, simple et entière par le Saint-Siège de la Loi de Séparation du 5 décembre 1905.  

 

   "Jugée en langue bretonne: nous signalons avec plaisir l'apparition d'un tract breton sur la dernière loi scélérate

 Ce tract a pour titre: "Lézen gueuïardès, lézen lorberès, lézen laerès..."

   Cette oeuvre de salubrtié publique et de combat est signée 'Kirik Argoed"; elle est en vente, au prix de 10 centimes, chez M. Lafolye, éditeur à Vannes"

    Croix du Morbihan, 7 janvier 1906

    Croix du Morbihan, 7 janvier 1906

 ( La formule bretonne (brezoneg Bro Gwened): "Loi rosse, loi démagogique, dûe à des voleurs")


« Tud ar Republik eo an diaoul ! »

  « Les Républicains, c’est le Diable ! »
Ar Bobl, n° 306, 5 novembre 1910 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012

 

     Aux yeux d’ar Bobl, il s’agit évidemment des républicains de la pire espèce, socialistes, radicaux-socialistes, radicaux, républicains de gauche (parti fondé par Raymond Poincaré en février 1899),  incarnations de l’anticléricalisme luciférien. Même Poincaré ne trouve pas grâce aux yeux d'ar Bobl. Il est vrai que l'homme a déclaré à la Chambre, à l'adresse de l'opposition de droite: "Nous sommes séparés de vous  par toute l'étendue de la question religieuse"...


« Kambr ar saout, pe mar be gwell ganeoc’h, Kambr an Deputeed, en Pariz »

« La chambre des vaches ou si vous préférez, la Chambre des députés, à Paris »
Ar Bobl, n° 61, 18 novembre 1905  Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012

        

         Comme les vaches, les députés ne savent que brouter, donc dévorer, et meugler, c’est-à-dire exiger davantage pour eux et leurs circonscriptions, débattre à perte de vue et en pure perte… C'est l'antre du bavardage et de la paresse..

 Taldir souscrirait-il au jugement émis par le Trégorrois Ernest RENAN (1823-1892): "Le jour où la France coupa le tête à son roi, elle commit un suicide" ( La réforme intellectuelle et morale de la France, 1871) ?

An taill neve war al leve

   Petra eo an taill nevez war al leve ?  Petra signifi ze, al leve ? Var petra na welomp ket brema ar gouarnamant o tremen hep dastum arc'hant ?

Bez e zo da paëa gwirion var : ar Bara; ar Gwin; ar Jistr; ar C'hafe; ar Sucr; ar Holen; ar butun; ar C'hoton; an Danveou; al Ler; en ouspenn ezom hon euz aliez timbchou-post ha paper-timbr, pere a goust ker ! Paëa a reomp patantennou var kement micher ha kement konverz a reomp; paëa a reomp ar maltoterien; ober a reomp devejou hent braz ha me oar !

  Dre an traou-ze holl ez omp krignet, sunet ha diwadet, bepred ve red mond d'ar godel sklapa gwenneien a zo kemend a boan o c'hounid, hag a ia da goueza ato en toull ar Gouarnamant, pehini kazusa keazik a ve bet biskoaz o klask aluzen !

  Setu 'ta e paëomp evit dibri, evit eva, evid gweled slerijenn [..] Hag an taill-ze a vo hanvet: taill var al leve. Evit gouzout just pehini vo ho leve hu, a vo hanvet tud en karg espress-kaër da ze, pere e paëfot evit furcha en ho ti, fuketal en ho presiou, klask en ho paperou, difeillenni ho leoriou-konverz evit gweled pegement e touchet bep plâ.

  Mar doc'h mignon, e vo laket ar gont berr mar d'oc'h adversour, e vo hirraet, ha c'houi a rei goulennou, a skrivo lizerou ha mar zichanz d'eoc'h gounid, ho pezo kollet amzer ha fouetet skouejou !

  Allaz, keid ma vo denved, e voint touzet !

    FANCH

Le nouvel impôt sur le revenu

  Qu'est cet impôt sur le revenu ? Que signifie "sur le revenu ?". Nous ne voyons pas sur quoi le gouvernement est sur le point de prélever de l'argent ?

    Sont déjà assujettis à la taxe: le pain, le vin, le cidre, le sucre, le sel, le tabac, le coton, les tissus, le cuir; en plus, nous avons souvent besoin de timbres-poste, de papier timbré, qui coûtent cher ! Nous payons des patentes sur chaque métier et commerce pratiqués; nous payons les douaniers; nous faisons les corvées d'entretien des grandes routes et que sais-je encore !

  Tout cela nous ronge, nous suce, nous saigne et finit dans un poche qui attire les sous si difficiles à gagner, tout tombe  dans un puits gouvernemental, toujours désagréablement disposé à demander l'aumône ! Vous verrez  que nous paierons pour manger, boire, voir la lumière [...]

Et cet impôt est appelé "impôt sur le revenu". Afin de savoir au juste ce qu'est votre  revenu, on fera appel à des individus chargés expressément de cela, payés pour fouiller vos maisons, fureter dans vos armoires, chercher dans vos papiers, lire feuille à feuille vos registres afin de constater combien vous avez gagné chaque année. Si vous êtes un de leurs amis, vous aurez bon compte, si vous êtes un adversaire politique, la note sera plus lourde; si vous demandez des explications, envoyez des lettres de réclamation et si vous avez le malheur d'avoir raison, vous aurez tout de même perdu votre temps et jeté vos écus par la fenêtre !

 Hélas, tant qu'il y aura des moutons, on les tondra !

FRANCOIS

Ar Bobl, n°14, 24 décembre 1904 Traduction, Jean Yves Michel, octobre 2013



« An taillou

       Ar Gambr n’e deuz great netra evit ar bobl, mez pa neuz ezom arc’hant, da c’hodel Ian Gouër ec’h eio, goude beza kaset da hesk hini ar gonversanted »  

 

 

“ «Les impôts -La Chambre ne fait rien en faveur du peuple, mais lorsqu’elle a besoin d’argent, elle empoche celui du paysan après avoir  tari celui du commerçant »
Ar Bobl, n° 228, 8 mai 1909 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012

 

 Des députés nuisibles, vivant grassement en parasites au détriment des travailleurs… Un relent d’antiparlementarisme….

 

Ar Gambr - follente paotred a femp mil skoed

  Paotred a femp mil skoed, ru pe wen, ne c'houllent ket diskregi deuz an arc'hant o deuz en en roët d'ê o-hunan, heb asatamant ar re a baë anezo. Memez ar re dioutë hag a lavar eo mad espern arc'hant ar vro, a zo da genta o tecl'hen tots d'ar c'hresk paë e touchont koul ar re all.

  E-touez kemend a vleizi naonedik, mare da vare unan bennag a eu hag a zao e vouez da zifenn ar justis. Neuze, an deputeed n'o deuz ket awalc'h a insultou da skei gantan. An deveziou tremenet, eun depute, Charlez Benoit, a oa savet er gador da lavaret e oa eur vez beza votet dre guz eur som kresk ken braz, pa oa kemend a dud o vervel gant an anon hag o balourat noz-de hep gounid eul liard.

  Pa glevar kemend all an chas arajet a hopaz a bouez o fenn var Charles Benoit: "Poezon ! Kanaill ! Haillon !  Leuskon !" ha beb sort cherissou all evelse, ma oa red d'an den honest-ma diskenn deuz ar gador heb gallout komz hirroc'h.

 Benoit a zeu deuz an tu gwen. Deuz an tu ru, an Aotrou sarrien a zo deut d'ean evel eur remors da veza laëret ken braz som; bet eo hardi awalc'h d'hen lavaret, ha dustu re e gosteen o deuz forzet anezan da rei e zilez deuz a renadur ar barti radikal.

Henvel int, paotred a femp mil skoed leve, heb konta pez o deuz en tu all, deus chas-dog o harz den da douch deuz plad o iod.

 Diaviz eo red d'ê beza a-benn klemm c'hoaz e kasfe all unan eun taol botez gant o flad.

 A ! Paotred a femp mil skoed ! A ben tri bloaz bennag ama c'houi zeuio adarre gant o m'en flour, mez bet sur e vo lakeet re all en ho plas. N'eo ket d'ar memez re da brofité atao

Fanch

La Chambre - La folie des individus à cinq mille écus

 Les individus à cinq mille écus, rouges ou blancs, ne demandent pas à se dessaisir de l'argent qu'ils se sont donnés à eux-mêmes sans l'assentiment de ceux qui les rétribuent.

 Même ceux qui affirment qu'il faut économiser l'argent du pays, sont les premiers à insister pour obtenir une augmentation de leurs émoluments, tout comme les autres. Parmi ces pillards affamés, se lève parfois un défenseur de la justice qui parle haut et fort. Alors, les députés n'ont pas assez d'insultes à son égard. Ces jours passé, un député, Charles Benoit, monta à la tribune pour stigmatiser les députés qui, toute honte bue, avaient en douce augmenté leur indemnité, alors que bien des gens meurent de faim tout en travaillant d'arrache-pied sans gagner pour autant un liard.

  Entendant, cela les chiens enragés  jetèrent à Charles Benoît! "Empoisonneur ! "Canaille !Coquin! Voyou !" et toutes sortes de caresses verbales de cette sorte, si bien que cet honnête homme descendit de la tribune sans en dire plus long.

  Benoit est un blanc. Chez les rouges, M. Sarrien et du remords d'avoir volé une si grosse somme,; il fut assez courageux pour le proclamer et aussitôt, ceux de son bord se contraignirent à imposer silence aux chefs du parti radical.

Comme eux, les députés aux 5 000 écus de revenu, sans compter ce qu'ils touchent d'un autre côté, les chiens de chasse empêchent quiconque de toucher à leur plat de bouillie.

  Ils sont si mal avisés de se plaindre encore et encore que l'on donnera un coup de sabot dans leur plat.

    A ! individus à cinq mille écus ! Dans à peine trois ans vous viendrez encore m'enjôler, mais soyez certains qu'on vous remettra tous à votre place. Ce n'est pas toujours aux mêmes de profiter.

François

 

Ar Bobl, n° 166, 30 novembre 1907 Traduction: Jean Yves MICHEL, mars 2015

5000 écus = 15 000 francs-or par an (un instituteur gagne en fin de carrière 2500 F par an)

 

Rousseau avait-il raison lorsqu'il affirmait que sitôt les élections passées, le peuple, au sens politique, n'était plus souverain mais soumis aux maîtres désignés par lui-même ?

 

Mestr ha mevel asamblez

   An Aotrou Chéron, ministr a beb tra (bet eo en Arme, er Voraerez, brema al Labour) en euz great eur brezegen vrao en Sant-Waast en Normandi. D'ar re a oa o silaou anezan an euz lavaret:

"Ar sentidigez, emezan, a zo eun dra gaër; en diavaez d'ezhi n'euz netra en eur vro. En eur Republik, ar bobl a zo ar memez tro "mestr ha sujed" d'al lezen. Arabad eo lezel den e karg a-bed da opat e vestrou. Red eo senti, pe chom heb beza eur vro c'halloudus".

   Gwell a ve laret ar wirionez: ar bobl a zo evel eur jeant chadennet ha gourvezet. Evid ober d'ezan kousket e kont ar c'hornandoued d'ezan beb sort paribolennou. Keit-ze, an Aotrou Chéron hag e sort a vo ministred hed o buez.

Maître et domestique main dans la main

M. Chéron, ministre toutes mains (il fut ministre de la Guerre, de la Marine, et maintenant du Travail) a prononcé un beau discours à Saint-Waast, en Normandie. A ceux qui l'écoutaient, il a dit:

"L'obéissance, dis-je, est une belle chose; si elle n'est pas établie, rien ne peut exister dans un pays. En République, le peuple est à la fois créateur et soumis à la loi. Il est interdit de laisser un individu sans mandat de se moquer de ses élus. Il  faut obéir, ou se résigner à ne pas être un pays puissant".

  La vérité est sortie du puits: le peuple est semblable à un géant enchaîné et couché par terre. Pour qu'il sommeille, des fées lui content toutes sortes de fariboles. Pendant ce temps, Chéron et consorts seront ministres à vie.


Ar Bobl, 7 juin 1913 Traduction: Jean Yves MICHEL, avril 2018

 

    Rousseau préconisait le réferendum d'initiative populaire et la restriction des droits du Parlement à la rédaction de projets de loi...

 

"Promettre", "Toucher", "Profiter": trois maîtres-mots.....

 

Votadeg disul

 Ar votadeg arondissamant a neuz roet e muzul barr disul: n'eo ket gwall kaër !

   E-touez ar c'heleier luiet a zeu d'eomp a gleiz hag a zeou, euz ar ministaër (2), euz ar buroiou, unan hepken a dal ar boan: ar vot a zo chomet eun dra izel, bann heol a-bed na n'euz treuzet ar "poullou hao" (3) nemed marteze e Pariz, Lyon, Marseill.

   N'euz merk a-bed euz eun arouden bolitik sklaër: an departamant-ma a zeblant bralla var gleiz, hennez all a zeblant ober eun gammed a zeou. An ide politik a c'hoari en dra-ze eur rol dister awalc'h, ar gistionou personel, an nec'hamanchou a vourkou bihan, sethu eno ar pennou kaoz da rei moueziou.

      Ar re gleiz a lavaro pennoz ar vro, dre he barn, a asant c'hoaz gant ar Republik hag he lezennou.. Gwir eo; n'eo ket douetus e ve ar Republik ouz goud an holl, rag var 2678 kandidat, ne oa nemed 12 en Franz a lavare dichipot e oant eneb ar Republik.

     [...] Gwelloc'h a ve anzao ar vro ne deus lavaret na ia na nan var al lezennou evid eun digare mad: n'euz ket bet komzet d'ezhi divar o fenn. Neb a lenn kalz a journalou a beb liou, neb a glev kalz a zoktored euz an daou goste o prezeg, a zo souezet braz o weled pegen neubeud e komzer d'ar vro euz he interest gwirion.

 Ebarz pevar-ugent var gant, na gaver nemed giriou goullo, insultadek, lorc'h, ha me  ha ennon-me, ha din-me, hag ouzin-me, ha ganin-me, netra nemed me, me ha me bepred.

 [...] Ar c'handidat na gomze nemed outan e-hunan, evel pa vije bet ar bed holl o trei en dro d'ezan:

 - Bet sonj euz ma c'homzou ! Ma frogram a zo unvaniez, peuc'h, joaüsted, etc, etc... Me vo aze evit ho tifenn. Gallout a ret fiziout var ma devouamant. Me zifenno hoc'h interest, ho troejou, etc.., etc.... Mouez a-bed na drec'ho va ma-hini. Me lak ma fianz ennoc'h ha c'houi ennon-me. Me meuz aozet ar viktor d'eoc'h, c'houi rento anezi dispar evidon, etc..., etc..."

     Komzou goullo, sier avelac'h, moged hag a zispariso 'ben eur moment. Eun dra all hag a zispak divar ar votadek eo an niver braz a fonksionerien a zo eat ar wech-ma war ar renk.

     Ar moueziou liberal a zo kresket en Pariz hag er c'heariou braz, bihaneet int war ar meaz hag en hor Breiz. 

[...] Ha c'hoaz e fell remerki kement-ma: euz an tri parti braz (liberal, radikal, socialist) hini a-bed outo n'eo krenv awalc'h evid lakat eur c'handidat da dremenn anez en em gleved tam pe dam gant unan euz an daou all.

    Er Gambr a zeu, e vo gwelet socialisted hanvet gant sikour moueziou noblans, ha radikaled tremenet gant harp revolusionerien. Ar Gambr-ma a vezo hed he fevar bloaz an testeni euz dic'halloudeger ar vot dre arondissamant. Evid ar peur-rest, e lavaro: "Profitomp pa chomp"

Jaffrennou


Scrutin de dimanche (dernier) (1)

   Le scrutin d'arrondissement a donné sa pleine mesure dimanche: ce n'est pas bien beau !

   Parmi les  nouvelles ridicules qui nous sont parvenues de gauche et de droite, en droite ligne du ministère et des bureaux de vote, une seule vaut la peine d'être retenue: le scrutin demeure un chose basse, aucun rayon de soleil n'ayant traversé les "mares stagnantes", sauf à Paris, Lyon, Marseille.

 Nulle trace d'une ligne politique claire: ce département semble pencher vers la gauche, l'autre faire un pas vers la droite. Le ressort politique qui joue ici un rôle néfaste, les questions personnelles, les inquiétudes des petits bourgs, voilà la principale cause qui incite à accorder les suffrages.

   Les gens de gauche diront que le pays, par son jugement, a encore accepté la République et ses lois. C'est vrai; nul doute que la République a vaincu tous les autres, car sur les 2678 candidats français, on n'en compta que 12 qui avouèrent en chipotant qu'ils la refusaient.

   Il vaut mieux accepter le fait que le pays n'a dit ni oui ni non au sujet des lois; il avait un excellente excuse: on ne lui en a pas parlé.Celui qui lit bien des journaux de différentes opinions, celui qui écoute les nombreux discours des docteurs en science politique des deux bords, est ébahi lorsqu'il constate à quel point sont rares ceux qui parlent des véritables intérêts du pays.

 Sur cent candidats, quatre-vingt n'éructent que des mots creux, s'insultent, font les paons, et moi, et en moi, et à moi, et contre moi, et avec moi, rien d'autre que moi, moi, et toujours moi.

  Le candidat ne parle lui-même que de lui seul, comme si le monde entier tournait autour de lui:

_ Pensez à mes paroles ! Mon programme est : union, paix, joie, etc. etc...Je serai là pour vous défendre. Vous pouvez compter sur mon dévouement. Je défendrai vos intérêts, vos droits.Aucune voix ne vaincra la mienne. Je place ma confiance en vous et vous en moi.Je vais m'arranger pour que vous soyez victorieux, et vous m'octroierez  une victoire incomparable.

Paroles vides, outres de vent, fumée disparue en un instant. Un autre facteur trouble  le scrutin, c'est le nombre élevé de fonctionnaires qui, cette fois, se sont mis sur les rangs.

   Le total des suffrages libéraux a cru à Paris et dans les grandes villes, diminué dans les campagnes et dans notre Bretagne.

Et encore une remarque concernant le fait suivant: des trois grands partis (libéral, radical, socialiste), aucun n'est assez fort pour faire élire son candidat à moins de s'entendre quelque peu avec l'un des deux autres.

  Dans la Chambre qui sera élue, on verra des socialistes qui doivent leur siège aux suffrages de la noblesse et des députés radicaux qui sont passés grâce aux révolutionnaires les plus virulents. Cette Assemblée fera pendant les quatre années de son mandat la preuve de l'impuissance dûe au scrutin d'arrondissement. Pour le reste, ils diront: "Profitons pendant que nous y sommes !"

Jaffrennou

Ar Bobl, 30 avril 1910 Traduction: Jean Yves MICHEL, avril 2018

(1) Premier tour des élections législatives générales, dimanche 24 avril 1910

(2) Ministère de l'Intérieur

(3) Les "mares stagnantes", formule d'Aristide Briand, discours de Périgueux, 1909


Madelezus gant arc'hant an holl

An Aotrou Dubuisson en deus poset var buro ar Gambr eur c'hinnig lezen nevez, hervez pehini e c'houlen ma vo roet gant ar c'houarnamant 50 000 lur da vengleuerien Kerliou, parrez Kastellnevez.

   Eno oa 70 micherour o labourat; n'eus ket pell, eur bern douar ha mein a riskaz en deun ar vengleuz, hag a interaz an oll oustillou. Evid toulla a nevez e ve ezom tregont mil lur hag ar vengleuerien a zo re baour. Setu kollet o bara ganto mar na zeuer ket d'o zikour.

  Kinnig Dubuisson a zo mad tre, ha gwell a ze mar tremen al lezenn. Mez eun draïk a zo da lavaret koulskoude.. Dubuisson, pa ve kistion da gaout 50 mil lur evid tud deuz ar memez parrez gantan, a ra bec'h a-vat, pa na zeu gwennek a-bed er-meaz e c'hodel.

Perag ne voulc'h ket eun tam e bemp mil skoed da lodenni etre mengleuerien Kerliou ? Ze a rafe gwelloc'h evid komziou !

Obligeant grâce à l'argent d'autrui

M. Dubuisson a déposé sur le bureau de la Chambre des Députés un projet de loi nouvelle, par lequel il demande au gouvernement d'accorder 50 000 francs aux ardoisiers de Kerliou en la commune de Châteauneuf-du-Faou.

70 ouvriers y travaillent; il y a peu, un tas de terre a glissé jusqu'au fond du puits et englouti l'outillage. Pour creuser à nouveau, il faut 30 000 francs et les ouvriers ardoisiers sont trop pauvres. Si on ne les aide pas, ils  perdront leur pain quotidien.

Le projet de Dubuisson est très bon et tant mieux si la loi est adoptée. Cependant, il ne faut pas passer sous silence une petite chose. Dubuisson, quand il est question d'obtenir 50000 francs pour des gens de sa propre commune, se remue fort, parce qu'il ne sort de sa poche aucun liard.

   Pourquoi ne demanderait-il pas une part des 5000 écus, afin de les répartir entre les ardoisiers de Kerliou ? Ce geste vaudrait bien mieux que des mots !

Ar Bobl, n° 123, 2 février 1907 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012


Dubuisson, député de la circonscription Carhaix-Huelgoat-Châteauneuf de 1898 à 1914, est l'une des têtes de Turc de Jaffrennou, comme en témoigne l'entrefilet suivant:

 

Poullaouen - An devejour hag an depute

   D'ar sul e oa gret al lein vraz en Poullaouen, an Aotrou Dubuisson, depute, brudet evit e vadelez var poënt an arc'hant, en em gavaz en ti-butun asamblez gant eun neubeud devejourien hag artizaned. Unan deuz ar re-ma a c'houlennaz a vouez uhel:

"Piou a baëio ar sigarennou ?"

Respont e-bed.  Dubuisson a droe e benn var an tu all. Neuze an devejour pehini a gontaz kement-ma d'in e-hunan, a ieaz d'e c'hodel, a dapaz eur pez pevar real, hag a brenaz gantan ugent sigaren a wennek, evid rei unan da gement a oa en ti.

   Pa dremenaz dirag an depute, hema ouiaz kemer eur sigaren ive ha lavaret "merci" d'an devejour

Poullaouen - Le journalier et le député

Le dimanche du grand repas à Poullaouen, M. Dubuisson, député, renommé pour sa générosité lorsqu'il s'agit d'argent, se trouva au bureau de tabac en compagnie de quelques journaliers agricoles et artisans. L'un de ce ceux-ci demanda à voix haute:

"Qui paiera les cigarettes ?".

Pas de réponse. Dubuisson tourna la tête du côté opposé. Alors la journalier, qui m'a raconté cela lui-même, mit à la main à la poche, y prit 1 franc et acheta 20 cigarettes pour un sou afin de les offrir aux hommes présents.

  Quand il en vint à Dubuisson, celui-ci prit la cigarette en disant "merci" au journalier agricole

 Ar Bobl, n° 241, 7 août 1909
 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2014


 

Et une pincée  d'anti-ouvriérisme et d'anti-fonctionnarisme, puisque seuls seraient assujettis au fisc le paysan et le commerçant...

 

 Petra 'n em gavo mar 'g ankouaet ho plak ?

Eat oc'h da bourmen var ar maez gant ho marc'h houarn, hag ankouaet ho peuz ho plak. Daou jandarm ho kav hag a zres kontravansion d'eoch. Beza peuz eun ide deuz ar brall ac'h et da roi d'an administrasion ? Silaouet :

1 - Ar jandarmed a gistion ahanoc'h hag a verk o hano

2 - Digouezet er gear hint a skriv ar proses-verbal var beder feillen

3 - Diou a ve kaset d'al lutunant

4 - Hema a vir unan hag gas eben d'ar prokuror

5 - Ar prokuror a gas anei da varner a peoc'h ho kanton

6 - Ar barner a ro anei d'an hini a zalc'h lec'h ar ministaër publik er c'hanton

7 - Hema a gas eun avis da vaër ho parroz da pedi ahanoc'h da zond dirag ar barner

8 - Ar gard-champetr pe ar fakteur a gas al lizer d'eoc'h

9 - C'houi a zeu d'an ti-barn, pe a gaset unan all en ho plas

10 - Eur wec'h oc'h kondaonet, ar grefier a ziskriv ar gondaonasiou var eur c'haier hag a gas eur c'hopi da Denzorer-Paëer braz an Departamant

11 - Hema a genver noten hag a zistro eur c'hrennad da berseptor ho kanton

12 - Ar perseptor a bed ahanoc'h da dremen dirakan da baëa pevar real amand hag ar frejou.

 Kemend all, holl evid eur plak ankouaet . Sethu aze perag a zo ezom eur million fonksionaërien en Franz !

 A quoi vous exposez-vous si vous oubliez votre plaque ?

Vous vous promenez à bicyclette à la campagne et vous avez oublié votre plaque de vélo.  Vous rencontrez deux gendarmes qui dressent contravention. Avez-vous une idée du remue-ménage qui ébranle l'administration ? Ecoutez:

1 _ Les gendarmes vous interrogent et prennent note de votre nom

2 - Revenus à la gendarmerie, ils copient le procès-verbal sur plusieurs feuillets

3 - Deux feuillets sont envoyés au lieutenant de gendarmerie

4 - Ce dernier en garde un et adresse l'autre au procureur

5 - Le procureur l'adresse au juge de paix de votre canton

6- Le juge l'envoie à celui qui tient lieu de ministère public dans ce canton

7- Celui-ci adresse au maire de votre commune une convocation devant le tribunal du juge de paix

8 - Le garde-champêtre ou le facteur vous l'envoient

9 - Vous allez devant le tribunal ou y envoyez quelqu'un d'autre à votre place

10 - La condamnation prononcée est transcrite par le greffier dans  un grand registre; une copie est adressée au Trésorier-Payeur général du département

11 - Celui-ci prend note et retourne une copie au percepteur de votre canton

12 - Le percepteur vous prie de passer payer une amende d'un Franc et les frais.

Tout de même, tout çà pour avoir oublié une plaque. Voilà pourquoi il faut un million de fonctionnaires en France !

 Ar Bobl, n° 416, 7 décembre 1912
 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2013

 

 

Citadins avantagés et campagnards méprisés

 

 Tud oajet  ar Meaz a dalve tud oajet Kear. Ar Gambr he deus votet eur mennoz lezen evid rei pansion d'an ouvrierien koz oajet a 65 bloaz.  An niver deuz ar re-ma a oa daou vilion hanter.

 Med red eo bet goude amzao ne oa ket posubl pansiona kemend a dud a-nez lakaat kargou re bounner var ar bujet ha var ar paour tailleer. Krennet a vo al lezen, hervez ma neuz skrivet Clemenceau da Guvinot, rener komision ar pansionou ebarz ar Senat.

[...] Ar verourien, ar vevelien na voint ket komprenet el lezen [...] Ar vevelien euz 65 bloaz a ve dilezet peurvuia. O stad n'eo tam 'bed asuroc'h eged stad micherourien kear, dreist-holl pa chomont mevel hed o buez [...] Ar baizanted n'ouzont ket sevel uhel awalc'h o mouez da gontraign silaou anezho.

Taldir

 Les gens âgés de la campagne valent ceux de la ville. La Chambre a dopté un projet de loi qui accorderait une retraite aux ouvriers âgés d'au moins 65 ans. Le nombre de ces derniers atteint deux millions et demi.

  Mais force est d'avouer qu'il n'est pas possible de pensionner chacun sauf à accroître démesurément les dépenses budgétaires et les impôts des contribuables. La loi sera complétée, selon Clémenceau qui a écrit au Président de la commission des retraites du Sénat.

   La loi ne concerne pas les métayers, les commis de ferme. Pour la plupart, les domestiques de ferme sont oubliés par la loi. Leur situation n'est pas aussi solide que celle des ouvriers des villes, surtout s'ils sont été domestiques toute leur vie.

   Les paysans ne savent pas élever la voix assez haut pour être entendus.

Taldir

Ar Bobl, n° 172, 11 avril 1908 Traduction: Jean Yves Michel, décembre 2014

 

Les gréviculteurs

 

Ar cheminoed a c'hoari bepred

    Disul ar cheminoed e Pariz a lavare e oant o vont e grev.

    En hon amzer, ar vicherourien syndiket a gav d'ezo e c'hellont ober ar pez a geront, skei gant o mistri, chom da zihan, ober labour dister, war digarez ma zo adreg o c'hein mistri a dra zur gallouduz, e sonjont e vezo pardounet tout d'ezo, pe na ne ve ket, an oll vicherourien all a zihano da labourat, ken a vezo distroët d'al labour an dud fall.

     E-giz-ze, ar vistri n'int ket ken goest da daoler er meaz euz o stal eur micherour na blij ket d'ezo. Ar syndikajou a zo bet krouet evid difen gwiriou al labourerien euz ar memez micher, me ne dlefont ket beza eun harp d'ar feneantiz, d'an dizurz er staliou labour.

   Mes re aliez siouaz, pennou braz ar syndikajou o deus desket d'an ouvrierien ne c'heller ket touch outo, heb kaout da ober gant ar syndikat e-hunan.

Les cheminots s'amusent toujours...

    Dimanche les cheminots parisiens ont déclaré vouloir se mettre en grève.

   A notre époque, les ouvriers syndiqués aiment faire ce qu'il leur plaira, s'en prendre aux patrons, rester les bras croisés, saboter le travail, sous le prétexte  que sont derrière leurs dos des chefs d'entreprise puissants, et pensent que tout leur sera pardonné, et que s'il n'en est pas ainsi, tous les autres ouvriers cesseront le travail, aussi le travail échoiera-t-il aux "jaunes".

  De cette manière, les patrons ne seront pas en mesure de mettre à la porte un ouvrier qui leur a déplu. Les syndicats ont été créés pour la défense des droits des ouvriers d'une même corporation, mais ils ne doivent pas inciter à la fainéantise, au désordre dans les postes de travail.

   Mais trop souvent hélas, les chefs syndicalistes ont appris aux ouvriers qu'ils étaient intouchables, sauf, pour le patron, à avoir affaire au syndicat lui-même.

Ar Bobl, 2 avril 1910 Traduction: Jean Yves MICHEL, avril 2018

 


 Les mauvais instituteurs...

 

Kallak  - Ali da greski paë ar skolerien

Skriva rer d'emp:

  " Me zo ali da greski paë ar skolaërien evit ma halfent en em okupi deus ar skol ha netra ken.

En eur barrez deuz ar c'hanton zo eur skoler hag a zo sekretour Maëri. Bean eo c'hoaz ouspenn, chaseour ha labourer-douar hag ar vugale a refusfe skarza dindan ar moc'h hag ar c'hezek no devo ket ar bon point. Bean ve d'ober pad ar bloa meur a dra all, ouspen, betterabez ha traou all ha da lakat da c'hoenat, ha da dennan ha da chare ar pez a laka prez var gerent ar vugale d'ober beb a zevez c'hare d'ar skoler eveljust, evit ma vo gwelet mad ho bugale er skol ha evit ober neubeutoc'h a zevejou hent braz.

 Ar paourkez marc'hadour mekanikou ne ket brao d'ean trompla an dud rag ar skoler en em gav war ar plasenou hag anve mad ar mekanikou hag a zo leun a volonte vad da alian da brenan digant e vignoned.

   Ar merc'hed bihan skol duman a vefe gras deze kavet marchosi pe grange ar skoler evit diskloen rag ne deveus hini bet.

Callac - Arguments pour augmenter le salaire des instituteurs

On nous écrit:

  Je suis d'avis d'augmenter la paie des maîtres d'école afin qu'ils ne puissent  s'occuper que de l'école et de rien d'autre.

Dans une commune du canton, exerce un instituteur qui est secrétaire de mairie. En outre, il est chasseur et cultivateur et les enfants qui refuseraient de nettoyer sous le porc et le cheval n'auraient pas de bon point. Toute l'année, il s'occupe de betteraves et d'autres choses qu'il crée ou fait germer, qu'il faut récolter et transporter; à cette fin, il fait bien sûr pression sur les parents d'élèves qui fournissent des journées de charroi afin que leurs enfants soient bien vus à l'école et de diminuer leur nombre de jours de corvée des grandes routes.

 Le pauvre marchand de machines, pas facile pour lui de tromper les gens car le maître d'école connaît bien les machines et manifeste la meilleure volonté pour conseiller à ses amis de les acheter.

   Les fillettes de l'école d'ici feraient bien de trouver une écurie ou une grange, excellents abris contre la pluie, pour le maître d'école car celui-ci ne possède rien

 

 Ar Bobl, n° 260, 18 décembre 1909
Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012


 

“ C’houec’h gwennek – Sonj a meuz deuz eur c’houër hag a lavare d’in eun neubeud deiou araok votadeg 1906 : « Ma Jezuz, ma ne hanvomp ket deputeed republikan ru, ne douchimp ket eur bansion a pevar real bemde a-zalek Gouël-Mikaël    - Fanch »

« Six sous – Je me souviens du paysan qui m’avait dit peu avant les élections de 1906 : » Jésus ! Si je ne « nomme » pas des députés rouges, je ne toucherai pas la pension quotidienne de un Franc à compter de la prochaine Saint-Michel »
Ar Bobl, n° 218, 27 février 1909 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2012

 

 Chacun voit midi à sa porte et vote en conséquence. Une allusion transparente à un chantage....

 

« Diwallit, Kantonerien, faktorien ha kement hini a zo ac’hanoc’h paët gant ar Republik, rag ma vezit gwelet gwisket brao d’ar sul vintin, buan e vezo da skrivet d’ar Prefed, ha lavaret e vezo noc’h nemed eur c’halotin, danjeruz evit ar Republik, abalamour ma ‘zit d’an iliz.

[…] Pa vezo mouget ar Greden e kalonou hor bugale, na vezo ket diez laza tan ar garantez dleet d’ar vro – Loeiz ar Floc’h »

 «  Attention, Cantonniers, ouvriers et tous ceux appointés par l’Etat républicain, car si l’on vous aperçoit bien vêtus le dimanche matin, on se hâtera d’écrire au Préfet que vous n’êtes qu’un calotin dangereux pour la République parce que vous allez à l’église. Quand, dans les cœurs de vos enfants,  la Foi religieuse aura été étouffée, il ne sera pas difficile de tuer l’amour dû à la patrie »
Ar Bobl, n° 183, 27 juin 1908 Traduction: Jean Yves Michel, novembre 2012


 

   Selon ar Bobl, la République utilise, pour se maintenir au pouvoir, des moyens très discutables : la corruption, la délation…

   Dans l’esprit des rédacteurs de l’hebdomadaire, religion et patriotisme sont étroitement liés. De là l’importance de la durée du service militaire….

 

Ce qui est insupportable aussi, selon ar Bobl, c'est que les Bretons sont dupés par toutes les tendances politiques françaises:

 

 

 

Seiz liou gwarek ar glao   

Kinniget d’ar politikerien

Bezit evit Jaurès, Sangnier pe Bietry:

Pa en defo trec’het unan anê o zri

Ec’h arruo daou all da huchal war al laër,

Hag eul laër all, gonid, a douzo c’hoaz ho ler.

An eil var egile, o skei hag o iouc’hal,

Oc’h harpa pep kanfard a ziwan en Bro-C’hall,

Ar Vretoned dibenn ‘zo chomet hep ere,

Diframmet, hi na oar gant piou, peg gant pere.

Evidoun-me, pa c’han da zellout, war ma dor,

Pe c’hoaz, pa zigoue d’in deillenni an Histor,

O tond da ziavez, foeltr tra vad na welan :

A viskoaz n’ez euz deud nemed lec’h da ouelan

Gwechall ar c’hlezier en gouzouk Brei-Izel,

Hirie, war he spered, eun avel ar vrezel.

- Me ‘zo, eme heman, eun dra-bennag en al,

- Me ‘zo eun dra-bennag en ist eme eun all.

- Nag ist nag al n’ez oun; c’houi n’och nemed prenved,

- Me a zo democrat, a zispak eun drived.

- Me a zo ru, me a zo gwenn, me a zo glaz.

- Ha me a zo melen – Melen ? oh falla blaz !

- Ma zra zo dleet din – Pep tra a zo d’an holl.

- Mestrou a vo warnoud – Bea vo ! Var o c’holl.

- Ar pab a zo ganin – Ar pab na vo ket trec’h.

- Me a gerz en araog – Me ‘zo arru e krec’h.

- Me a zo gant an estren – Me ‘zo eneb d’am zad.

- Hag hini na lavar: - Me zo hepken Breizad.

Ha keit  m’ema o fao o c’houeza d’em hon fri,

Omp renet gant Jaurès, Sangnier ha Bietry.

Erwan Berthou, Alc’houeder Treger

Les sept couleurs de l’arc-en-ciel       

 Création destinée aux politiciens

Que vous soyez pour Jaurès, Sangnier ou Bietry

Quand l’un d’entre eux l’aura emporté

Les deux autres viendront crier « au voleur ! »

Et le gagnant, un autre larron, leur tondra le cuir.

 

L’un et l’autre, frappant et hurlant,

Soutenant chaque coquin qui occupe la scène politique française

Les Bretons, irréfléchis, n’ont pas fait corps,

Et donc sont exploités par ils ne savent  qui au juste

 

Quant à moi, quand je vais voir jusqu’à ma porte

Ou encore, quand il m’arrive de consulter les archives de l’Histoire

Je ne vois rien de bien qui  soit venu de l’extérieur

De temps immémorial il n’est venu qu’occasion de pleurer

 

Jadis, les épées sur la gorge de la Bretagne

Aujourd’hui, sur ses coutumes, un vent de guerre

Je suis, dit celui-ci, quelque chose en « al »

Je suis quelque chose en « iste », dit un autre

Ni « iste » ni « al » je ne suis ; vous n’êtes que des vers de terre

Moi je suis démocrate, déclare un troisième.

Je suis rouge, je suis blanc, je suis bleu

Et moi je suis jaune – Jaune ? oh quel mauvais goût !

Mon bien m’est dû. Tout est à tous.

Nous serons assujettis par des gouvernants – Il y en aura ! Pour leur perte !

Le pape nous soutient – Le pape n’obtiendra pas la victoire.

Moi, je marche devant. Moi, je suis arrivé en haut

Moi, je suis pour l’étranger – Moi, je m’oppose à mon père.

Et aucun ne dit : je suis seulement Breton

Et aussi longtemps qu’ils nous moucheront le nez de leurs sales pattes

Nous serons gouvernés par Jaurès, Sangnier et Bietry

 

Erwan Berthou « l’alouette du Trégor »

 Ar Bobl, n°
Traduction: Hélène Mével, Marcel Ropars

 


 

 

 

« Hor mistri nevez

    Doue ra viro avad ne lakafent eun deiz o c’hrabanou war hor bro, rag gwall reuzeudik e ve hor stad neuze, tud keiz.

    En eun nebeud keariou, evelato, o deuz kavet an tud a zank o baniel ruz, mez eno ivez o galloud ne bado ket pell rag ar vicherourien a zo skuiz oc’h  c’hlevet o iouc’hal e ielo pep tra gwelloc’h pa welont freaz awalc’h o-unan brema n’eo ket hi a zo o gwir mignoned, med e gwirionez an dud vad  ha leal, ha goude ma vefent pinvidik  - Per Pronost » 



   


« Nos nouveaux maîtres  - Dieu fasse qu’ils ne mettent pas un jour leurs griffes sur notre pays, car nous serions très malheureux, mes chers amis.

Dans un certain nombre de villes, cependant, on trouve des gens au drapeau rouge, mais  leur emprise ne durera pas longtemps Car les ouvriers en ont assez de les entendre hurler. Tout ira mieux quand, dorénavant, chacun, rassuré, se rendra compte par lui-même que ces braillards ne sont pas ses véritables amis, mais que ceux-ci sont les gens bons et loyaux et qu’il lui sera possible de s’enrichir. »

N° 59, 4 novembre 1905  Traduction: Jean Yves Michel, décembre 2012

 

 

« D’où vient cette étroitesse de vues : c’est que nous sommes trop accoutumés à n’attendre rien que de l’Etat. Electeurs qui sollicitent des places ou des décorations ; candidats qui se font recommander ; jeunes gens qui rêvent de la retraite bienfaisante, associations et entre prises privées qui sollicitent constamment les secours des pouvoirs publics, toute la France est à la mendicité. Nous sommes, a dit Maurice Barrès, un peuple vendu à son gouvernement.

 

Et ainsi pliés, ayant perdu le sens de la dignité civique, il est fort naturel que nous ayons la lâcheté de ne rien attendre non plus que de Paris dans le domaine des lettres, des arts et des modes. Là où nous pourrions revendiquer notre originalité sans contrôle de l’Etat, il semble que nous nous précipitions de nous-mêmes à la servitude.

 

  Livres, journaux, pièces de théâtre, scies de café-concert, tout nous vient de la capitale. Les hautes classes ont délaissé le costume national, et elles s’étonnent qu’en notre siècle de démocratie le costume soit délaissé aussi par les classes inférieures. Le français est devenu la marque du « monsieur » ; qu’y a-t-il de surprenant à ce que l’on n’ose plus parler breton sans rougir ? Ainsi notre art et notre poésie deviennent, par notre faute, uniformes et factices »

Charles Brun, Président des Unions régionalistes de France, discours au Congrès de l’Union Régionaliste Bretonne, tenu à Gourin, in la Dépêche de Brest, 25 septembre 1904

 

   Des peuples gascon, auvergnat, provençal, franc-comtois, vendéen, picard, breton, catalan, basque, normand uniformisés, anesthésiés, ayant abdiqué toute originalité et toute ambition, réduits au régime humiliant de la becquée par un gouvernement qui certes s'appuie sur des parlementaires élus par les citoyens, mais n'en pratique pas moins, avec le soutien des élites de l'argent, de la pensée, de la culture, un centralisme démocratique niveleur . Voilà ce que redoutent les descendants de Girondins de 1792-93 que sont les fédéralistes, régionalistes et autonomistes de tout poil....

 

Et même, la danse et la chanson bretonnes sont menacées

 

Plouguer - Eureud kaër

  Dimeurz diveza eo bet eureujet Job Cougard , deuz Kervihan, gant an dimezel Claudine Conan, deuz Kergorvo. An daou bried a oa deuz ar gwella famillou deuz Plouguer. O eureud, dre ze, a vo komset pell anei. O tond deuz Keraez da Gergorvo e oa eun "defile" a c'houec'h gwetur ha hanter-kant. Da rei lein da pemp kant bennag a dud a oa pedet, e oa lac'het diou veuc'h, tri luë hag eur pemoc'h. Evet zo bet pemp barrikennad jistr hag unan a win [...] Forz deuz ar merc'hed iaouank o doa laket ar c'hoëff-hir ha mad o doa gret. Koulskoude, red eo anzao a zo bet re a zanzou mod kear. Pa ne ve ket ze, ne oa nemed meuleudi da rei evid kemend tra.

   Gazetenn ar Bobl a gas e gwella mennoziou d'ar priejou ha d'o zud

Plouguer - Une belle noce

Mardi dernier, Joseph Cougard, de Kerbihan, a épousé Claudine Conan, de Kergorvo. Les deux époux sont issus des meilleures familles de Plouguer. C'est pourquoi, on parlera longtemps de cette noce. De Carhaix à Kergorvo, un défilé rassemblait cinquante-six voitures. Pour restaurer quelques cinq cents personnes, on avait tué deux vaches, trois veaux et un cochon. Les contenus de cinq barriques de cidre et d'une de vin ont été bus. Beaucoup de jeunes filles arboraient, et c'est tout à leur honneur, la grande coiffe. Cependant, il faut avouer qu'il y eut trop de danses modernes. En dehors de cela, tout était digne d'éloges.

   Le journal ar Bobl adresse ses meilleures pensées aux conjoints et à leurs familles.

Ar Bobl, n° 149, 3 août 1907 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2014

 

 Haro sur la mazurka, la valse et... le tango, que vilipende aussi l'Evêque de Quimper, Mgr Duparc (1908-1946)

 

   L'émigration bretonne..

 

An divroadez

   Beteg an douar, ar vam a bleg he fenn. Deud eo Mari-Jeannn d'ar gear.Mari-Jeann eo o merc'h. Sonj awalc'h ho peuz deuz Mari-Jeann, pa dremene gwechal dre aze, gant eur vagad saout. Mari Jeann a gave gwall hir an amzer ha gwall verr he faë. Abalamour da ze eo kuiteaz Breiz Izel, he zad hag e mam.

  Goude beza tremenet eun neubeut amzer en broiou d'an nec'h eo deut da Vreiz Izel, da welet he maman ! Ia, piou anavefe aneï ? N'eo ken mêsaërez saout ! Nan, dra zur !  Ar plumachennou braz a zav ho fennou trezeg an nenv, var eun tok plouz du, ar vroz a ra kement a drouz var he boutou-ler louë melen, a ziskwez awalc'h petra eo. Gant eur itron goz ema o serviji.

Deud eo d'ar gêr evid an eil gwech, liou ar maro en he c'herchen. Striz ha dister ha kasti. Achu eo d'eï, eme he mam, o skuill daërou.

   Achu eo d'eï. Mar karjec'h bea dalc'het ho merc'h ganeoc'h da labourat, na vije ket arru ganthi evel ma zo. Na zervij ken d'eoch, mam baour, skuil daërou. Kollet e deuz he enor ! Itronezed koz ? N'eus ket eta nemed Itronezed koz en kostez Pariz ?  Goulennet c'hoaz digant merc'hed iaouank o servij en Pariz : "En pelec'h oc'h breman ? - Oh me a laro unan, a zo brao meurbed d'in, gant eun itron goz... ha me a laro unan all a zo gant eun intanvez pinvidik ! Itronezed koz !!! Rag en Pariz n'eo ket ar vêsaërien ?

 An holl Vretoned a guita ho bro, n'int ket holl evel ar re deuz a bere a gomzan d'eoc'h. Nan,  ha bea zo diouthê kalz hag a zalc'h mad, en despet d'ar skoueriou fall, ha da c'homzou dizonest a glevout bemde, d'ar furnez-ze a ra an den ker mad, ar plac'h ken kaër

E. An Henoret


L'émigrée

  La mère penche la tête jusqu'à terre. Marie-Jeanne est de retour à la maison. Mari-Jeanne est sa fille. Elle a bien pensé à Marie-Jeanne du temps où elle allait et venait, menant son troupeau de vaches. Marie-Jeanne  trouvait bien long le temps et bien mince sa paie. C'est pourquoi elle quitta la Basse Bretagne, son père et sa mère.

 Après quelque temps dans les régions plus septentrionales, elle est venue en Basse Bretagne voir sa maman ! Oui, qui la reconnaîtrait ? Elle n'est plus gardienne de vaches, ah non ! Sur la tête, un chapeau de paille noire empanaché de grandes plumes montant jusqu'au ciel, des jupes froufroutantes sur des chaussures de veau jaune, montrent assez ce qu'elle est devenue. Elle était domestique chez une vieille dame.

     C'est la deuxième fois qu'elle revient à la maison, la couleur de la mort sur le visage, amaigrie, rabougrie, elle fait piètre figure. C'en est fini d'elle, dit sa mère, ruisselante de larmes. C'est en fini d'elle. Si elle avait pu retenir sa fille, il ne lui serait pas arrivé ce qu'elle a subi. Il ne vous sert à rien, pauvre mère, de verser des torrents de larmes. Elle a perdu son honneur ! Des dames âgées ? Il n'y a donc que des dames âgées du côté de Paris ? Demandons aux jeunes filles servantes à Paris: "Où sers-tu maintenant ?". O, dit l'une d'elles, je suis on ne peut mieux chez une une vieille dame - O, dit une autre, moi chez une riche veuve ! Parce que à Paris il n'y a que des dames de compagnie ?

 Tous les Bretons qui quittent leur pays ne ressemblent pas à ceux dont on a rapporté les paroles. Non, et parmi eux, beaucoup se tiennent sagement, en dépit des mauvais exemples et des propos malhonnêtes qu'ils entendent chaque jour, et demeurent des hommes de bien, des femmes irréprochables.

E L'Hénoret

Ar Bobl, n° 64, 16 décembre 1905 Traduction: Jean Yves Michel, décembre 2013

 

   Taldir revient inlassablement sur ce sujet sensible, ainsi en 1912

 

Ke lec'h a gari

   Meur a vlavez a zo e klevomp tud en kargou uhel, tudchentil, skrivanerien ha kozerien vrao oc'h ober trouz diwar-benn an Divroidigez. Ouspenn pemzek vloaz zo e tiston ar journaliou gant artiklou ha zoken soniou evid alia an dud da chom en o bro. Mez gaër a zo bet prezeg ar vouez euz en em gollet en aër ha sabriniet a zo bet en dour. Ze n'euz ket harzet unan hepken da vond er maez ar vro, pa nevoa bet c'hoant.

   Perag ?

  Klaskomp asamblez.

  Da genta, e fell lavaret kement-ma. Ar gwasa re troet da zizalia ar re all da von da Bariz, d'an Naoned, d'an Angers, d'an Hâvr, da Sant-Denes, eo ar re  a  zo eno o-hunan. Ar brall da enebi ouz an divroidigez n'eo ket deut euz a Vreiz, euz Bariz eo deut. Tud a dra  zur a feiz hag a galon vad, o weled dienez lod euz an divroidi o deuz esaet ober aoun d'ar re a oa er gear en eur diskuill d'ezo stad truezus o c'henvroiz paour er c'heariou braz.

- Chomet en ho pro ! emezo d'ar potred ha da merc'hed, ama na vefot, biken nemed malëurus ha diez.

    Kredabl hi o hunan ne oant ket fall lec'h ma oant, pegwir e choment, ha ne oa grik a-bed gante da zistrei da veva er vroik o doa kuitaet.

   - Ia, med, distinguo, a respontent en latin. N'eo ket memez tra. Ni hon beuz droet da vond lec'h ma karomp. Ni zo er gear dre holl. Hon deskadurez hag hon fortun a ra  ma c'hallomp mond ha dond hervez hon c'hoant, mez eur paour kez bleup bennag, eur veserez saout, petra refont er c'heariou braz, nemed mond da goll ha greui gant ar naon !

   Ar sermoniou-ze n'o deuz konvertiset den. Ha beb bal e kresk niver a ra a ia maez ho bro.

-   Ah, ia ! eme ar re-man, brao awalc'h eo d'eoc'h komz evel ma ret.  Ho pro d'eoc'h a zo dre holl pa na vank bara d'eoc'h neb lec'h. Roit labour d'eomp en Breiz Izel ha ni a tou d'eoc'h n'efomp ket e-kuit. Eurus omp ama gant neubeut, er c'heariou braz e refomp troet da zispign hon gonidegez.

   Ha c'houi ? Daoust ha na vefe ket welloc'h marc'had d'eoch  beva en Kergastell evid en Versailles ? Piou a lavar d'eoc'h mond da foueta o leve en Pariz ? Mar plich d'eomp, chench hon dienez ac'hann evid an dienez ahont [...]

     Divroidi all a respont:

- Perag ne fell ket d'eoc'h mont diwar nij da glask avantur ? An hini a ia  maez ar vro, a ia gant ar c'hoant da labourat, da c'honid arc'hant, da en em sevel uhelloc'h-uhel er "société". Perag e fell d'eoc'h harz hennez da stourm evid ar vuez ? Er stourmadeg-ze a zo tud koll ha tud gounid- Lezet ar Breizad da demti ar chanz.

   C'houi, teodou alaouret hag a brezeg chom er vro, a oar awalc'h ebarz eun tiegez a seiz vugale, eo red mad da unan bennag dizamma ar plas d'ar reall, ha mond e-kuit aliez ar glac'har ennan.

 Pelec'h e kavchec'k domestiked, panefet d'an tiegezou niverus ? Roit peuc'h; euz wech bennag marteze  e tremeno ar paour eveldoc'h gant eur penher .

  Hag e lavaran evid echui:

- Aboue ar Revolusion, n'eus den a-bed hag a ve stag deus e rod. Gallout a ra pephini dond ha mond ha reusisa a c'hall neb an euz boneur ha nerz kalon. Ke eta, O breizad, O breizadez, lec'h a gari, Breiz zo d'id; mez Frans a zo d'id ive hag ar bed oll ma teuz c'hoant ha mar gouiez beza gwir Breizad en peb tu.. Ke lec'h a gavo did e vi ar gwella. Mez diwall da gemer berr da lans, ha da lampat er poull, pe gwaz evidout. Na vi ket chechet er maez. Mar goneez, mad ! Mar gollez, a-vat, gra mea culpa

    FANCH

L'endroit que tu aimeras

 Depuis bien des années nous entendons les titulaires de hautes charges de l'Etat, des gentilshommes, des écrivains et de beaux discoureurs faire du bruit à propos de l'exode rural. Depuis plus de quinze ans les journalistes leur donnent la réplique à travers des articles et même des chansons afin de convaincre les gens de rester dans leur région natale. Mais ces belles paroles se sont envolées, elles ne furent que des coups d'épée dans l'eau. Rien de cela n'a empêché quiconque en avait envie de quitter le pays natal.

   Pourquoi ?

  Cherchons ensemble.

D'abord, il faut dire ceci. La majeure partie de ceux qui  déconseillent aux autres d'aller à Paris, Nantes, Angers, Le Havre, Saint-Denis,  y habitent eux-mêmes. L'hostilité croissante à l'égard de l'émigration provinciale n'est pas née en Bretagne, elle est venue de Paris. Des gens, à coup sûr, de bonne foi et de bon coeur, voyant la misère dans laquelle sont plongés beaucoup d'immigrés, essaient d'effrayer les habitants des petites villes en leur décrivant l'état pitoyable de leurs compatriotes dans les grandes villes.

  - Restez dans votre province natale, disent-ils aux garçons et filles, ici vous n'aurez jmais que du malheur et de l'inconfort.

    Vraisemblablement, elle même ne veut pas d'un mauvais lieu pour elle, puisqu'elle habite là et elle ne glisse pas un mot concernant un retour au pays natal.

   -Oui, mais, distinguo répondent-ils en latin. Ce n'est pas la même chose. Nous avons relativement le droit d'aller où nous voulons. Nous sommes chez nous partout. Notre éducation et notre fortune nous permettent d'aller et de venir comme nous l'entendons, mais un pauvre niais quelconque, une gardeuse de vaches, que feraient-ils dans les grandes villes sinon aller à leur perte et crever de faim !

   Ces sermons-là n'ont converti personne. Et chaque année croît le nombre des émigrants.

  - Ah oui ! disent ces autres, bien beau à vous de parler de nécessité. Votre propre pays, entre tous, ne vous laisse en aucun endroit manquer de pain. Donnez-nous du travail en Basse-Bretagne et nous vous jurons de ne pas nous en aller. Pour être heureux ici, nous nous contenterions de peu, dans les grandes villes nous serions tentés de dépenser notre gain.

 Et vous ? N'avez-vous pas fait un meilleur marché en vivant à Kergastell plutôt qu'à Versailles ? Qui vous a incités à aller dépenser tous vos revenus à Paris ? Faites-nous plaisir, changez notre gêne d'ici en gêne de là-bas.

     Réponse des émigrés :

-Pourquoi ne voulez-vous pas prendre votre envol pour chercher l'aventure ? Celui qui quitte son pays natal le fait par désir de travailler, de gagner de l'argent, de s'élever le plus haut possible dans la société. Pourquoi voulez-vous l'empêcher de lutter pour améliorer son sort ? Dans cette lutte, il y a des perdants et des gagants. Laissez le Breton tenter sa chance.

    Vous, qui nous dorez la pilule et nous prêchez  de rester au pays, vous savez pertinemment que dans une famille de sept enfants, il est bon que l'un quelconque libère une place pour le bien des autres et s'en aille, bien que souvent bien chagrin.

   Où trouveriez-vous des domestiques, sinon dans les familles nombreuses ? Taisez-vous; un jour quelconque, peut-être, un pauvre comme vous viendra avec un héritier.

 Et je dis pour terminer:

Depuis la Révolution, personne n'a été attaché à la roue. Chacun peut aller et venir, réussir comme il le peut grâce à la chance et  au courage. Quel que  soit, Breton, Bretonne, l'endroit que tu chéris, la Bretagne est à toi; mais la France et le monde aussi si tu le veux et si tu restes partout un véritable Breton. Mais prends garde à ne pas prendre un trop court élan et de sauter dans une mare trop large pour toi. Ne te laisse pas déposséder. Si tu réussis, tant mieux; si tu échoues, eh bien, dis mea culpa

FRANCOIS


Ar Bobl, 7 septembre 1912 Traduction: Jean Yves MICHEL, avril 2018

 

   Taldir imagine, dans ce texte assez emberlificoté, un débat opposant des Bretons ayant émigré dans la région parisienne, à Trélazé, dans la Basse-Loire ou en Normandie à des Bretons restés en Bretagne. Lesquels sont les moins malheureux ? Ceux qui ont du travail et un revenu suffisant mais ont perdu leurs racines ou ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts au pays natal ?

   Jaffrennou oppose la liberté d'aller et venir, de tenter sa chance en dehors de la Bretagne à la nécessité d'émigrer; il souligne aussi l'égoïsme des émigrés qui ont "réussi", et ne veulent pas de concurrents venus de Bretagne;enfin, il met l'accent sur le fait que l'émigration n'est pas une panacée: certaine banlieues sont en grande partie peuplées d'émigrés qui doivent à la malchance ou à leurs défauts de vivre misérablement...

     La démographie galopante des paysans bretons pauvres, voulue par l'Eglise et par les propriétaires nobles, bourgeois ou ruraux, alimente une émigration bretonne croissante en raison de la facilité logistique que représente le chemin de fer et de la facilité d'adaptation dûe à l'instruction (La majeure partie des bons élèves fils de cultivateurs deviennent fonctionnaires, employés de bureau, clercs de notaire, d'huissier. etc..).

 

L'abandon de l'agriculture, de la campagne...

 

Dilezidigez an douar

     Lavaret a ve gant gwirionez, penaoz ar gwella doare a ve da harz an dud iaouank da guitaat an douarou lec'h int bet ganet, ha lakaat anê da 'n em dommet deuz ar vro-ze, a ve rei d'ê da entent, er skolachou, petra a c'heller tenna deuz an douarou-ze, ha deuz micher al labourer-douar.

  Ia, mez neuze e ve dleet d'ar mestrou o hunan, karout ar meaziou, ha micher al labourer-douar (pehini ve disprijet gantê aliez). Kaout a ra d'eoc'h ar mestrou-skol kampagn o deuz kemeret ar vichez-ze dre garante ? Kazi tout bugale labourerien douar, 'vit petra na n'int ket chomet o kichen o zud koz, lec'h ma oa defot diouthi ?

  Permetet a vezo supozi; kalz anê o deuz kemeret ar vicher-ze gant an disprijanz o deuz bet deuz micher al labourer douar. Deuz a-zalek neuze, penaoz a c'halfent laket karout eur vicher evit pehini n'o deuz ket bet a garante ? C'hoaz ar gouarnamant a zonj d'eoc'h en deuz preparet anê evit ze, n'em ziwallet mad a neuz. Kentoc'h a nefe gret dioutê ajanted vit politik ar renerien. Ha dra-ze, an darn vrasa deuz ar mestrou-skol na n'int ket evit diski d'ar vugal kaout karantez evit micher al labourer-douar.[...]

  Ha c'houi, perc'hennourien pere a c'hall kalz, anveet mad bugale o merourien, ha lavaret d'ê eun devez da zond e teufont o merourien ive, hag e vefont koulz gwelet ganeoc'h hag o zud koz.

  Na vern penaoz na pere a vo hon renerien chikouromp al labourer-douar ato, diskouezomp d'ezan penaoz a neuz ezom da 'n em chikour deuz ar re a stourm dioutan.

L'abandon de la terre

 On est dans le vrai lorsqu'on affirme que la meilleure manière de pousser les jeunes gens à quitter les champs et d'infliger un dommage à ce pays, est le leur laisser entendre, dans les collèges, ce qu'ils peuvent tirer de ces champs et du métier de cultivateur. Oui, mais alors, les maîtres d'école devront aimer la campagne et le métier de cultivateur, que beaucoup d'entre eux méprisent souvent. Les instituteurs de la campagne ont-ils choisi leur métier par amour de l'enseignement ? Presque tous fils de cultivateurs, pourquoi ne sont-ils pas restés auprès de leurs vieux parents, à qui ils font défaut.

   Permettez une supposition. Beaucoup ont choisi ce métier parce qu'ils méprisaient celui de cultivateur. Depuis lors, comment pourraient-ils faire aimer un métier pour lequel ils n'éprouvaient aucune attirance ? Le gouvernement se préoccupe d'eux puisqu'il prépare à leur intention un texte auquel ils devront porter toute leur attention. Il serait préférable de les faire contrôler par des inspecteurs. Au total, l'énorme majorité des instituteurs n'est pas tentée de faire naître l'amour du métier de cultivateur dans la tête des enfants.

  Et vous, les propriétaires qui pouvez beaucoup, ne méprisez pas les enfants de vos fermiers et dites-leur qu'un jour ils deviendront aussi vos fermiers et qu'ils apprendront de vous autant que leurs grands-parents.

Peu importe comment et pourquoi nos gouvernants aideront  toujours les cultivateurs, montrons-leur à quel point ont besoin de secours ceux qui luttent.

Ar Bobl, 3 Février 1906 Traduction: Jean Yves MICHEL, avril 2018

 









Dernière modification le 09/05/2018

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