Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

[PNG] ArBobl_logo_100

Identifiez-vous pour accès privé

Déconnexion.

 

09/08/2017

Cette page a été complétée en janvier 2015


4) Ce qui serait souhaitable

"Na ru na guen !"

Ar Bobl, n° 25, 11 mars 1905

Traduction: "Ni rouge ni blanc"

Deux interprétations de ce slogan peuvent être avancées: ou bien, il est nécessaire de trouver une troisième voie, à égale distance de la révolution et de la réaction, en empruntant aux programmes des rouges et des blancs; ou bien, les idéologies nées à Paris ne conviennent pas aux Bretons qui doivent faire preuve d'esprit d'invention...


«  Il est impossible d’être Breton intégral et Royaliste à la fois, tandis qu’au contraire, il est possible d’être Républicain et Autonomiste breton […] La forme républicaine n’a parcouru que la première étape de son évolution. Au Parlementarisme succédera le Fédéralisme »

Ar Bobl, n° 232, 5 juin 1909

  Ar Bobl n’oublie pas que bien des rois de France ont fait preuve d’un centralisme niveleur. La monarchie restaurée ne saurait rétablir les « libertés » provinciales, c’est-à-dire les privilèges régionaux, notamment fiscaux.

 


 

  « Le drapeau de l’U.R.B. : blanc, semé d’hermines noirs, coupé d’une croix Saint-André verte et cravatée de tricolore » - François Jaffrennou

Ar Bobl, n° 297, 3 septembre 1910

U.R.B. :   Union Régionaliste Bretonne, fondée en 1898

   L’URB, ancêtre de diverses formations politico-culturelles dont le plus célèbre est le Parti national breton, auquel Taldir refusa d’adhérer, est politiquement orientée à droite et sociologiquement assise sur les couches aisées, voire très aisées et cultivées : nobles, notaires, avocats, prêtres, gros commerçants, petits industriels, rentiers. Le marquis Régis de l’Estourbeillon de la Garnache (1858-1946), député « catholique libéral indépendant » de Vannes (1898-1919), appartient à l‘URB. En 1936, il est membre, comme Taldir, Debeauvais, l’abbé Perrot et le docteur carhaisien Menguy, du Front extra-parlementaire chargé de promouvoir l’enseignement du breton à l’école publique.

 

« La Bretagne :

           Soyons neutres en tant que Bretons au point de vue politique, c’est-à-dire chrétiens avant tout et bretons avant tout […] car jamais d’un vote de la Chambre ou du Sénat le salut de la Bretagne ne sortira. Nous sommes les fils de la libre Bretagne d’antan, le salut de la libre Bretagne d’antan ne dépend que de nous. En Bretagne, la question bretonne est au premier chef une question religieuse et sociale – Efflam Koed Skan »

Ar Bobl, n° 170, 28 décembre 1907

 

Trois idées apparaissent dans ce court texte :

a) La Bretagne ne peut compter sur la France pour améliorer son sort matériel : un Breton doit donc se sentir Breton et ne compter que sur les Bretons.

b) La Bretagne était libre avant d’être conquise contre son gré par la France ; la Bretagne est déterminée à reconquérir son indépendance

c) Trois facteurs soudent les Bretons : la langue, le catholicisme, la complémentarité des classes sociales dont les mérites respectifs sont, non pas identiques, mais d’égale valeur.

Au total, nationalisme francophobe, conservatisme religieux et social (refus de la lutte des classes)


Carhaix – « Conférence Lantivy –

     M. Mériadec de Lantivy, directeur du journal l’Arvor, de Vannes, invité par le Comité local de l’ACTION LIBÉRALE POPULAIRE [….] a exalté la Bretagne et espère que dans un avenir proche elle se ressaisira et recouvrera sinon son indépendance absolue, du moins les franchises que lui accorde le traité de 1532, impudemment violées par les lois françaises »

Ar Bobl, n° 142, 15 juin 1907

L’Action libérale populaire (ALP) est un parti français de droite conservatrice, rallié du bout des lèvres à la République. Ce parti possède une antenne à Carhaix et une autre à Plonévez-du-Faou.

 

   "Un comité de l'Action libérale vient de se fonder à Plonévez-du-Faou. Ce Comité a, comme président, M. Mével, Président du Conseil de fabrique, comme vice-président, M. L'Haridon, conseiller municipal, frère du vicaire de Scrignac, comme trésorier, M. Le Moigne, receveur buraliste, dont la révocation promise depuis deux mois, n' a pas été officiellement annoncée.

   Une conférence politique, organisée par le Comité été faite, dans cette commune, par M. Diraison, rédacteur du journal "le courrier du Finistère". L'effet produit sur l'auditoire, composé de 70 à 80 personnes, dont une vingtaine de républicains, a été pitoyable. L'orateur, dont la voix serait très faible, ne parvenait pas à se faire entendre. Il a parlé du budget, des dettes de la France, du traitement du Président de la République, des Ministres, des députés, des sénateurs, reprenant, de façon maladroite, des développements connus.

   M. Diraison est né et marié à Collorec [...] Il était en compagnie du vicaire qui mène une campagne acharnée. [...] Le desservant ne s'est pas montré à la réunion "

   Lettre du sous-préfet de Châteaulin au Préfet du Finistère, 27 janvier 1904, archives départementales du Finistère, 3 M 623

    L'orateur, Diraison, collabore à ar Bobl sous le pseudonyme de Hervé Claude

 


 

« Hor mistri nevez

    Doue ra viro avad ne lakafent eun deiz o c’hrabanou war hor bro, rag gwall reuzeudik e ve hor stad neuze, tud keiz.

    En eun nebeud keariou, evelato, o deuz kavet an tud a zank o baniel ruz, mez eno ivez o galloud ne bado ket pell rag ar vicherourien a zo skuiz oc’h  c’hlevet o iouc’hal e ielo pep tra gwelloc’h pa welont freaz awalc’h o-unan brema n’eo ket hi a zo o gwir mignoned, med e gwirionez an dud vad  ha leal, ha goude ma vefent pinvidik  - Per Pronost »

« Nos nouveaux maîtres  - Dieu fasse qu’ils ne mettent pas un jour leurs griffes sur notre pays, car nous serions très malheureux, mes chers amis.

       Dans un certain nombre de villes, cependant, on trouve des gens au drapeau rouge, mais  leur emprise ne durera pas longtemps, car les ouvriers en ont assez de les entendre hurler. Tout ira mieux quand, dorénavant, chacun, rassuré, se rendra compte par lui-même que ces braillards ne sont pas ses véritables amis, mais que ceux-ci sont les gens bons et loyaux et qu’il lui sera possible de s’enrichir. »

Ar Bobl, n° 59, 4 novembre 1905

 

 

     La fondation de la Section française de l’Internationale ouvrière (S.F.I.O.) en 1905 est un événement majeur : le Parti socialiste incarne désormais, selon ar Bobl, le « péril rouge », celui de la nationalisation des biens, celui de la persécution physique (emprisonnement, mise à mort). Ressurgit le vieux slogan de la droite : « Classes laborieuses, classes dangereuses ».

    Ar Bobl entend cependant rassurer les possédants, grands et petits, car l’ouvrier ne peut que se rendre compte que le socialisme aboutit à une impasse : la misère pour tous et que les militants socialistes s’agitent dans leur propre intérêt, l’obtention d’une sinécure. Quant au capitalisme, il laisse à ceux qui le désirent et en sont capables la possibilité de parvenir à l’aisance matérielle.

 

 La panacée : le scrutin de liste

 

Anzao a reont ec'h int dic'hallout

  Ar vot dre arondisamant na neuz ken a dud  evid difenn anezan. A rezon a gaver c'hoaz, a zo lavaret penoz e c'hallfe eur mod all nevez digas er ro chenchamanchou kaled evit ar parti zo da krec'h.

  Ha koulskoude, var neubeutaat e ia  ar re a gav fall ar stum republikan. An c'houarnamant republikan - evid an holl dre an holl - n'eo ket ataket gant kalz, mez ar pez a zo kaoz eo deut ar Republik da veza gwaskerez eo just awalc'h ar mod da henvel deputeed dre vot arondisamant. Pell deuz bea tra an holl, setu hi deut, skler eo, tra eun neubeudik, a ia ar favouriou tout d'o heul. Ar vot arondisamant a ro bod d'ar c'hlaskerien enoriou da drec'hi var an dud kapabl; ouspenn, a-benn tremen depute en eur arondisamant bihan,  eo red prena an holl, evid lavaret ar wirione; ha red d'eo beza pinvidik, elec'h gant ar vot dre listen ha dre zepartamant, ar re ar muia anazevet, ar muia gouest a dremenfe zur.

  Ar c'houarnamant a zo troet var ar zonj-ze koulz ha ni, hag an Aotrou Clemenceau a neuz sterniet eul lezen pehini a zeuio prest dirag ar C'hambchou, evit renka, en Franz, ar "scrutin de liste". Herve weler, an deputeed blokard deuz bro C'huz-Heol (Breiz, Anjou, Normandi) n'int ket gwall kontant deuz kement-ze. Santout ar reont pegen bresk eo ar c'hadoriou, ha bet int welet Clemenceau da c'houlen digantan, en han' da Zoue, dilezel e vennoz, rag emeze,  e oa vont da goll ar Republik er vro-ma ! Mar dije lavaret o zonj evel ma oa, o dije lavaret kentoc'h: "Ec'h et da goll d'eomp hon femp mil skoed ar bla !"

  Feillen Kemper, an Democratie, a zo ekleo da glemmou truezus an deputeed aounik-ze. Mignoned an Democratie na fell ket gantê klevout ne tra divarbenn ar vot dre listen; marvat ne gav ket d'ê o deuz goneet arc'hant awalc'h c'hoaz hag ar plas a zo mad da virout ! Emil ar C'hloarek, depute Montroulez, pehini zo potr fin ha tost e loa d'ar souben, a oar awalc'h e momp ar scrutin de liste abenn votadegou 1910. Ze zo kaoz eo krog da bourmen Leon, Treger ha Kerne, Rosko, Gwerliskin ha Keraez, da veza anazavet gant pephini.

Ia, c'hoant Clemenceau da chench ar giz voti a zo just ha dign da veza meulet, petra bennag ne stag ket ar "representation proportionnelle" deuz ar vot dre listen. Eun digor mad eo evid digreiza an traou, mez atao a ve tud droug kontant: ar re  a fach ar muia eo mignoned an Democratie. Koulskoude, pa ve ar re ma sûr deuz o jeu, hi a ve da genta o c'houlenn reformou leiz o ginou ! Pa gav d'ê e kollint o renk en dro d'ar Plad, holla 'vat, var zao ! Emoc'h o rei an trec'h d'ar re wenn, eme ar c'hazetenn dudius [...] C'houi gav mad pa drec'h ho kandidaded: kavit mad e trec'hfe ive ar re gontrol, mar deo dleet d'ê ober [...]

Er C'hreizte, ar scrutin de liste ne chencho netra er majorite. En Breiz, an avantaj a chomfe dre-holl d'al liberaled, ar chiffrou moueziou a zo aze da broui kement-ma. Ze ra aoun d'ar Vlokarded, pere a zo sur da goll, pa c'hoarifer fran ha digor, kartou war an daol. Anzao a ra an Democratie : dic'halloud eo an tud  gwasker, a-nez truchiri ha harp ar souprefet.

   Mez peb tra zeu d'e boënt.

Er bloavez 1910, mar be vot dre listen, e vo surprenet meur a zepute, koulz gwenn, koulz ru, pere zo koachet en o ialc'h pemp mil skoed evel rahed en eur sac'h gwiniz. Tud nevez a zispako, a reio listennou, ha posubl eo a ve chenchamant amzer.

   Jaffrennou

Ils avouent leur impuissance

Le scrutin d'arrondissement n'a plus guère de défenseurs. Une raison supplémentaire  de ce discrédit est qu'un nouveau mode de scrutin entraînerait dans le pays des changements sévères pour le parti au pouvoir.

 Et pourtant le  nombre de ceux qui détestent la République va diminuant. Peu s'en prennent au régime républicain, mais ce qui le rend suffisamment oppressif est le mode de désignation des députés: le scrutin d'arrondissement. Loin d'être la chose de tous, la République est devenue, cela est évident, la propriété de quelques-uns, qui s'arrogent continuellement les faveurs. Le scrutin d'arrondissement donne l'occasion à tous les assoiffés d'honneurs de l'emporter sur les gens compétents; en outre, s'il faut ne pas celer la vérité, pour se faire élire dans un petit arrondissement, il faut acheter tout le monde; il faut être riche, alors que le scrutin de liste dans le cadre départemental, les plus connus, les plus capables seraient élus à coup sûr.

 Le Gouvernement est du même avis que nous et M. Clémenceau a élaboré un projet de loi, qui doit être discuté sous peu par les Chambres et  institue le scrutin de liste. Ce que voyant, les députés blocards de l'Ouest (Bretagne, Anjou, Normandie) sont très mécontents. Ils ont entrevu la fragilité de leurs sièges et se sont rendus auprès de Clémenceau pour lui demander, au nom de Dieu, d'abandonner son projet, car la République allait perdre la partie dans cette région. S'ils s'étaient exprimés comme je le pense, ils auraient dit: "Nous allons perdre nos 15 000 francs par an !"

 La feuille quipéroise, la "Démocratie", s'est faite l'écho des plaintes pitoyables des députés apeurés. Les amis de la "Démocratie" ne veulent pas entendre parler du scrutin de liste. Assurément, ils pensent ne pas avoir gagné encore assez d'argent et une si bonne place doit être précieusement conservée. Emile Cloarec, le député de Morlaix,  un finaud dont la cuiller est proche de la soupe, sait bien que les élections de 1910 se feront au scrutin de liste. C'est pourquoi il visite le Léon, le Trégor du Finistère et la Cornouaille, Roscoff, Guerlesquin et Carhaix, afin d'être connu de chacun. Oui, la volonté de Clémenceau de modifier le mode de scrutin est fondée et digne d'être louée, en dépit du fait que la représentation proportionnelle n'est pas associée au scrutin de liste. Il y a là une opportunité de défaire le centralisme, mais il y a toujours des gens mécontents; ceux qui sont le plus fâchés sont les amis de la "Démocratie". Pourtant, quand ils se croyaient certains de rester aux affaires, elle était la première à réclamer, plein la bouche, des réformes. Quand ils sont menacés de perdre leur tour de profiter de l'assiette au beurre, holà, debout ! Vous allez donner la victoire aux Blancs, dit la charmante gazette. Vous êtes satisfaite quand vos candidats l'emportent. Trouvez bon, comme vous devez le faire,  que des candidats opposés puissent être victorieux.

   Dans le Midi, le scrutin de liste ne changera rien à la majorité. En Bretagne, l'avantage resterait avant tout aux libéraux, les décomptes de suffrages l'attestent. Cela fait peur au Blocards, parce qu'ils sont sûrs d'être défaits s'ils jouent franc jeu, cartes sur table. La "Démocratie" l'avoue; les oppresseurs sont impuissants sauf à tricher et faire pression sur le sous-préfet.

Mais toute chose vient à point.

En 1910, si l'on vote pour des listes, cela démontera plus d'un député, blanc comme rouge, parce que dans sa bourse étaient cachés 5000 écus comme de la gratelle dans un sac de froment. Des gens nouveaux apparaîtront à la faveur des listes et ce sera  l'ère de possibles changements.

Jaffrennou

Ar Bobl, n° 207, 12 décembre 1908 Traduction: Jean Yves Michel, novembre 2014

 

 

 

  Discussion politique entre trois personnages

 

 

En tam kont divar benn ar Vot etre eun Aotrou, eur Micherour hag eun beleg mad

An Aotrou: Ac'hanta, Fanch, tostaata ra ar vot d'eomp adarre. Ar bloa-ma vo tom ar jeu ganthi.

Ar Micherour: "Tostaat a ra sur, Aotrou"

An Aotrou: "A du gant piou e vi-te ?

Ar Micherour: "Me oar ?"

An Aotrou: "Na ouiez ket ! Poënt eo d'id gout - Marvat e voti evid an hini lârin d'id"

Ar Micherour: "E feson, Aotrou, an dra-ze c'hall bea"

An Aotrou: "Mad. Neuze e voti evid an hini Gwen, rag an hini Ru a zo gwerzet d'an Diaoul, hag a zigas ar Revolusion mar tremen"

Ar Micherour: "Petra ra din-me ar Revolusion ? Na meuz ket eun meudal danve en heol"

An Aotrou: "Mez pelec'h e kavi labour mar bet devet ha distrujet traou Antrone ?"

Ar Micherour: "D'in-me zo laret e vije partajet an traou etre ar re-baour, e vefe roet da bep hini eun devez-arat douar pe zaou"

An Aotrou: "Kojou , kojou ..Ze n'hall ket bea. Ar Re-Ru a zebro an traou tout o-hunan hag a lezo ahanoc'h da c'hinaouegal e toull o dor. Ar Re-Wenn a zigasso an  urz-vad hag a rei aluzen d'ar beorien ha labour d'ar vicherourien "

Ar Micherour: "D'in-me zo lavaret e oa eur vez reseo an aluzen hag e renke an holl dud da labourat".

An Aotrou: "Re a lavar ze  a zo re biz da rei an aluzen ha re feneant da gomans labourat da genta. Ar Re Ru a zo bandiou hag a zo klask sklapa ar relijion d'an traon, serri an ilizou"

Ar micherour: "Diez a vo d'ê"

An Aotrou: "Ar Re-Wenn, ar re-ze a zo du gant ar relijion"

Ar Micherour: "Ia, mez n'aint ket holl d'an oferen, pell ac'hané"

Ar belek mad (o tremen dre eno just): "Gwir lavar ar micherour"

An Aotrou: "Petra, Aotrou Person, c'houi zo eun demokrat meuz aoun"

Ar belek mad: "Me zo a du gant an Aotrou Doue. Heuil a ran lezen an Aviel. Klevet a meuz ahanoc'h ho taou o tiviz aze divar benn ar politik hag ar vot ahanta, n'on ket ali gant hini 'bed ahanoc'h ha ma keret me lavaro ma zonj d'eoc'h fran o daou. Deut 'ta.

C'houi, Aotrou, n'ho peuz aoun nemed araok eun dra, araok ar Revolusion. Aoun ho peus e ve bihanneet ho leve, ha dre-ze oc'h aliet an den-ma da voti evid unan Gwen. Kaout a ra deoc'h ar re-wen a zo kalz gwelloc'h evid ar re-all ? Petra zinifi ar sort giriou, Ru, Gwen ?  [...] Gwech'all e oa ar Re-Wenn var an tron; an traou a ia ken fall hag hirio, p'e ma ar Re-Ru krog er vaz. Ru ha Gwen, an diou gosteen-ze a zo diou eneb d'ar vicherourien, eneb da interest d'ar Vro.

O daou: "Laret d'eomp penoz ?

Ar belek mad: "Mar votet evid an dud a zo Gwen, da lavaret eo a zo o klask sklapa ar Republik d'an traon, c'houi zigazo ive Revolusion mod pe vod rag a chenchamant na vo ket great heb skuill gwad. Eur Revolusion a zo dalc'hmad eur dra fall, petra bennag ma 'z eo eun dra nesesser a wechou.

Divar Revolusion, o zeu hegas evid eur re kernez evid eur re-all. Ar Re-Wenn, ouspenn-ze n'int ket tud a bobl evid ar peurveuia ha anavezont ket petra eo buez al labourer. Kalz anezo n'o deus relijion nemed en o diaveaz: en diabarz int impi ha digoustianz. Mar votet evid an dud a zo ru, memez tra a c'hoarvezo. An Disurz a zalc'ho da ren, an dud dister a vo great goap anê en eur brometti traou d'ê ha ne roint ket roet biken; ar Re-Ru a zo laëron hag a ia arc'hant braz en o godel bemdez; beb sort trukou o-deuz evit-se pegwir e ma zroad er pal, hag o dorn tost d'ar c'hef. Ar relijion a vo argaset hag an ineou strafillet, rag ar bobl n'all ket beza na kaout eun tam konzolasion heb an Aviel d'e gontelia. Ar Re-Ru a zo eneb d'an Aviel abalamour hema 'zo eneb d'an techou-fall hag ar techou-fall an hini a zalc'h anê var an tron.

 Ma kerit silaou ahanon, c'houi voto evid ar Re-Enntre. Petra eo eun den Enntre ? An den Enntre eo an hini n'ê na Ru na Gwenn. Anaout a refet anezan dre an an doare man.

Den-bro a vo: e dud hag e gerent a vo eun tu bennag dre ar c'hontre, anaveet a voint evel tud a feson troët mad evid ar c'hlast izel, fors a zo pe vo de dirag e hano pe na vo ket, rag klevit mad, kalz a noblanz zo ha n'int ket Gwenn, mez Enntre. Ouspenn, an den Enntre a lavare ema a du gant gwellaat stad al labourerien, ar vicherourien, ar vevelien. Kontant a vo da labourat evid kreski ar paë, gwellaat al lojamanchou, brasaat an evurusted mez evid erruout eno, na brezego ket ober revolusion na grêv, na dismantr; dre ar garantez natural etre an dud e lavaro mond, dre ar respet an eil evid an egile, evel ma lavare an Aviel.

  Ni, ar Vretoned, a vo bravoc'h d'eomp evid  d'ar re all en em gleved, rag dre hon langach koz, ar brezonek, hon c'halonou a zo dija stok-ouz-stok. Na vo ket diez d'eomp, gant kaout tud Enntre ouz hon ren, renti hon broïk pinvidik ha dizammez deuz ar girlaouennou.

Ar micherour - Ama hoc'h arretan, Aotrou Person, mez petra eo ar girlaouennou-ze ?

Ar Beleg mad: "Ar girlaouennou a zo anevaled spegus evel melved, hag a gever en dour. Pa grogont en korf an den, e sunont e wad d'ezan. E buez ar vro, ar girlaouennou eo ar fonksionnerien, an dud-en-karg, pera a zebr a c'hont an nasion. An Den Enntre a vo a du gant bihannaat deuz hanter ar fonksionnerien a zo er Franz. An Den Enntre a lavaro: "Me zo ali a ve lezet ar relijion gristen lipr ha digabestr e-kreiz ar vro, me zo ali e ve daou sort skoliou, re ar gouarnamant ha re an dud dishual, pephini e c'hoût, evelse e vo lipr ar gerent da klask ar gwella skol hag an diskadurez a vo roet gwelloc'h abalamour d'ar gonkurranz.

An den Enntre a lavaro c'hoaz: "Me gar mad a ve eur Republik en Franz, abalamour ar Republik eo he deuz digabestr ar bobl, roët droejou kaër d'ezan, evel liberte da skriva, da gozeal, ha droet da voti, mez ar Republik gouarnet gant Franmasoned, hounez a rin bec'h da zifoeltra anei abalamour e ra tor braz d'ar vro. En e flas a vo lakeet eur Republik liberal, hag a raio d'eomp an Digreizadek, pe Decentralisation".

 

Echanges verbaux à propos du vote entre un notable, un travailleur manuel et un bon prêtre

Le Notable: "Eh bien, François, le moment de voter approche une fois de plus. Cette année sera chaude pour nous.

L'ouvrier: "Sûr que cà approche, Monsieur !"

Le Notable: "Pour qui es-tu ?"

L'Ouvrier: "Qu'en sais-je ?"

Le Notable: "Tu ne sais pas ! Il est temps que le saches . Tu voteras assurément pour celui que je vais t'indiquer !"

L'ouvrier: "De toute façon, Monsieur, cela sera"

Le Notable: "Bien. Alors vote pour le Blanc car le Rouge est vendu au diable et installera la révolution s'il est élu."

L'ouvrier: "En quoi la Révolution peut-elle me nuire ? Je ne possède rien sous le soleil"

Le Notable: "Mais où trouveras-tu du travail si les biens des Messieurs sont dévorés et détruits ?"

L'ouvrier: "On m'a dit que les biens seraient partagés entre les pauvres et qu'on donnerait à chacun d'eux un journal ou deux de terre"

Le Notable: "Foutaises ! Cela ne peut pas être . Les Rouges  avaleront tout tous seuls et vous laisseront les  regarder depuis le seuil. Les Blancs vous garantiront un ordre satisfaisant et feront l'aumône aux pauvres et donneront du travail aux ouvriers !"

L'ouvrier: "On m'a dit que c'était un honte de recevoir l'aumône et aussi de forcer tout un chacun à travailler"

Le notable: "Ceux qui affirment cela sont trop avares pour faire l'aumône et trop paresseux pour être les premiers au travail. Les Rouges sont  des bandits qui ne cherchent qu'à extirper la religion et fermer les églises"

L'ouvrier: "Cà leur sera difficile"

Le Notable: "Les Blancs sont pour la religion"

L'ouvrier: "Oui, mais ils ne vont pas tous à la messe, loin de là"

Le bon prêtre (qui passait juste par là): "L'ouvrier dit vrai"

Le Notable: "Vous, Monsieur le Recteur, j'ai bien peur qu vous soyez un démocrate"

Le bon prêtre: "Je suis pour Dieu. Je suis les préceptes de l'Evangile. Je vous ai entendus tous deux discuter de politique et surtout du vote, je ne suis en accord avec aucun d'entre vous: aussi vais-je être franc. Allons-y.

Vous, Monsieur, vous ne craignez, outre la Révolution, qu'une chose. Vous avez peur que vos revenus ne soient diminués et c'est pourquoi vous conseillez à cet homme de voter pour un Blanc. Ce que les Blancs feraient en votre faveur serait, pour les autres, une bien meilleure solution ? Que signifient ces mots, Rouge, Blanc ? Jadis, les Blancs étaient au pouvoir et les choses allaient si mal qu'aujourd'hui les Rouges gouvernent. Rouge et Blanc, les deux camps sont nuisibles aux travailleurs, aux intérêts du Pays.

Les deux interlocuteurs: "Dites-nous pourquoi ?"

Le bon prêtre: "Si vous votez pour les Blancs, c'est que vous cherchez à renverser la République, et vous provoquerez l'irruption destructrice de la Révolution, car les changements ne se font pas sans que le sang soit versé. Une Révolution est toujours une catastrophe, même si elle a pu être nécessaire quelquefois. Indubitablement, une Révolution est agaçante car elle propage la disette. Les Blancs, outre qu'il ne sont pas du peuple pour la plupart, ignorent tout de la vie du cultivateur. Beaucoup d'entre eux n'ont de religion qu'en apparence: dans leur for intérieur, ils sont impies et sans conscience. Si vous votez pour les Rouges, la même chose se produira. Le désordre s'installera et perdurera. On se moquera des petites gens en leur faisant des promesses qui ne seront jamais tenues. Les rouges sont des voleurs qui se remplissent les poches d'argent chaque jour. Ils ont pour cela plusieurs stratagèmes, puisque leur pied est au bal et les mains près de la caisse. La religion sera expulsée et les âmes effrayées, car la peuple ne sera pas consolé sans entendre  l'Evangile. Les rouges sont hostiles à l'Evangile car il s'élève contre les vices que les Rouges vénèrent.

Si vous voulez m'écouter, vous voterez pour les Hors-Système, les centristes. Qu'est un individu hors- système ? Il n'est ni rouge ni blanc. Vous le reconnaîtrez de cette manière:

Il sera un homme du pays: sa famille et ses parents sont d'un coin de Bretagne, connus pour leur bonté envers les gens de petite condition, peu importe qu'il y ait un "de" ou non devant leur nom car, écoutez bien, beaucoup de nobles ne sont pas blancs mais centristes.  En outre, le centriste hors système entend améliorer la situation matérielle des cultivateurs, des ouvriers, des ecclésiastiques. Il se fera un plaisir d'augmenter les salaires, de rénover les habitations, d'accroître le bonheur, mais pour y parvenir, il ne prêchera pas en faveur de la révolution, de la grêve, des destructions. C'est par l'amour, naturel entre les personnes qui se respectent les une les autres, comme l'affirme l'Evangile, que tout ira mieux.

Nous, Bretons, serons mutuellement plus agréables que les autres, à les entendre, parce que notre vieille langue, le breton, déjà nous soude. Il ne nous sera pas difficile, quand les centristes Hors-Système nous dirigeront, d'enrichir notre petite patrie et de la débarrasser de ses parasites.

 

L'ouvrier: "Ici, je vous arrête, Monsieur le Recteur, mais qui sont ces parasites-là ?"

Le bon prêtre: "Les parasites sont des animaux collants, comme les moustiques qui prolifèrent dans l'eau. Quand ils s'emparent du corps d'un homme, ils lui sucent le sang. Dans la vie d'un pays, les parasites sont les fonctionnaires, les gens qui occupent des places et qui dévorent l'argent de la nation. Les centristes Hors-Système sont d'avis de diminuer de moitié le nombre de fonctionnaires français. Le Hors-Système dira:"je suis d'avis qu'on laisse la religion chrétienne libre de vivre dans le pays et qu'il y ait deux sortes d'écoles, celle du Gouvernement et celle des gens émancipés, chacun choisira en connaissance de cause, ainsi les parents seront-ils en mesure de rechercher la meilleure école et la meilleure instruction, puisqu'il y aura concurrence.

 Le centriste Hors-Système dira encore: "Une République en France, cela me va car la République a émancipé le peuple, lui a accordé des droits remarquables, comme la liberté d'expression orale et écrite et le droit de vote, mais une République aux mains des Francs-Maçons sera dilapidée, ils  feront grand tort au pays. A sa place, nous installerons une République libérale qui nous donnera la décentralisation

 An den Enntre a lavaro e ma a du gant ar Peuc'h, a du gant an union etre konvers Bro-Hall hag hini Bro-Saoz. En eur gir, ar c'handidat mad a vo an hini a vo Enntre dre ar renk, hag Enntre dre o ompinion

Ar micherour: "Ar pez ho peuz displeget a blich d'in mad gwalc'h

An Aotrou: "Desidet ho peuz ahanon da foueta eur gwennek bennag zikour ar re Enntre da dremen""

 

François Jaffrennou

 Le centriste Hors-Système  approuvera la paix, l'association commerciale franco-britannique. En un mot, le bon candidat est le candidat qui sera centriste hors-système par le rang et votre approbation

L'ouvrier: "Ce que vous avez expliqué me convient tout à fait "

 

Le Notable: "Vous m'avez décidé à dépenser un sou quelconque pour aider le centriste Hors-Système à se faire élire"

  François Jaffrennou

  Ar Bobl, n° 82, 14 avril 1906

Traduction : Jean Yves Michel, janvier 2014

 

Les certitudes de Taldir: Rouges = gagnants, Blancs = perdants; donc un Breton se doit d'être ni de gauche ni de droite. Ce système bipolaire est né, on le rappelle, le 28 août 1789.

 

Tu-koll ha tu-gonid

"Vous autres Bretons, gardez entre vous vos querelles  de ménage, vous n'êtes déjà pas trop forts tous ensemble contre  l'étranger"

Sainte-Beuve à Luzel, 15 juillet 1865

 

Sed aze ar giriou a skrive d'ar barz brudet an-Uhel, brema zo  tremenn dao-ugent vloaz, ar skrivanier gallek Sainte-Beuve. Hag ar pez a oa gwir  ar mare-ze a zo kalz gwirroc'h an deiz a hirio. Er bloavez 1865, ar politikah ne doa ket lakeet c'hoaz gant e fao lous sperejou kemend a dud evel ma ra brema : hirio n'eus den a-bed abarz ar vro-ma ha na ve ket merket e blas d'ezan gant ar vrud en tu pe du, penegwir n'eus ket nemed daou tu, var lavar ar bolitikerien, an tu-gonid hag an tu-koll.

 En tu-koll e ve lakeet kemend hini a zo moderet e zantimant; an dud a vuez sioul ha reizet, enebour d'ar chenchamanchou; ar re a ia  d'an oferen; ar re a gas o bugale da di ar re bet frêrien; ar re a zo perc'hennou madou braz, hag are re a zo didannê; an noble, ar veleien hag ar vourc'hizien euz an tu gwenn.

    En tu-gonid e lakeer ar peur-rest euz an tud. Holl e maint brema o klask mond a du gant an hini a zoug ar vaz; en tu-gonid ema al labourerien hag ar vicherourien ar gosteen-ru evel ma rer diouthi en komz ar bobl, hag o komandi var re-ma beb sort tud a vennoz dishenvel nemed int henvel en o c'hoant da brofita beb ar gemental deuz ar souben dru; mestrou-skol, fonksionerien, tud-en-karg, tud prenet dre faveuriou ha lietennou, tud trenket o c'halon ha c'hoant dezo venji var re all, radikaled prest da strinka d'an daoulin dirag peb mestr gant ma vezo pinvidik ha galloudus.

    Evidomp-ni, potred ar Bobl, kaër en deuz  Sklerijenn Montroulez, esa ket liva flourennou d'e lennerien ha trompla anezo var zantimantchou hon c'halon, ne n'omp nag en tu gwenn nag en tu ru, nag en tu-koll nag en tu-gonid [...]

F. Jaffrennou

 Le camp des perdants et celui des gagnants

Ce sont les mots qu'écrivait au barde renommé Luzel, il y a maintenant quarante ans, l'écrivain français Sainte-Beuve. Et ce qui était vrai à cette époque l'est encore davantage aujourd'hui.

En 1865, la politique n'avait pas encore corrompu l'esprit de tant de gens comme elle le fait maintenant: aujourd'hui, il n'est personne dans ce pays qui n'ait été catalogué au grand jour dans un camp ou l'autre, puisque il ne subsiste que deux camps, comme le disent les politiciens: celui des gagnants et celui des perdants.

  Dans le camp des perdants, vous mettrez chaque individu d'opinions modérées; les gens droits, ne faisant pas de tapage, opposés aux bouleversements; ceux qui vont à la messe; ceux dont les enfants fréquentent les écoles des anciens Frères; les gros propriétaires et leurs domestiques, les nobles, les ecclésiastiques et les bourgeois blancs.

Dans le camp des vainqueurs, vous mettrez le reste de la population. Tous cherchent à approuver ceux qui tiennent le bon bout du bâton. les cultivateurs et ouvriers rouges comme on dit dans le peuple, ceux qui les commandent, c'est-à-dire toutes sortes de gens dissemblables mais unis par le désir de profiter chacun d'une part de la soupe épaisse; instituteurs publics, fonctionnaires, individus occupant des sinécures, gens achetés grâce à des faveurs et des décorations, gens amers désireux de se revancher au détriment des autres, radicaux prêts à se jeter à genoux devant chaque notable s'il est riche et puissant.

 Pour nous, les rédacteurs d'ar Bobl et de l'Eclaireur de Morlaix, il  serait indigne de colorer la vérité et de tromper nos lecteurs, nous ne sommes ni Blancs ni Rouges, ni du camp des perdants ni de celui des vainqueurs.

 

F. Jaffrennou

Ar Bobl, n° 89, 2 juin 1906 Traduction: Jean Yves Michel, janvier 2014

 

Empêcher la CGT de nuire..

 

An de kenta a viz Maë

 Er bloavez 1906, daou pe tri devez araok votadek an deputeed dre holl Franz, ar Genvreuriez Vraz a zo en penn al Labour he doa sonjet ober eun diskuez euz he nerz. Evid-se he doa dibabet an de kenta a viz Maë, ha kaset eur c'halvaden, d'an holl vicherourien evid alia anezo da ober grèv jeneral an de-se.

  Dihanet da labourat hed an devez-ze, emezi, ha c'houi a ziskuezo d'ar vourc'hizien pegen braz vo ho kalloud pa gerfet c'houi a c'houlenno al lezel: eiz eur labour, eiz eur gousk, eiz eur diduamant...eiz lur bemde. Galvadenn Kenvreuriez Vraz al Labour a reaz eur c'haouad aoun d'ar gouarnamant. Mar teuc'he an holl vicherourien da baouez labourat, a dra zur e vije reuz ha draill a beb koste. Ar gouarnarmant a reaz neuze  gourc'hemenn d'ar soudarded ha d'ar jandarmed da veza holl var droad d'an de kenta a Vaë brema zo tri bloa !

Mez da c'hras Doue, na oa bet nemeur a vec'h. Ar CGT he doa gret muioc'h a drouz evit a ober hag ar manifestasion vraz oa bet nemed eur barti plijadur.. Ar mene n'e doa ganet nemed eul logoden, rag an darn vuia deuz an ouvrierien a oa bet fur awalc'h da chom heb heuil pennou avelet ar Genvreuriez.

 Ar bloa-ma adarre a zo bet eun tam trouz bennag gant potred ar CGT [...] "Labourerien ar spered kabestret ive dindan vestrou, ar fonksionerien, ar skolaerien a zo pedet da ober evel o breudeur all pere a ra labour korf. Evelse, ni a welo hon nerz, ni a gemero fianz da c'hortoz an Abardaë braz en pehini e vo desidet ar grèv jeneral, an dispach hag ar partach euz an traou !". Setu aze penoz o komz ar pennou foll hag ambisius a zo e veva en o aes en Pariz en penn ar CGT. Ar re-ze, Lévy, Merrheim, Yvetot, Bousquet hag oll all, var zigare ne labouront ket a-hunan gwech a-bed hag int paët memez tra gant arc'hant ar re a zo dindan-o, ar re-ze  a garfe gweled ar re all a zihano labourat, evid  d'ober plijadur d'ezo, a zo riskat braz da goll paë o devez ha marteze o flas.

  Mez Merrheim n'eo ket nec'het gant ar dra-ze ! Hennez a oar awalc'h n'all ket an denved en em ren o-hunan hag eo ret d'ezo kaout mesaërien. An denved deuz o zu a gred int diwallet mad deuz ar bleizi pa ve mesaërien en o fenn. Paour kez denved ! Komprenet ' ta ma na vec'h ket debret gant ar bleiz, ho mesaër ho tebro zur mad, hag ouspenn e touzo ho klan [...]

 Ar CGT na reio da gredi da zen e poan a du gant ar vicherourien. Ar pennou diouthi n'o deuz ken c'hoant nemed taol ar Republik d'an traon evid ober ar Social ha beza ministred o-hunan. Evit en em gaout eno e prezegont ar revolusion,  ar distruj, al laëronsi. Ar vicherourien fur ne heuillint ket aliou ken dibouel; al laboureien-douar na c'houllont kleved komz deuz hanteri ha lodenn. Mar be stard awalc'h ar c'houarnamant, Levy ha Merrheim a chomo o fri var ar gled hag an de kenta a viz Maë elec'h beza eun devez a drubuill hag a zispac'h, a zalc'ho da veza ar pez eo bet lakeet da veza gant ar c'houer hag an Natur: eun devez a renevez, a C'hlazur hag a Garantez !

Fanch

   En 1906, deux ou trois jours avant la date des élections législatives générales françaises, la Confédération générale du Travail pensa organiser une démonstration de sa force. Dans ce but, elle choisit le premier mai et lança à tous les ouvriers un mot d'ordre de grève générale pour ce jour. "Cessez de travailler durant toute cette journée et vous montrerez aux bourgeois votre capacité à réclamer la loi des trois huit: huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de loisirs ..huit francs par jour.  L'appel de la CGT déclencha une flambée de peur au sein du gouvernement.Si tous les ouvriers avaient cessé le travail, cela aurait à coup sûr provoqué désordre et grabuge de tous côtés. Le gouvernement donna ordre alors aux soldats et aux gendarmes de se tenir prêts le premier mai d'il y a trois ans !

 Mais, grâce à Dieu, il n'y eut guère d'affrontements. La CGT avait fait plus de bruit qu'il n'en fallait et la grande manifestation ne fut qu'une partie de plaisir. La montagne avait accouché d'une souris car la majorité des ouvriers fut assez sage pour ne pas suivre les appels des chefs de file étourdis de la Confédération.

 Cette année, de nouveau, la CGT provoquera quelques troubls [..] "Travailleurs intellectuels asservis par des tyrans, fonctionnaires, instituteurs sont priés d'imiter leurs frères travailleurs manuels. Ainsi, nous constaterons notre force, nous attendrons avec confiance le Grand Soir au cours duquel on décidera de la date de la grève gé,érale, de celle de la Révolution et du partage des richesses ". Ainsi prêchent les têtes folles et ambitieuses de la CGT qui vivent à leur aise à Paris. Ces derniers, Lévy, Merrheim, Yvetot et tous les autres, sous prétexte que, même s'ils ne travaillent jamais, ils seront payés grâce aux cotisations des adhérents de base, ces chefs de file se réjouiraient de voir les travailleurs se croiser les bras pour leur faire plaisir alors que ces derniers risqueront fort de perdre le salaire de la journée et, peut-être, leur emploi.

 Mais  cette perspective n'inquiète pas Merrheim ! Celui-ci sait assez que les moutons ne se gouverneront pas seuls et que des bergers leurs sont nécessaires. Les moutons de cette nuance croient qu'ils seront mieux protégés si  des bergers sont  à leur tête. Pauvres moutons ! Comprez donc que si vous n'êtes pas mangés par le loup, vous le serez certainement  par votre berger qui, de plus, vous tondra la laine sur le dos.

  La CGT ne fera croire à personne qu'elle épouse les souffrances des ouvriers. Les chefs de file n'ont d'autre désir que de renverser la République pour la remplacer par la Sociale et devenir ministres eux-mêmes. A ces fins ils prêchent la révolution, la destruction, le vol. Les ouvriers raisonnables n'obéiront pas à des mots d'ordre aussi illogiques; les cultivateurs ne voudront entendre parler ni de la moitié ni du quart de ces élucubrations. Si le gouvernemennt se montre assez ferme, Lévy et Merrheim garderont leur nez à l'abri et le premier mai, au lieu d'être un jour de troubles, de révoltes, continuera d'être ce que le paysan et la Nature en ont fait: un jour de renaissance, de verdure et d'amitié !

François


Ar Bobl, n° 227, 1er mai 1909 Traduction: Jean Yves Michel, décembre 2014

 

 

Deux sortes de coupables des errements: les meneurs révolutionnaires et ceux qui les approuvent

 

Pelec'h ma an danjer ?

Gwechall koz e lavaret e oa an danjer deuz koste ar veleien hag an noblanz. Mez hirio, ne ma ken kont evelse. Ar veleien n'int ket nemed sitoianed evel an dud all hag an nobl eo kollet gantê ar galloud o doa bet.

An danjer a zo brema deuz an tu Ru, deuz koste ar revolutionerien dizakr, a ia da revina konvers a vro arok nemeur.

 En Fressenville, eur vanden voïoujen o deuz laket an tan en eur uzin hag en ti eur perc'hen, ha n'euz great netra 'bed d'ê. En Toulon, ouvrierien ar porz o deus great a nevez zo eun distruj skrijus. Bantet eo an dud keaz-ma gant pennou ru ar Boursou du Travail. Ar greviou hag ar dismantrou en em astenn mui ouz mui, hag a lak ar spont da ren var hon bro. Evid en de kenta a viz maë e vo marteze revolusion da vihanna evelse e prometer  d'emp eiz heur labour hag eiz lur bemde, hag an dud beorien tout. An danjer 'ta ne 'ma ket en tu dehou: en tu kleiz ema, en tu ar re a fot d'ê lakaat an tan dre-holl.

   En eur voti evit deputeed soutenet gant potred an tu kleiz, e preparer revinou spontus en pere n'haller ket sonjal heb krena. Gwaz evid ar re a zo dall awalc'h evid nompaz gweled kement-ma. Ar re baour o deuz soutenet ar Re Ru beteg ama. Ha gwelleet eo o stad ! N'ê ket. Gwaseet eo stad ar paour, ar micherour, ar mevel, al labourer, n'all beza zavet nemed gant deputeed republikan moderet, hag a  rein lezennou ma a du gantê.

 Ar republikaned antiklerikal, evel ma lavarer n'euz gantê nemed gevier tromplus, ha kojou livet brao da baka ginaoueien. [...]

Fanch

Où se situe le péril ?

Jadis on prétendait que le danger venait des prêtres et des nobles. Mais aujourd'hui, on ne chante plus la même chanson. Les prêtres ne sont que des citoyens comme les autres et les nobles ont perdu leur pouvoir.

Le danger vient maintenant des Rouges, des Révolutionnaires athées, qui réduiront le commerce à néant avant longtemps.

A Fressenville, un bande de voyous a incendié une usine et la maison du propriétaire; ils bénéficient cependant de l'impunité. A Toulon les ouvriers du port ont provoqué une destruction tragique. Ces gens-là ont brandi leurs drapeaux rouges à la Bourse du Travail. Les grèves et les destructions accumulées tant et plus ont répandu l'épouvante dans notre pays. Le premier mai sera peut-être jour de révolution partielle fondée sur les promesses des huit heures de travail et des huit francs de salaire par jour et de la disparition des riches. Le danger ne vient pas de la droite; il vient de la gauche, de côté de ceux qui veulent tout brûler.

 En élisant des députés de gauche, on prépare des ruines épouvantables auxquelles on ne peut songer sans trembler.Les pires sont les aveugles inconscients de cela. Les prolétaires ont soutenu les Rouges jusqu'à maintenant.  Et  leur situation matérielle s'est-elle améliorée ? Non pas . A empiré celle des pauvres, des ouvriers, des domestiques de ferme, des cultivateurs, elle ne sera améliorée que par des députés républicains modérés auteur de lois qui leur seront favorables.

Les Républicains anticléricaux ne disent que des mensonges et des flatteries destinées à tromper les imbéciles [...]

François

 Ar Bobl, n° 82, 14 avril 1906

 Traduction: Jean Yves Michel, janvier 2014






Dernière modification le 12/01/2015

Site motorisé par ZitePLUS 0.9.1