Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Page complétée en août 2015


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Henri BARNOIN (1882-1940), Sortie de messe au Faouët, vers 1910

Huile sur toile, 54 * 65 cm - Legs de Mme Anne-Marie Le Fourn-Auffret, 2014 - Collection Musée du Faouët - Photo Isabelle Guégan

Avec l'aimable autorisation de M. le Maire du Faouët (août 2015)

L'épineuse question du repos dominical

 

Dihan ar sul

Brema zo hanter kant vloaz bennag, ar c'hiz kristen da zihan labourat d'ar sul a oa kazi dilezet en Franz.

 Ar gonversanted hag a zelle hepken deuz kreski ar binvidigez, heb pleal deuz lezen Doue, a gondaone ar repoz sul en hano al labourien o-unan.

  Lavaret e reant penoz e oa eur c'holl chom heb labourat eun devez; ar magazinou a dlee ato chom digor; ar bobl a oa red d'ezan gounid e vara d'ar sul evel an deziou all; ar batroned hag ar vicherourien a wele al labour sul eur mod da greski o feadra, ha pegwir e oa red dibri, e oa red ive gounid ar boued.

   Ha koulskoude, an Iliz ne doa ket paouezet da enebi deuz al labour sul, en hano tride gourc'hemenn Doue: a vare da vare e save he mouez eneb ar c'hiz-ze.

   Skouer broiou braz evel an Amerik ha Bro-Saoz a ziskueze e c'haller unani ar prosperite gant respet al lezen gristen.

Hirio, e c'haller lavaret e chencher kaoz. An dihan sul a zeblant beza a-nevez prest da veza pratiket.

  Labouriou an dud gwiziek hag an doktored diazeet var ar skiant ha var ae chiffrou, a brou penoz an den en deuz ezom da repozi beb an amzer ha penoz eo iec'hedus chom heb labourat eun devez var seiz; skrivagnerien pouellus o deuz diskuezet e c'hallet arreti al labour eun devez heb noazout d'an ijinerez na d'ar c'honverz zoken en uzinou e-lec'h ma zo tan da zerc'hel var elum.

  Euz o zu, ar vicherourien, o sonjal muioc'h en o interest, a zo akord brema da c'houlen eur repoz sizuniel; ar sosialisted o-unan a c'houlen repoz ar sul. An emploïdi, ar re ar muia dilezet marteze e-touez an dud a labour, a ra bec'h eur pennad zo evid kaout an droët jouisa d'ar sul deuz an neubeud heurveziou a frankiz.

 An holl a wel brema n'eo ket eur gistion relijius hepken a zo en kont ha ne vo ket oblijet den a-bed var zigare dihan labourat d'ar sul, da vond d'an ilizou; mez gweled a rer eo red mad merka eun devez skler d'an holl evid ar repoz, pe mar be lezet pehini d'e zibab hervez e faltazi, tud eur memez famill na c'hellint biken en eme gaout asamblez, mar labouront ebarz atellierou dishenvel.

  N'euz brema en Franz nemed diou lezen var an dihan sul, hag evid eur serten rumm labourerien hepken. Da genta, lezen 1851 var an aprantied: houma a oblij ar perc'hennou da lezel lipr gant o aprantied devez ar sul var e hed. Mez al lezen-ze n'eo ket heuliet e peb leac'h, ha kalz a batroned er c'heariou a ra d'o micherourien iaouank dizrei da sul evid skuba ha kempenn an atellierou. Eul lezen all zo, hini 1892 divar benn labour ar merc'hed hag ar vugale en uzinou a impli ouspenn ugent a dud. Houma a ro eun devez repoz ar sizun d'ar merc'hed ha d'ar vugale dindan 18 vloaz. Mez al lezen-ma, gant aoun da goueza akord gant gourc'hemmenn an Iliz, n'he deuz ket kredet lavaret e vije ar sul devez ar repoz.

   Evelse, dre ma ver lipr da choaz an deiz, ne ve choazet hini a-bed ! Brema zo pevar bloaz, Kambr an Deputeed ha doa lakeet var ar stern eul lezen da renti red repoz ar sul evid an holl vicherourien. Ar Senat a zo staget varnhi d'e dro, mez evel kustume, mond a ra difoun var al labour.

   An Ao. Lamarzelle, senatour Morbihan, a ginnigaz eur stern  hag a zivize e vije oblijet an uzinou hag an tier konverz da zerri d'ar sul e peb leac'h. An Ao. Dubief, ministr ar c'honverz, a ieaz a du gantan, en eul lavaret e oa mad ar repoz sul da grenvaat liammou ar famill. An dra-ma a zo eun arokaat, eur gammed var zu ar gwell.

  Kambr ar Deputeed a intento ive digemer al lezen, rag an holl, patroned ha mevelien, a zo akord var e redigez. Rener eun ti konverz braz a lavare an deiz all ne c'halle ket komanz serri e vagazin ar c'henta abalamour d'e gonkurranted mez e oa lawen braz e vije gret eul lezen henvel d'an holl.

 Tost e ver eta da weled an dihan sul o tond da veza eur gourc'hemenn. Eun dra vad a vezo evid an dud a vicher, hag ive eur gounid evid ar gristenien, pere n'o deuz ket paouezet biskoaz da zelc'hen d'an dihan sul.

Frankiz ar sul a zeuio heb dale da veza eul lezen, hag a vezo digemeret gant levenez vraz gant eur bern tud hag a stag brema ouz eur vicher kaled, koulz ar sul hag ar pemde.

Eur Poanier

Le repos dominical

Il y a maintenant quelques cinquante ans, l'usage de chômer le dimanche fut à peu près unanimement abandonné en France.

  Les commerçants, qui ne souciaient que d'enrichissement et ne se pliaient pas à la loi de Dieu, prirent fait et cause contre le repos dominical au nom de tous les travailleurs.

 Ils affirmèrent qu'un jour chômé était une perte; que les magasins devaient rester toujours ouverts; que les gens du peuple devaient gagner leur pain le dimanche comme les autres jours; que patrons et ouvriers considéraient le travail comme un moyen d'accroître leur avoir et, que, puisqu'il fallait bien manger, il fallait gagner sa croûte.

Et cependant, l'Eglise n'avait cessé de combattre le travail du dimanche, au nom du troisième commandement de Dieu; d'une manière ou d'une autre, elle proclama son hostilité à l'égard de cet usage.

   L'exemple de grandes puissances comme les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni nous avait démontré que l'on peut faire régner la prospérité pour tous tout en respectant la loi chrétienne.

  Aujourd'hui, on peut entendre une autre chanson. Le repos dominical est tout près d'être pratiqué.

     Les travaux de gens instruits, de docteurs nourris de science et de chiffres, ont prouvé que l'individu a besoin de se reposer de temps en temps et qu'il est sain de cesser de travailler un jour sur sept; de fins plumitifs ont démontré qu'on pouvait cesser de travailler un jour sans nuire à l'industrie et au commerce, même dans les usines dont les machines doivent tourner sans cesse.

  De leur côté, les ouvriers, davantage soucieux de leur intérêt, s'accordent à demender le repos du dimanche; les socialistes unanimes aussi. Les employés, travailleurs dont on s'est guère soucié, ont, il y a quelque temps, réclamé à grands cris quelques heures de liberté le dimanche.

  Tous voient maintenant que ce n'est pas seulement une question de religion et on ne forcera personne, sous le prétexte du repos dominical, à se rendre à l'église. Mais nous voyons qu'il sera bon de choisir clairement un jour de repos valable pour tous, ou si on laisse chacun décider à sa fantaisie, les membres d'une même famille ne pourront jamais être ensemble s'ils travaillent dans des entreprises aux choix dissemblables.

   En France,  deux lois seulement concernent le repos dominical et uniquement pour une certaine catégorie de travailleurs. D'abord, la loi de 1851 sur les apprentis: elle contraint les patrons à accorder à leurs apprentis la liberté du dimanche d'un bout à l'autre. Mais cette loi n'est pas appliquée partout et bien des patrons dans les villes font revenir leur jeunes ouvriers le dimanche afin de balayer et nettoyer les ateliers. Une autre loi, celle de 1892, porte sur le travail des femmes et des enfants de moins de 18 ans. Mais cette loi, par crainte de se trouver en accord avec le commandement de l'Eglise, n'a pas cru devoir établir que que ce jour de repos serait le dimanche.

Ainsi, parce qu'on était libre de choisir le jour, aucun ne fut retenu ! Il y a quatre ans, la Chambre des Députés a accouché d'un projet de loi rendant le repos obligatoire pour tous les ouvriers. Le Sénat s'en est emparé à son tour mais, comme d'habitude, il travaille lentement.

 M. Lamarzelle, sénateur du Morbihan, ficela un projet qui disposait que les usines et les boutiques et grands magasin devraient fermer le dimanche en tous lieux. M. Dubief, ministre du Commerce, l'approuva en disant que le repos dominical renforçait les liens familiaux. Ceci représentait une avancée, un pas sur le chemin du progrès.

  La Chambre des Députés se propose d'accueillir favorablement ce projet parce que tous, patrons et employés sont d'accord sur son contenu. Le directeur d'un grand magasin disait l'autre jour qu'il ne pouvait être le premier à le fermer le dimanche à cause de la concurrence mais qu'il se satisferait d'une loi identique pour tous.

Le repos dominical est donc tout près de devenir une obligation. Ce sera une bonne chose pour les travailleurs et une aubaine pour les chrétiens, parce qu'ils n'ont jamais cessé de tenir au repos du dimanche.

   Le dimanche libre sera sans tarder une loi qui sera accueillie avec beaucoup de joie par un grand nombre de gens, travaillant durement actuellement, le dimanche et les autres jours.

Un bosseur.


Ar Bobl, n° 94, 7 juillet 1906 Traduction: Jean Yves Michel, mars 2015







Dernière modification le 11/08/2015

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