Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Page complétée en février 2016

2) La vie...

a)  Familles nombreuses

Plouguer – Nécrologie

   « Funérailles de J. Cougard, 66 ans. Il faisait partie de la famille des Cougard, la plus nombreuse du canton. En effet, deux ancêtres de cette famille, le père et l’oncle du défunt, ont eu, l’un 17 enfants, l’autre 19. Quatre des enfants de cette nombreuse famille eurent à leur tour 10 enfants. M. Jean Cougard était l’un de ces vénérables pères de famille. Ses fils : Jean,  négociant en grains à Carhaix ; Pierre, commerçant à Gourin, Yves, médecin »

Ar Bobl, n° 371, 3 février 1912 

 

b)   Repeupler ?

  L'âge ne fait-il rien à l'affaire...????

  "Plouyé - Cas exceptionnel

On nous écrit: "Le père L... de Penanvoas en Plouyé est un solide gâs. A 79 ans (soixante-dix-neuf), il vient d'être l'heureux père d'un gros poupon qui a été baptisé il y a une quinzaine de jours. La mère a 40 ans environ. On ne compte plus les tournées payées par le père L... dans toutes les auberges de la commune"

Ar Bobl, n ° 290, 16 juillet 1910

 

"Kergrist-Moëlou - Mariage d'ancêtres

Il a été procédé la semaine dernière à un mariage; les mariés avaient 131 ans à eux deux. On pourra dire: "Ils vécurent heureux", mais on ne pourra pas dire "et ils eurent beaucoup d'enfants"

Ar Bobl, n° 228, 8 mai 1909

 

[PNG] Guiscriff naissances

 « Projet de loi pour encourager la repopulation déposé par Dubuisson

  « Une pension de 2,5 F par mois sera servie à 60 ans aux mères ayant eu plus de deux enfants; cette pension sera financée par tous les Français sans enfants, qui seront taxés à hauteur de 5 F » »

Ar Bobl, n° 406,   28 septembre 1912

 

      Dubuisson (1842-1914) est le député de la circonscription de Carhaix (1898-1914). La Centre-Bretagne est nataliste, l’émigration vers Paris, la Basse-Seine, les Amériques, forte. En revanche, la majeure partie des provinces et, singulièrement les grandes villes françaises, sont malthusiennes (contrôle des naissances par la coitus interruptus  ou l’emploi des « herbes » ; de ce fait, l’enfant unique est extrêmement répandu en ville).

   La natalité annuelle moyenne française est de 21,6 naissances pour mille habitants entre 1901 et 1905, de 20,2 entre 1906 et 1910.  Voici celles de sept communes du Poher


Communes 1901-1905 1906-1910
Carhaix-Plouguer 25,3 28
Cléden-Poher 44,8 44,2
Motreff 41,3 44,4
Spézet 41,6 39,3
Collorec 42,5 45,1
La Feuillée 21,9 20,1
Scrignac 28,5 26,7

 

 

     On constate une corrélation entre attitude religieuse et natalité. Les deux communes les plus églisières sont les plus prolifiques.

     Le contraire vaut pour les communes de l’Arrée, qui conjuguent

 1) une émigration de maints couples jeunes, en raison de la relative inefficacité d’une agriculture handicapée par des sols pentus et acides, un vent froid fréquent  2) une sourde résistance au « croissez et multipliez «  prêché par le prêtre.

Et pourtant....

Le curé de Plouyé déplore la « licence » : « Les festou-noz sont loin d’être inoffensifs. La preuve en est que sur 12 unions contractées cette année, 8 ou 9 ont donné des fruits deux à trois mois après le mariage à l’église. Il paraît que les fiancés sont autorisés par les parents à s’entretenir en particulier jusqu’à quatre ou cinq heures du matin […] 77 baptêmes dans l’année, mais 93 déclarations à la mairie »

  Journal des recteurs de Plouyé, 1909, archives du presbytère

    A Carhaix, ville de  gauche depuis belle lurette,  petite bourgeoisie (rentiers, commerçants,  « Messieurs à chapeau » du Réseau breton), employés  de commerce et d’écriture,  aristocratie ouvrière (les mécaniciens de chemin de fer, les contremaîtres des ateliers du Réseau breton) tiennent à ce que chacun de leurs deux enfants fasse des études, qui ne sont pas gratuites.

 

« Sous le Bloc, la mort l’emporte. En 1907, les décès en France dépassent les naissances de près de 20 000. Les causes ? Les lois morales ont de moins en moins de poids. Ces résultats ne peuvent être attribués qu’à l’abandon des doctrines chrétiennes, à la pénétration dans nos populations des idées dites  d’émancipation, propagées par toutes les associations bleues et rouges à la solde de la juiverie maçonnique »

  Jean Solu , Ar Bobl, n° 184, 4 juillet 1908

  Le « Bloc » est le Bloc des gauches (socialistes, radicaux-socialistes, radicaux, républicains de gauche) qui, de 1898 à 1910, constitue la majorité soutenant, à la Chambre des députés, des gouvernements, dont les plus connus sont ceux de Waldeck-Rousseau, Combes, Clémenceau, Briand.

   Le carhaisien Jean Solu, catholique pratiquant, est un « homme toutes mains » : chantre d’église, coiffeur, publiciste, tonnelier, grossiste en vins, dépositaire de journaux. Homme de droite, membre de l’Action libérale populaire, républicain par résignation, « royaliste de regret », Solu n’est pas éloigné d’épouser la théorie des quatre Etats de Charles Maurras : quatre sortes de nuisibles, les juifs, les protestants, les métèques et les francs-maçons, rongent la France et l’entraînent à sa perte..

« Les associations bleues et rouges » tirent leurs couleurs respectives de celles de Paris qui, en 1789, encadrent, au sein de la cocarde tricolore, le blanc de la monarchie. Parmi les « bleues », la franc-maçonnerie, le protestantisme, la Ligue des droits de l’homme, le « Comité Mascuraud » (Comité républicain du commerce, de l’industrie et de l'agriculture).

    Parmi les « rouges » : la CGT, les coopératives ouvrières, les Bourses du travail (marché local de l’emploi)…Solu fustige ici la déchristianisation, œuvre du complot juif. La conclusion de l’Affaire Dreyfus est trop récente (1906 : réhabilitation) pour que la blessure infligée aux antisémites ne suppure pas...

   Cependant, même si, au premier semestre 1911, les décès l'emportent sur les naissances de 21 189 unités, de 1911 à 1913, la mortalité s'abaisse jusqu'à être inférieure à la natalité. L'espérance-vie, les deux sexes confondus, est, à la veille de la Grande Guerre, de 43,5 ans, contre 50 ans en Suède,, 45 en Angleterre, 32 en Espagne..

 

c)  Guérir

Une guérisseuse carhaisienne âgée de 78 ans, poursuivie en justice par un vétérinaire, en 1910

[PNG] guérisseuse de Cx 276 09 04 1910

Ar Bobl, n° 276, 9 avril 1910

La traduction de la dernière phrase: "Puisque je ne fais que le bien, que pourraient-ils faire à une vieille comme moi ?"

 

[PNG] On demande des malades J Py 26 01 1908.PNG

Encart paru dans "le Journal de Pontivy et de son arrondissement", du 26 janvier 1908

 

 

 

 

 

d)Natalité et mortalité…

Les sept cantons étudiés ici (Carhaix, Huelgoat, Châteauneuf, Gourin, Callac, Maël-Carhaix, Rostrenen) se caractérisent par une natalité  remarquablement stable et une mortalité certes irrégulière d’une année à l’autre, mais sans variation vraiment exceptionnelle.

  On a volontairement indiqué le niveau des pertes militaires de la seule année 1914 ainsi que les enfants dont les pères seront tués (pupilles de la nation). 

 

 

  

Le bilan naturel est largement positif, et même si le bilan migratoire est négatif, la population croît numériquement.

  Malgré une amorce timide de mécanisation, l’agriculture nécessite beaucoup de bras ; les communes rurales, foncièrement agricoles, remplissent bien davantage les berceaux que les tombeaux.


"Poullaouen - Pour la première fois, une sage-femme vient de s'installer au bourg".

Ar Bobl, n° 193, 5 septembre 1908

 

e) Une amorce timide de sécurité sociale:

  "Carhaix - La Maternelle est fondée pour venir en aide aux mères de famille en couches. Présidente d'honneur: Mme F. Lancien; Présidente: Mme Gillet; Inspectrices: Mmes de Jaegher, Le Janne"

Ar Bobl, n° 268, 12 février 1910

  Mme Lancien, fille d'un ancien député-maire de Guingamp, est l'épouse du maire et Conseiller général de Carhaix. Mme Gillet est la directrice de l'école primaire laïque de filles. Mme de Jaegher est l'épouse d'un médecin protestant, conseiller municipal radical-socialiste. Mme Le Janne est l'épouse d'un pharmacien, mal noté par le Sous-Préfet de Châteaulin: "Le Janne, pharmacien, a des enfants à l'école des Ursulines; réactionnaire, peu ami de l'école laïque" (Lettre au Préfet du Finistère, archives départementales du Finistère, 1908, 1 T 18)

 

   Les dames patronesses laïques ont leur bonnes oeuvres, tour comme celles qu'elles concurrencent, les dames catholiques, qui ont bon bec....

  "Carhaix - La Mutualité maternelle

  Du 1er ami au 31 décembre 1910 ont été versées 18 indemnités de 15 F par naissance soit 270 F; 15 primes pour l'allaitement maternel soit 610 F. Des soupes ont été fournies au Fourneau économique pour 1223 F"

   Ar Bobl, n° 327, 1er avril 1911

15 Francs représentent le salaire de cinq jours de travail d'un ouvrier qualifié






Dernière modification le 06/02/2016

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