Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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05/10/2018

                                        Cette page a été ajoutée en février et mars 2018

 

  Le "jeu des chaises musicales" consiste, pour les ministrables et les présidentiables à se succéder interminablement, en vertu de leur polyvalence...

 Pour parvenir à une place, il faut que le titulaire - toujours provisoire- en soit chassé... Prenons le cas de Clémenceau...

"Une crise politique: la chute de Clémenceau

Séance du 20 juillet, à la Chambre des Députés. Tout passe, même les Ministères et, en France particulièrement, il s'en fait une grande consommation (1). Est-ce un bien ou un mal ? C'est un  bien en ce sens que cela permet aux dignitaires de se succéder par petits paquets (2) au partage des dépouilles (3) sans craindre d'autre conséquence qu'une "chute" sur le tapis qui n'entraîne aucune responsabilité (4); c'est aussi pour les multiples partis d'opposition (5) de se bercer de douces illusions d'avenir.

   Mais la République s'enracine d'autant plus profondément que ses fautes paraissent lourdes [...] le Mal n'est pas dans la République, mais autour d'elle dans la Constitution (6), l'Administration, la Législation.

    Le ministère Clémenceau tenait le record de la durée. Il a chu mardi au moment où l'on ne s'y attendait guère,à la suite du débat sur la Marine (7). M. Picard (8) a donné les résultats de l'enquête sur la Marine et reconnaît qu'elle est critique. M. Delcassé (9), dans un long discours, demande la mise en accusation du ministère Clémenceau, seul coupable du gâchis actuel. Ces paroles provoquent une tempête. Clémenceau répond que ce n'est pas à l'ex-ministre Delcassé qui humilia la France en la menant à Algésiras (10), à le mettre en cause. La Chambre hue le Président du Conseil. Au vote, 212 voix contre 176 repoussent l'ordre du jour de confiance, 175 Q.M. (11) étant absents; le ministère est mis en minorité et démissionne immédiatement.

     Mais ne croyez pas qu'il soit mis en accusation. Ils s'en iront tranquillement, bien heureux de céder à d'autres le soin de débrouiller la situation.  [...] M. Briand a été chargé de constituer le nouveau cabinet (12)

Ar Bobl, 24 juillet 1909

(1) Instabilité gouvernementale chronique-  (2) une douzaine de ministres et secrétaires d'Etat constituant chaque gouvernement  (3) les places de ministre  (4) aucun ministre n'est judiciairement mis en cause pour une mauvaise décision prise (sauf cas de haute trahison)  (5) démocrates-chrétiens, libéraux, conservateurs, nationalistes (6) de 1875  (7) Marine de guerre: la "Royale" (8) Ministre de la Marine   (9) Homme politique républicain de gauche, ennemi personnel de Clémenceau, longtemps Ministre des Affaires étrangères  (10) Conférence réunissant les délégués marocains, français, espagnols, anglais et allemands dans cette ville espagnole proche de Gibraltar et dont le but était de régler la crise marocaine  (11) abréviation de "Quinze Mille": les députés perçoivent 15 000 F d'émoluments annuels, un instituteur, 2500 F   (12) cabinet, ministère et gouvernement sont des termes synonymes

 

  Le ministère Clémenceau tombe sur une question secondaire, pour plusieurs raisons:

- sa durée, anormalement longue, ; les "remplaçant potentiels" commencent à trouver l'attente trop longue

- Le traitement administré aux députés de sa majorité par Clémenceau: moqueries, outrages, opinions piétinées; de là l'absence de 175 députés

 

On ne peut dire que, dans les lignes ci-dessus, Jaffrennou encense la République...

Cependant, Ar Bobl dresse, en  1910, un portrait élogieux d'Aristide Briand, nantais et socialiste en bonne part repenti

  "La victoire du Breton

   Si Briand avait succombé dans le débat passionné qui a divisé la Chambre et empoigné la Nation, pendant les mémorables journées des 28, 29, 30 octobre (1) , avec lui succombait la sécurité publique. Les fauteurs d'anarchie (2) qui avaient préparé le sabotage et l'émeute attendaient ce moment pour envahir la rue et se livrer aux pires excès. Guidée par la troupe hurlante des 74 députés révolutionnaires, la France marchait vers une Commune (3) nouvelle, à travers le crime et les bombes. Le péril était plus grand qu'on ne se l'imagine. Les paroles menaçantes proférées dans l'enceinte même du Parlement par Jaurès et par le député socialiste Colly, ivre de rage, s'adressant au Président du Conseil (4) et criant: "Salaud ! J'aurai ta peau !" montrent à quel point la meute était excitée contre ceux qui avaient fait échouer les attentats dont la grève n'était qu'un prétexte.

    M. Briand n'a pas eu peur. C'est un Breton. Et c'est un homme [...] La victoire de l'Ordre est celle personnelle de M. Briand (5). Cet homme représente maintenant l'avenir. Il n'a pas démenti son célèbre discours de Périgueux (6). Il y a quelque chose de changé dans l'atmosphère étouffante que respirait le pays depuis Combes. La lutte des "mares stagnantes" s'estompe. La pays va pouvoir enfin travailler"

Ar Bobl, 5 novembre 1910

 

(1) Le 11 octobre 1910, les cheminots proclament une grève générale; le 12, le Gouvernement mobilise tous les cheminots, sous peine de révocation; le 20 octobre, la grève , partiellement suivie, cesse. Les 28, 29 et 30 octobre 1910, la Chambre des députés, réunie en session extraordinaire, prend feu et flamme. Briand, acclamé par la droite et une partie des radicaux, attaqué par l'extrême-gauche, se laisse aller à dire: "Si, pour défendre l'existence de la nation, le gouvernement n'avait pas trouvé dans la loi de quoi rester maître de ses frontières, s'il n'avait pu disposer des chemins de fer, c'est-à-dire d'un instrument essentiel de défense nationale, eh bien, aurait-il dû recourir à l'illégalité, il y serait allé !"... Le lendemain, à la tribune de la Chambre, il fait remarquer que "le pauvre dictateur qu'il est" "n'a pas une goutte de sang sur les mains"

(2) les syndicalistes de la CGT    (3) réplique de la Commune de 1871, essentiellement parisienne, anticléricale, anti-religieuse, anti-capitaliste, mais aussi germanophobe et nationaliste, tout en étant hostile à l'armée de métier

(4) titre du chef de gouvernement (Président du Conseil des ministres)  (5) Briand obtient la confiance par 329 voix contre 183

(6) Dans ce discours, prononcé le 10 octobre 1909,  Briand mettait en exergue deux thèmes: la concorde, la fraternité devaient remplacer la lutte des classes; pour l'élection des député, il fallait en finir avec les "mares stagnantes" , c'est-à-dire les circonscriptions élisant, chacune,  à la majorité, leur représentant au Palais-Bourbon; Briand reprochait à ce système d'engendrer la reconduction du personnel politique (ainsi Dubuisson fut-il élu député de la circonscription de Carhaix quatre fois de suite). Briand préférait le scrutin "départemental" proportionnaliste qui fut utilisé en 1885, 1919 et 1924, 1945,1946,1951,1956 . Ce mode de scrutin, dit aussi "de liste", avait aussi la préférence de Jaffrennou, qui pensait en tirer personnellement profit.

Mais ce scrutin ne renouvelle le personnel politique qu'à condition qu'on renouvelle les listes de candidats ou l'ordre des candidats sur chaque liste, à l'occasion de chaque élection...

CEPENDANT, le 1er novembre 1910, Briand apporte à l'Elysée la démission de son gouvernement !!!! Pour quelle raison ? Il a senti ou su que beaucoup de radicaux-socialistes qui, pourtant l'avant-veille, lui avaient accordé leur confiance, souhaitaient un remaniement ministériel dont ils seraient les profiteurs.

Le 27 février 1911, SANS AVOIR ETE MIS EN MINORITE, Briand démissionne...

 


L'élection à la magistrature suprême d'un centriste, patriote ombrageux: Poincaré, janvier 1913

Clémenceau, qui ne l'aimait pas, en disait: "Briand ne sait rien, mais comprend tout et Poincaré sait tout, mais ne comprend rien"

  "L'élection du Président de la République a eu lieu le 17 janvier 1913 à Versailles

Au secondt tour: MM Raymond Poincaré : 483 voix, élu

                                        Pams:                           296

                                        Vaillant:                        69

                                        Divers                            11

    NOTRE OPINION

Cette élection réjouit trop de monde pour porter en elle d'autre indication que la lassitude générale des partis qui luttent depuis 20 ans [...] et le combat finit faute de combattants. En réalité, beaucoup cachent leur jeu et c'est le pouvoir qu'ils escomptent. Poincaré n'est qu'un pis-aller dont ils espèrent qu'il les servira.

   L'opposition n'a plus de retranchements qu'à l'extrême-gauche chez les 69 socialistes qui ont continué à voter pour le citoyen Vaillant et chez les onze vieux royalistes qui ont éparpillé leurs suffrages sur "divers".

    Les Pamsistes de la veille, avec l'Aurore et le Radical, crient à mieux mieux "Vive Poincaré" et le réclament comme un des leurs. Les libéraux sont aux anges. N'ont-ils pas fait, une fois n'est pas coutume, partie de la majorité ? On se l'arrache, ce Poincaré, c'est le cas de le dire.

     Mais là-dessous, qu'y a-t-il ? Est-ce la désaffection de la Politique qui gagne les sphères élevées et le bas peuple ? Comme on ne peut l'avouer, l'on trouve plus facile de mettre l'élection triomphale de M. Poincaré sur le compte de sa valeur personnelle . La vie de M. Poincaré n'offre pourtant rien de transcendant.

   Des hommes comme Ribot, Clémenceau, Combes, Briand, Jaurès ont plus de surface et de célébrité que Poincaré. Personne ne songera, cependant, à les élever à la magistrature suprême justement parce qu'ils tranchent sur le commun. C'est parce que M. Poincaré n'est dangereux pour aucun parti qu'ils n'a pas suscité de grandes inimitiés. Aux anticléricaux, il affirme être séparé de M. Charles Benoist par toute l'étendue de la question religieuse. Aux proportionnalistes, il promet un scrutin élargi [...]

     Dans ces transports d'union d'un moment, nous Bretons, au risque de scandaliser les gens contents, nous déclarons que nous ne serons pleinements satisfaits que du jour où la Bretagne, tout en participant à la vie de la France, vivra de sa vie propre avec sa langue et ses institutions.

JAFFRENNOU"

Ar Bobl, 25 janvier 1913

Ont fait campagne parmi leurs collègues du Sénat et de la Chambre, en faveur de Jules Pams, ministre de l'Agriculture, radical, riche, aimable et terne: Clémenceau ("Je vote pour lui parce que c'est le plus bête") et Caillaux; en faveur de Poincaré, Briand.

Poincaré est un grand bourgeois, un avocat cultivé, à la carrière politique rapide (député à 27 ans, ministre à 33, académicien à 49, Chef du Gouvernement à 52, Président de la République à 53. Intègre au point que sa fortune, au service de l'Etat, s'amenuise; il lutte contre le fisc pour payer davantage d'impôts, timbre sa correspondance personnelle de ses propres deniers et va lui-même la poster. Républicain modéré, mais non modérément républicain, Lorrain, le culte des provinces perdues en 1871 l'habite.Seuls défauts:la manie de lapaerasse et une indécision, parfois fâcheuse...






Dernière modification le 01/03/2018

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