Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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20/07/2018

Cette page a été complétée le 5 mars 2016, les 30-31 janvier 2018, les 15-18 mars 2018


    "Les Blancs trempent le doigt dans le bénitier clérical" (le Républicain de Pontivy, 6 novembre 1904)

    LES "DRAGONNADES INVENTORIALES" (Le Courrier du Finistère, 1er décembre 1906)

    La "Guerre au Christ" (le Courrier du Finistère, 2 février 1907)

 

"La résistance aux inventaires: une nouvelle guerre de Vendée" (Le Républicain de Pontivy, 12 mai 1907)

 

[PNG] France 1906 Inv A.

En ORANGE, les départements où la résistance aux opérations d'inventaires a engendré des troubles GRAVES; en JAUNE, ceux où des troubles isolés ont éclaté; en blanc, ceux où, par indifférence ou approbation, les populations ont laissé les opérations se dérouler dans le calme

 

Dans le Centre-Ouest breton, l'attitude  des populations est très variée

 

[PNG] inventaires 1906 A

1) En VERT SOUTENU, la tentative d'inventaire a échoué en raison du refus du clergé local et l'hostilité d'une majeure partie de la population, et ce, parfois,  malgré la volonté du maire: ainsi, Salaün, maire de la Feuillée (canton du Huelgoat, Finistère) ou  Guillaume Couillec, de Carnoët (canton de Callac, Côtes-du-Nord), qui aurait voulu que les portes de l'église soient enfoncées

2) Les opérations d'inventaire ont été menées à leur terme

-- Grâce à la pression du Conseil de fabrique sur le Recteur (en BLEU CLAIR)

-- Malgré la protestation verbale du clergé et (ou) des fidèles présents (en BLEU SOUTENU)

-- en dépit de la résistance physique du clergé et de la population (en VIOLET)

-- par la violence exercé par les forces de l'ordre (gendarmes, soldats), encouragées par le maire (en ROUGE): selon les journaux catholiques, M. Salaün, maire de Pont-Melvez (canton de Bourbriac, Côtes-du-Nord)

 est qualifié de "zélé auxiliaire des crocheteurs"

3) L'inventaire  s'est déroulé sans incident  (en VERT PALE)   Ainsi, à Lescouët-Gouarec (Canton de Gouarec, Côtes-du-Nord), l'inventaire a été réalisé subprepticement en raison de la négligence de la population: une simple protestation était affichée sur la porte, ouverte, de l'église

Des situations originales se présentent:à A Saint-Ygeaux (Côtes-du-Nord), les portes de l'église sont fracturées mais le représentant de l'Etat renonce à effectuer l'inventaire

Les entrefilets ci-dessous concernent les communes de Maël-Carhaix, Trébrivan, Callac, Motreff, Spézet, Huelgoat, Berrien, celles des cantons de Gourin, Le Faouët, Guémené-sur-Scorff

Maël-Carhaix:

 "L'inventaire est annoncé officiellement pour le 7 mars à une heure de l'après-midi. La population n'est pas contente, aussi tel qui ces temps-ci se faisait fort d'aider les crocheteurs a peur aujourd'hui de passer un mauvais quart d'heure "

Ouest-Eclair, 4 mars 1906

 

         "Mael-Carhaix - Un facteur de circonstance - Dimanche dernier, notification a été faite de la mise sous séquestre des biens de la fabrique. C'est un pauvre diable, surnommé Yvoan-ar-Fou, qui a été délégué pour communiquer l'arrêté préfectoral. Il paraîtrait qu'on lui aurait fait croire qu'il aurait une large part des anciens revenus de la fabrique et c'est ce qui explique sa joie ineffable à remplir son mandat. Le pauvre homme a le temps d'attendre !                                "                  

 Ouest-Eclair, 23 décembre 1906

Trébrivan

   "Lundi à 1 heure devait avoir lieu l'inventaire de l'église de Trébrivan. A l'heure marquée arrive de Maël- Carhaix M. Noël, percepteur, accompagné de deux gendarmes et suivi du maire blocard de Locarn, M. Neuder. Cinq cents fidèles sont présents. M. le Curé lit une protestation et refuse d'ouvrir les portes.

   Tandis que les agents font le tour de l'église un incident se produit, qui a failli tourner au tragique. Le maire de Locarn voulut lui aussi faire sa protestation et il commença un de ces speechs sectaires dont il est coutumier. Mal lui en prit car la population s'amassa autour de lui et, tandis que les hommes le houspillaient, les femmes l'accablaient de quolibets et le harcelaient de leurs parapluies. Le malheureux dut s'enfuir protégé par les gendarmes, non sans avoir crié à pleins poumons: "A bas la calotte !"" 

  Ouest-Eclair, 7 mars 1906

 

"Inventaire de Callac

      "Une tentative infructueuse d'inventaire a été faite à Callac jeudi par M. Bouvet, receveur assité de MM. Le Guen et Thépaut, fonctionnaires et de toute la gendarmerie. Ces Messieurs ont trouvé toutes les portes closes et se sont alors prudemment retirés. MM. Le Menn, curé, et Guiot, du Conseil de fabrique, ont lu de véhémentes protestations. Une foule énorme entourait l'église"

Ar Bobl, n° 76, 3 mars 1906

 

  Motreff:

   "Lundi, à Motreff, l'inventaire de l'église a été fait par M. Guétron, receveur de l'enregistrement à Carhaix

La vaillante et catholique population de la commune s'était rendue en foule au bourg. L'église était comble et les hommes massés aux abords ne parlaient que de résistance. Tout le conseil municipal, l'honorable M. Perrin, en tête, est là. Le calme est prêché et, à la prière de M. le Recteur, on se contentera de prier. A l'entrée de l'agent du fisc, M. le Recteur, entouré des membres du conseil de fabrique, lit une énergique protestation contre l'inventaire, prélude de mesures vexatoires contre les catholiques. La foule récite à haute voix le chapelet puis en choeur entonne le "Miserere Mei" et le "Parce Domine".

   A la sortie, les hommes crient:"Vive la liberté !". La brigade de Carhaix avait été réquisitionnée, de crainte de troubles qui se seraient certainement produits sans les exhortations du maire et des membres du clergé"

   Le Courrier du Finistère, 3 mars 1906

 

Spézet:

  "Lundi, il y a eu trois tentatives d'inventaire à Spézet. A 10 heures, M. Monti, percepteur de Carhaix, muni pour la circonstance d'un titre d'agent d'auxiliaire de domaines, se présenta au presbytère. M. Le Bléis, recteur, entouré de son conseil de fabrique, l'y attendait. Après un échange de quelques mots, ayant constaté que  tous les défenseurs des biens de l'église étaient résolument opposés à toute espèce d'inventaire, l'agent aurait dit:"Je vois que je n'ai rien à faire", aurait salué; le certain est qu'il est reparti. Pendant ce temps, 500 peronnes, parmi lesquelles beaucoup de jeunes gens, réunies à l'église, priaient de tout coeur pour la France.

     Toutes les meilleures familles de la paroisse, sans exception, se trouvaient largement représentées. parmi les conseillers municipaux, citons MM. François Coënt, Louis Le Bihan, Yves Le Guen, François et Michel Cozic, François Floc'h, Jean Canévet. L'ancien maire, Daniel Cochennec, habitant aujourd'hui Gourin; le vénérable père Rouzien avec sa belle couronne blanche, étaient aussi là au premier rang. Quand le bon pasteur annonce que l'agent a cru sage de se retirer, on se sent soulagé. Le recteur, en chaire, remercie ses paroissiens. Il n'avait pas fini quand on entend crier "Erru paotr an invantor en-dro !" (1) Aussitôt le tocsin sonne, les hommes et les femmes se précipitent aux portes pour empêcher l'agent de pénétrer.  Son passage est salué par les cris répétés de "Vive le Christ ! Vive Notre-Dame du Crann ! Vive la liberté ! A bas Dubuisson !"  L'agent s'obstine à regagner le presbytère pour tâcher d'y convaincre le clergé, mais les paroissiens ne veulent rien entendre: "Aotrou person, n'oun pas digeri, lezit paotr an invantor da gedal evel ma karo ! Ni a jomo aman da zioual an ilis beteg an noz m'ar bez red ! " (2)

   A midi moins vingt, on voit partir une voiture. C'est celle de l'agent qui n'a pas réussi à vaincre la patience des Spézétois qui se retrouvent à l'église pour recevoir la bénédiction du Très Saint Sacrement, chanter le cantique de ND du Crann et l'Angélus.

  P.S. On a remarqué l'attitude plutôt moqueuse de plusieurs demoiselles fichet brao tre (3). Dieu merci, elles ne sont qu'implantées à Spézet. Elles portent les coiffes de Châteaulin et Pleyben"

Le Courrier du Finistère, 17 mars 1906

(1) "L'agent de l'inventaire est de retour "   (2) "M. le Recteur, n'ouvrez pas, laissez l'agent de l'inventaire prendre racine si tel est son bon plaisir; Nous resterons ici pour garder l'église jusqu'à la nuit s'il le faut !"  (3) très bien habillées

  Spézet:     Condamnations après inventaire (Tribunal correctionnel de Châteaulin)

"Hier ont comparu MM. Louis Com, 32 ans, débitant au bourg de Spézet et Jean-Louis Le Lay, 26 ans, menuisier au même lieu, poursuivis pour outrages à M. le Percepteur de Carahix, lors des inventaires de Spézet. D'après les agents du Gouvernement, ils auraient crié: "A bas les voleurs !". Ils disent avoir crié: "A bas Dubuisson ! Vive le peuple ! Vive Notre-Dame du Crann !" Tous deu sont condamnés à 50 Francs d'amende"

                                                          Ouest-Eclair, 30 mars 1906

Huelgoat:

       "Au Huelgoat, M. le percepteur de l'enregistrement s'est présenté au presbytère, le 11 février, accompagné de M. le Maire, pour procéder à l'inventaire prescrit par la loi de séparation.

Après que  l'agent du gouvernement, qui s'est montré aussi aimable, aussi condescendant que possible, eut présenté son mandat, M. le Curé, accompagné de deux des membres du conseil de fabrique, a pris la parole en ces termes:

"M. Le Maire, M. le Receveur de l'enregistrement, avant le commencement de toute opération inventoriale, nous, membres du conseil de la fabrique du Huelgoat, chargés de le représenter en cette circonstance exceptionnellement douloureuse, nous protestons de la façon la plus énergique contre ce qui va se faire; nous déclarons que nous subissons une violence et que notre présence à l'inventaire ne doit en aucune façon être interprétée comme une approbation quelconque donnée à la loi du 9 décembre 1905, que nous condamnons absolument. Nous réclamons l'insertion des cette protestation au procès-verbal".

   M. le receveur lui ayant demandé s'il signerait l'inventaire, M. le Recteur lui a répondu que non, sa conscience lui défendait d'avoir un rôle actif dans la confection de cet inventaire

    Après cela, l'inventaire s'est fait sans incident"

Le Courrier du Finistère, 17 février 1906

                                  

Berrien, qui, avec Plonévez-du-Faou, l'une des deux paroisses où l'administration a dû s'y prendre à deux fois avant de "réussi" à inventorier

"A Berrien, M. le percepteur du Huelgoat se présenta lundi, flanqué de 9 gendarmes. L'église était fermée et barricadée à l'intérieur et de nombreux fidèles se tenaient aux alentours. M. le percepteur demandant si l'on veut bien lui permettre de remplir sa mission, M. le Recteur répondit d'une voix forte:

   "Avec tous les évêques de France, avec les fidèles catholiques, après Notre Saint-Père le Pape qui a condamné la loi de séparation, je proteste de toutes mes forces contre l'inventaire que vous allez dresser"

Le percepteur n'en demanda pas davantage et s'éloigna après une petite station à la mairie.

Un incident assez comique, qui faillt tourner au tragique, devait marquer la suite de cet inventaire manqué. Depuis le matin, on remarquait sur la place l'évangéliste de Lannéanou et sa présence donnait lieu à toutes sortes de réflexions: "Est-ce que M. le Maire voudrait nous protestantiser malgré nous ?" disaient les uns. N'estce pas suffisant qu'il envoie ses enfants et ses domestiques patronner le ministre protestant qui traite les catholiques de singes ? Pour ce monsieur , n'eus nemed ar marmouzed hag a rafe sin ar groaz (1). Mais les uns et les autres  se trompaient. Le maire et l'évangéliste s'ignoraient sans doute ce jour-là, car, quand ce dernier qui, durant toute l'opération s'était prudemment tenu à côté des gendarmes, voulut pénétrer avec eux dans la mairie, il se vit interdire l'entrée. Le moyen alors d'éviter la colère de la foule, qu'il narguait tantôt et qu'il avait indisposée ? Voilà donc que des femmes commencent à crier sur le protestant. Et puis, çà se corse, la boue vole et ne tombe pas toute à terre. L'on dit même que le pauvre homme est renversé et que quelques personnes, avec des branches de genêt, lui savonnent le visage; enfin, vaille que vaille, après avoir reçu des coups de parapluie et dans un triste état, notre homme enfourche sa bécane et vole vers Huelgoat"

Le Courrier du Finistère, 10 mars 1906

(1) "Seuls des singes feraient le signe de croix"

                                                                                          


Inventaires d'églises dans le Morbihan, rapportés par la presse de l'époque

 

- D'abord, par la presse catholique ("les journaux de sacristie", selon le Progrès du Morbihan, du 3 mars 1909)le Courrier breton, éditions de février 1906, consultables en ligne sur le site des archives du Morbihan: Gourin, Le Saint, Roudouallec, La Trinité-Langonnet,

Langoëlan, Locmalo, Kergrist...

Gourin

 "Le sous-préfet, en grand uniforme, dirigeait les opérations de crochetage. Deux libertaires de Lorient devaient crocheter les portes. Le capitaine de gendarmerie et 30 gendarmes protégeaient l'opération. M. Gillotte, comme honteux de la besogne, choisissait les portes cachées à la vue du public. Les cantonniers, réquisitionnés de force, relevaient les crocheteurs lorsque ceux-ci étaient fatigués.

    Voici le texte de la protestation faite le 6 mars par l'honorable M. de Liscoët, maire de Gourin: "Monsieur le Receveur des Domaines, au nom du conseil de fabrique dont j'ai l'honneur de faire partie, au nom des catholiques de Gourin, je joins leurs protestations à celle de M. le curé-doyen de cette paroisse. L'inventaire que vous voulez effectuer aujourd'hui, Monsieur, et qu'on s'efforce de faire passer pour une anodine formalité, est en réalité le prélude de la fermeture et de la confiscation de nos églises. Lorsqu'après le Concordat, celle de Gourin a été rendue au culte, elle servait d'écurie, le fumier remplissait la nef, les statues brisées, les vitraux enfoncés, les portes arrachées en faisaient un lieu de désolation et de ruine. Ce sont nos anciens qui, au prix de grands sacrifices, l'ont restaurée, meublée, entretenue, c'est notre maison familiale; à nous, catholiques de Gourin, chacune de ces pierres est en quelque sorte un lambeau de nous-mêmes, le seuil est usé par nos pas, les dalles en sont creusées par les genoux de nos pères, quand ils venaient demander à Dieu dans leurs prières la force nécessaire pour conserver et au besoin confirmer leur foi.

   Vous vous étonnez, M. le Receveur des Domaines, que nous défendions l'entrée de nos temples ? Mais personne n'ignore que la demeure de tout citoyen français est inviolable et sacrée et qu'il peut en défendre l'entrée à celui qui s'y introduit par ruse et par force. Pourquoi donc la maison de Dieu est -elle exemptée de ce droit ? Pourquoi quand nous protestons contre l'inventaire d'un mobilier qui est à nous, voyons-nous mobiliser les forces d'une armée à laquelle nous donnons avec joie nos fils pour défendre la patrie, mais que nous ne croyons pas appelés à appuyer la police.

   Nous ne sommes ni des insurgés ni des agitateurs, mais simplement les défenseurs de nos droits imprescriptibles et de nos libertés les plus sacrées"


Le Saint...

"Au Saint, le sous-préfet fut protégé par le recteur de la paroisse contre les femmes qui manifestaient en faveur de la liberté. Les catholiques du Saint ont bien montré combien ils tenaient à leur église. Honneur à ces braves !"

 

Roudouallec

     "Le recteur donne les clefs au percepteur chargé d'opérer, qui se précipite,tout joyeux. Hélas ! Il fallut déchanter, les serrures sont enlevées. L'inventaire n'a pas lieu, malgré la présence d'un escadron de chasseurs.

     Le percepteur de Gourin se présente à 9 heures avec quatre gendarmes.  Le tocsin sonne: 2 000 personnes sont massées sur le cimetière. La croix du clocher et  celle du cimetière sont voilées de crêpe, de grandes planches portente en gros caractères: Le bien d'autrui, tu ne prendras. L'inventaire ne peut se faire, puis la foule, très enthousiaste, assiste à un salut"

La Trinité-Langonnet

    "Les catholiques de la Trinité ont également montré à l'agent du fisc qu'ils n'entendaient pas laisser profaner leur église. De même que dans les autres paroisses du canton  de Gourin, les fidèles de la Trinité ont prouvé leur attachement inébranlable à la foi de leurs ancêtres"

 

Langoëlan

    "Vendredi 9 mars à 2 heures devait avoir lieu l'inventaire. M. Penquer, percepteur à Guémené, arrive à 1 H 45, accompagné de 8 gendarmes. Une foule d'environ 500 personnes, massée dans le cimetière, aperçoit le groupe. Décidés à défendre leur église, même au prix de leur sang, les Langoëlannais font entendre les cris de "Vive la liberté !". La foule veut refuser l'entrée du cimetière à l'agent et à sa suite. Le calme se rétablit peu à peu. M. Penquer se présente, honteux du rôle qu'on lui fait jouer. M. le Recteur lit une énergique protestation, saluée à de nombreuses reprises par de vifs applaudissements.

   M. Penquer demande alors à s'assurer que les portes de l'église sont bien closes. Devant le refus du Recteur et des assistants, il se retire, saluant avec la plus grande courtoisie. Auprès du calvaire, de l'église, à genoux près des tombes de leurs ancêtres, les Langoëlannais prient pour les persécuteurs de l'Eglise. On voit sur tous les visages que les Langoëlannais ne laisseront profaner leur église que par la force.

   On a été bien surpris de l'attitude d'un notable du pays, futur candidat à la mairie, dit-on, qui, avec une vingtaine de Brardistes, a essayé une contre-manifestation. Elle  a piteusement échoué. L'attitude du premier magistrat de la commune a été bien étrange en la circonstance. Un des premiers, il a signé la protestation contre l'inventaire de l'église. Le vendredi, il était au presbytère avec les autres membres de la fabrique. Mais au lieu d'accompagner le clergé à l'église , il s'est prudemment esquivé. Ses administrés se demandent pourquoi."

Locmalo

   "Le percepteur de Guémené, escorté de gendarmes, n'a même pas pu parvenir jusqu'à l'église [...] Une double haie d'hommes et de femmes, celles-ci fort courroucées,  plus dangereuse à franchir qu'une haie d'épines, barrait les issues du cimetière [...] Les gendarmes tournent vainement autour de la place forte et décident sagement de renoncer à un assaut. Un oeuf pourri s'aplatit sur le nez de l'un d'entre eux. L'agent est reconduit sur la route de Guémené sous les sifflets et les huées de la foule.

    Un petit monsieur arrogant, partisan de l'inventaire, reçoit une grêle de "hou ! hou ! hou !" dont il gardera souvenir. Deux pédagogues de Guémené, venant faire du zèle pour l'inventaire, ont failli attraper une rude fessée. Ils ont été quittes pour quelques "hou ! hou ! les Casseroles !" et quelques omelettes collées dans le bas de leurs paletots".

 

Kergrist

"Jeudi 8 mars était fixé pour les opérations d'inventaire. Une foule nombreuse était massée aux abords de l'église pour protester contre cette opération vexatoire et démontrer par sa présence son profond attachement au culte de ses ancêtres.

   Seul, le maire s'est attiré le mépris de la population entière par sa conduite; cependant, il se prétend catholique, mais sa religion est un religion à part. A la nouvelle de l'arrivée de l'agent des domaines, il s'est écrié: "Je m'en lave les mains", probablement comme Pilate. Il s'est rendu au-devant de l'agent, prêt à lui offrir son concours. Mais celui-ci, devant l'attitude décidée de la population, n'a pas eu le temps de descendre de voiture et s'est empressé de rebrousser chemin, hué par la foule entière [..] Les jeunes gens se promettent de ne pas oublier de si tôt l'attitude du maire"

 

 

Ensuite par la presse républicaine, laïque, favorable aux inventaires: le Journal de Pontivy, édition du 18 mars 1906, consultable en ligne sur le site des archives départementales du Morbihan: Priziac, Guiscriff, Plouray, Ploerdut, Locuon, St-Caradec, Lignol, Persquen, La Trinité, Locmalo, Le Croisty, St-Tugdual, Berné, Lanvénégen

Priziac

   "L'inventaire de l'église de Priziac devait avoir lieu vendredi 9 mars à 9 heures du matin. Depuis plusieurs jours, le clergé invitait les fidèles à venir passer la nuit du 8 au 9 au pied des autels. Le vendredi, dès 4 heures  du matin, les cloches sonnent le glas funèbre, le tocsin appelle les manifestants. A 7 heures , on hisse au sommet du clocher le drapeau tricolore, cravaté de deuil. Au-dessus du portail, on colle une longue bande de papier portant, en grosses lettres, cette inscription: "Vive Jésus-Christ !". Au-dessous se balance une pancarte sur laquelle est écrit: "Ci-gît la Liberté !". Enfin, sous le porche, est dressé un catafalque recouvert d'un drap mortuaire et, de chaque côté, se dressent de longs cierges allumés qui soutiennent des tableaux peints représentant des têtes de mort. A 8 H 45, l'arrivée du Receveur de l'Enregistrement, accompagné de deux gendarmes sous les ordres d'un maréchal-des-logis, est saluée par les cris des manifestants.

   Une centaine de personnes, des femmes surtout, armées de gourdins énormes, de fourches et de houes, sont entassées dans le cimetière. Devant le refus du curé, les représentants de la loi se retirent et prennent le chemin du Faouët"

Guiscriff

  " L'inventaire devait avoir lieu le 10 mars. La brigade du Faouët prêtait main forte à M. le Receveur de l'Enregistrement, qui fut accueilli par une foule de douze cents personnes environ, massée à l'intérieur et à l'extérieur du cimetière, pour l'empêcher de parvenir jusqu'au curé. En présence de l'attitudes des manifestants , l'agent des domaines dut se retirer"

Plouray

"M. le Receveur de l'enregistrement de Gourin s'est présenté le 8 courant à Plouray, en compagnie d'un gendarme. 200 personnes l'attendaient. Le recteur de la paroisse s'est avancé et a lu une protestation. Les portes étant barricadées, l'agent des domaines a dû se retirer. Pas d'incidents".

Ploërdut

     "M. le Receveur de l'enregistrement, accompagné des gendarmes de la brigade de Guémené, s'est rendu à Ploërdut le 10 courant à 9 heures du matin.  Son arrivée est annoncée par le tocsin. Une centaine de personnes seulement l'attendaient dans le cimetière. Un catafalque est dressé devant la porte de l'église. Le curé en surplis et étole demande au fonctionnaire sa commission et sa lettre de service qui lui sont présentées. 

     Protestation habituelle du curé qui déclare que les portes sont barrées et qu'il s'opposera par la force à son entrée dans l'église. Le Receveur se retire"

Locuon-Ploerdut:

    "M. le Receveur de l'enregistrement de Guémené  s'est rendu le 12 à Locuon avec quatre gendarmes. Le tocsin signale son arrivée à 200 personnes environ. Les hommes sont armés de gourdins et font des gestes provocateurs. L'église est tendue de noir extérieurement. Le catafalque est dressé devant la porte. La foule est très hostile. Le curé déclare qu'il n'ouvrira pas. L'agent des domaines se retire et les manifestants l'accompagnent jusqu'à la sortie du bourg en le menaçant et en lui jetant de la boue"

Saint-Caradec

   "M. Chardevel, percepteur de Ploërdut, accomapgné de quatre gendarmes, devait procéder à l'inventaire le 12 mars à 9 heures du matin.

    Nous félicitons M. Robic, maire de la commune, qui avait invité, par voie d'affiche, les habitants à ne proférer aucune injure et à rester calmes. Il accompagna M. Chardevel qui, devant le refus du curé de le laisser pénétrer dans l'église, s'est retiré. Une centaine de manifestants seulement. Pas d'incident"

 

Lignol-Persquen

     "Le 9 mars, M. le Receveur de l'enregistrement s'est présenté à Lignol et Persquen, sans être accompagné de force armée. En présence du refus qui lui a été opposé par les curés de ces deux communes, il n'a pas insisté et s'est retiré sans qu'aucun incident se soit produit"

 

La Trinité

   "Le 8 mars, M. Cadarc, percepteur, s'est présenté devant la porte de l'église, prés de laquelle 120 personnes sont groupées autour du recteur. Aucun cri, aucune manifestation. Le curé lit une protestation. L'agent de la loi se retire en présence du refus d'ouvrir que lui a opposé le curé"

 

Langoëlan

   "L'inventaire est fixé au 9 mars. M. Pellequer, percepteur, en était chargé. Près de 500 manifestants entourent l'église qui est tendue de noir extérieurement. Le catafalque des morts, surmonté d'une croix, était dressé devant la porte principale. A 2 heures précises, le curé a lu une protestation et le percepteur s'est retiré après avoir constaté qu'il lui était impossible d'entrer.

   Depuis cette époque, l'église reste barricadée. La messe est dite dans une chapelle à Locmaria et les vêpres dans le cimetière. Un baptême a eu lieu à la porte de l'église dans laquelle sont installés des lits; 10 fidèles, à tour de rôle, y passent la nuit"

Locmalo

"Le 9 mars, M. Pellequer, percepteur, s'est rendu à Locmalo, accompagné des quatre gendarmes de la brigade. Le tocsin annonce leur arrivée aux 300 manifestants massés dans le cimetière. Les hommes, munis de sifflets à roulettes, s'en sont bruyamment servi, pendant que leurs femmes criaient  à qui mieux mieux. Devant l'impossibilité d'approcher, le percepteur s'est retiré et a été reconduit par une foule exaltée."

"Echo de l'inventaire - La gendarmerie de Guémené-su-Scorff a dressé procès-verbal à Mme Marie N...., veuve B..., 46 ans, journalière à Locmalo, pour outrages à la gendarmerie dans l'exercice de ses fonctions. Mme B... nie et affirme que c'est une voisine qui a jeté du sable à la figure du gendarme Reuste, lors de l'inventaire"

Le Croisty

   "Nous apprenons que les opérations d'inventaire viennent d'être tentées sans résultat au Croisty. La population est restée calme et il n'y a pas d'incident à signaler"

Saint-Tugdual

   "M. Chardevel s'étant présenté le 13 courrant pour opérer l'inventaire, s'est vu refuser, comme partout ailleurs, l'entrée de l'église et s'est retiré. Aucun incident grave"

Berné

  Le percepteur du Faouët, chargé des opération d'inventaire des églises de Berné et de Meslan, était protégé par des gendarmes. Les recteurs des deux communes ont refusé d'ouvrir au représentant de la loi et lui ont déclaré que l'inventaire n'aurait lieu que par la force. A Berné, une centaine de personnes étaient groupées devant la porte de l'église. Aucun cri n'a été poussé"

Lanvénégen

   "Le 12 courant, M. le receveur de l'enregistrement, assisté de gendarmes du Faouët, a tenté d'opérer l'inventaire sans succès. 200 personnes environ"

Langonnet

      "Les opérations de l''inventaire, fixées au 7 mars pour Langonnet, n'ont pu avoir lieu. Au paratonnerre du clocher, un drapeau tricolore, cravaté d'un crêpe, claque au vent. Une énorme pancarte surmonte la grille du cimetière et ces deux lignes s'y détachent en gros caractères: "Le bien d'autrui tu ne prendras !". Au-dessus de la porte principale de l'église, une seconde pancarte: "Nous voulons Dieu !". A 9 heures du matin, M. Cadarc, accompagné de 4 gendarmes, arrive sans encombre devant la porte de l'église. Quelques cris: "Vive la Liberté !" éclatent, mais en somme peu hostiles. On entend même "A bas la calotte !". Le représentant de la loi demande à faire ouvrir la porte. Refus du curé qui lit une protestation. Tout se borne là. M. le percepteur et son escorte se retirent sans autre incident"

 Cléguérec

     "L'inventaire devait avoir lieu le 5 mars. Une cinquantaine de femmes et une douzaine de jeunes gens avaient passé la nuit dans l'église. A 8 heures du matin, le percepteur se présente à la porte de la sacristie -toutes les autres issues étant fermées- et demande au curé de le laisser pénétrer. Celui-ci lui répondit négativement et commença la lecture d'une protestation. Mais l'agent du fisc se retira aussitôt. Plusieurs fidèles gardent l'église et M. le percepteur ne peut guère sortir de sa demeure sans que les cloches sonnent le tocsin. Les enterrements passent par la sacristie et n'entre pas qui veut"

 

 

 

VOICI TROIS EXEMPLES DE LETTRES DE PROTESTATION LUES PAR LES RECTEURS

CARNOET

"Monsieur le Délégué,

En mon nom personnel comme pasteur de cette paroisse, au nom du conseil de fabrique représenté par M. Claude Jaffrennou, président, M. Jean Guilloux, trésorier, M. Michel Menez, membre du conseil entrepreneur de cette église, je proteste avec énergie contre la mission que vous accomplissez en ce moment et qui vous a été illégalement confiée. Oui, votre mandat est illégal, puisque vous n'êtes pas agent des domaines. Et le serait-il que nous n'accepterions cependant pas de le reconnaître.

   Cette église est la maison de Dieu, de notre Père. Elle a été bâtie par ses enfants; elle est leur propriété. Ils la garderont. Pendant 18 ans, un vénéré pasteur de douce mémoire, M. Toussaint Pinson, a consacré sa vie à édifier ce temple à son Dieu; pendant 18 ans, ses fidèles de Carnoët, pauvres et riches, l'ont aidé de leur bourse et de leur travail. De quel droit l'Etat viendrait-il, aujourd'hui, leur dire: "Ce que vous avez cimenté et arrosé de la sueur de votre front est à moi ?". Est-ce parce qu'une obole a été offerte par l'Etat ? Mais alors l'obole de l'Etat fait un esclave de celui qui la reçoit. Cet esclavage, nous ne le subirons pas; notre conscience nous le défend.

    Je le sais, même dans cette paroisse, quelques-uns se rient de l'excommunication. Qu'ils en rient, s'ils le veulent. Mais nous, prêtres, fabriciens et chrétiens de Carnoët, nous voulons nous rappeler toujours cette parole du roi prophète: "à sa mort, l'impie ouvrira les yeux et poussera des rugissements de colère, il grincera des dents".

      Maintenant, Monsieur, accomplissez votre mandat, si vous le pouvez. Pour nous, nous ferons notre devoir jusqu'au bout "

    Olichon, curé de Carnoët

 

CALANHEL

           "10 mars 1906

Monsieur le Receveur des Domaines,

  Votre personne n'est point ici en cause: elle sera respectée, et nous ne voudrions rien faire pour vous rendre plus douloureuse encore une mission qui doit souverainement répugner à votre foi et à votre coeur, si vous êtes chrétien.

  La loi au nom de laquelle vous vous présentez au seuil de notre église, est une loi de spoliation sacrilège. L'inventaire n'a d'autre but que d'assurer l'exécution des diverses dispositions de la loi de Séparation. Ce n'est donc pas, comme on l'a dit, une formalité sans importance. C'est le premier acte de la mainmise de l'Etat sur des biens qui, par leur provenance et leur destination, sont un patrimoine sacré. Il a pour conséquence immédiate la confiscation d'une partie considérable de ces biens, en attendant qu'il devienne bientôt, si les évènements prennent un autre cours, l'instrument d'une spoliation totale.

   En présence d'une telle situation, le devoir des membres du Conseil de Fabrique de Calanhel est  tracé par les lois de l'Eglise. Le Souverain Pontife ayant solennellement condamné et réprouvé la loi de Séparation, la seule autorité qui puisse les dégager de leur responsabilité n'aura pas statué sur la disposition des biens dont ils sont, de par sa volonté, les gardiens attitrés, leur conscience leur interdit d'y laisser toucher et, par conséquent, de coopérer en rien à l'inventaire prescrit par la loi de Séparation.

    Nous demandons que la présente protestation soit inscrite en tête de votre inventaire"

    Ont signé: Yves-Marie RAOULT, Recteur; Pierre QUILLEC; LE QUERE; LE DU Félix; Hervé FERCOQ

Extrait de "Protestations contre les inventaires d'églises en Bretagne. Par application de la Loi du 9 décembre 1905 sur la Séparation des Eglises et de l'Etat", Saint-Brieuc, Imprimerie Prud'homme, 1907

Avec l'aimable autorisation de M. ERARD, archiviste du Diocèse Saint-Brieuc, mars 2018


DUAULT

      "Messieurs,

 La loi vous commande d'effectuer l'inventaire des meubles et immeubles de mon église; ma conscience m'oblige à m'y opposer de toutes mes forces.

  Le lit où vous dormez, les habits que vous portez, le mobilier que renferme votre maison, les biens que vous possédez au-dehors, si quelqu'un, tout haut qu'il soit, tente de les inventorier dans le dessein notoire de vous en déposséder  en faveur d'un tiers ou d'une collectivité, consentirez-vous volontiers à cette opération perverse ? N'aurez-vous pas, au contraire, raison de vous y opposer énergiquement ?

   Ainsi, avec autant de raison, moi, recteur de cette paroisse, chargé par mes supérieurs de la garde de tout ce qui concerne le culte à Duault, je proteste avec toute l'énergie dont je suis capable, contre l'inventaire de quelques objets que ce soient, appartenant à mon église, d'autant plus que je sais pertinemment que cette action ne tend qu'à déposséder la fabrique de la communauté catholique au profit d'une association bizarre que, pour les besoins de la cause ou plus précisément le succès de la d(R)évolution, on appelle Association cultuelle.

     Les ornements sacerdotaux, les vases sacrés, les linges liturgiques de toute forme et de toute dimension renfermés dans la sacristie, les meubles que contient l'église, il n'y a rien ici qui n'ait été ou donné par la générosité des personnes pieuses ou acheté avec l'argent recueilli sou par sou dans l'assemblée des fidèles, c'est-à-dire qu'ils sont à nous et non à l'Etat et je perdrais, Messieurs, l'estime de mes paroissiens sans gagner la vôtre si je me rendais complice de l'acte que vous venez accomplir ici et qui est absolument essentiellement injuste.

   Ainsi donc, malgré le respect que je dois à vos honorables personnes, je vous déclare tout net que je ne vous livrerai pas la clé de la sacristie, ni ne signerai jamais la minute de l'inventaire que vous venez effectuer. Je ne reconnais qu'au pape seul le droit de disposer des objets de mon église. Que le pape parle, et, prêtre obéissant, je suivrai exactement la ligne de conduite qu'il me dictera. Jusque-là, ma conscience et la charge que j'ai acceptée de remplir en qualité de recteur m'ordonnent de mourir plutôt que de coopérer à l'aliénation d'un bien de mon église: Potius mori quam foedari"

                                                          COLIN François, Recteur

Extrait de "Histoire de la commune de Duault dans les Côtes-du-Nord" par l'abbé Joseph Sérandour, recteur de Duault de juillet 1942 à juin 1947, dossier dactylographié

Avec l'aimable autorisation de M. ERARD, archiviste de l'évêché de Saint-Brieuc, mars 2018

         

Critères de comparaison Carnoët Calanhel Duault
Mission accomplie par le fonctionnaire: avilissante" ou illégale oui oui non
Loi scélérate ou (et) condamnée par le pape Pie X (11/02/1906) non oui oui
Les biens mobiliers et immobiliers de l'église sont privés oui oui oui
Inventaire, prémice de la spoliation oui oui oui
Protestation verbale mais pas d'opposition physique oui oui oui
Condamnation des blocards impies oui non non

    






Dernière modification le 23/05/2018

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