Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

[PNG] ArBobl_logo_100

Identifiez-vous pour accès privé

Déconnexion.

 

09/08/2017

b) Une élection atypique : 1910

   Atypique, parce que Taldir abandonne le camp de la droite catholique et se range derrière le candidat rouge et parce que le clergé catholique soutient, certes en catimini, mais fermement, le "Vieux", le sortant Dubuisson, afin d'éviter ce qui serait, aux yeux de l'Eglise, le pire: l'élection du radical-socialiste Nicol...  Le grand perdant est le candidat libéral, abandonné de (presque) tous.. C'est ainsi qu'un gros propriétaire terrien de Kergloff, royaliste acharné,  incite ses fermiers à voter pour Nicol... Ce faisant, il pratique la politique du pire: la victoire des radicaux-socialistes conduira à une révolution politique et sociale, qui, par ses excès et son inefficacité, engendrera une contre-révolution débouchant sur une restauration monarchique....

 

 

Carhaix – « Banquet du concours agricole – M. Lancien, maire, continue son discours après avoir couvert M. Dubuisson de fleurs qui embaumaient les chrysanthèmes » 

Ar Bobl, n° 128, 9 mars 1907

 

 "Dubuisson, en annonçant sa candidature, fait l’éloge du Père Vobis Combes »

Ar Bobl, n° 268, 12 février 1910

"Banquet électoral du 29 mars

  92 personnes autour de M. Dubuisson. On a remarqué la présence d’anciens agents électoraux de M. Nicol, de Poullaouen et Scrignac »

Ar Bobl, n° 275, 2 avril 1910


 Malgré la sourde hostilité du maire et conseiller général de Carhaix, Dubuisson sort victorieux des "élections primaires". Dubuisson, quoique soutenu par les recteurs et vicaires, se doit de rendre hommage à Combes, ce que ne manque pas de souligner ar Bobl, soucieux de souligner la duplicité de son adversaire politique préféré..


Profession de foi d’Albert Nicol 

  « Je ne veux pas qu’on porte atteinte à la liberté de culte mais je demanderai au clergé de ne s’occuper que des questions qui touchent à la religion.

   Le breton devrait être enseigné à l’école publique

   Je demanderai que l’âge nécessaire pour obtenir les retraites ouvrières et paysannes soit abaissé de 65 à 60 ans.

   Je pense que l’Etat doit protéger les familles nombreuses en leur accordant des exemptions d’impôts et des allocations familiales..

    Aucun petit employé ne devrait gagner moins de 1200 F par mois...

    Enfin, le scrutin de liste avec représentation proportionnelle est l’article essentiel de mon programme

    Ne vous laissez pas intimider par les menaces ni gagner par des promesses, de l’argent ou de la boisson..

    Buez bepred da Vreiz ha d’ar Republik !

    Araok paotred hep aoun evit Breiz, Franz hag ar Republik !   [1]

Ar Bobl, n° 277,   16 avril 1910

[1]  Que vivent éternellement la Bretagne et la République, marchez sans peur pour la Bretagne, la France et la République ! »

  Un candidat de gauche: il est partisan de mesures "sociales": retraite plus précoce, y compris pour les paysans (!), allocations familiales, salaire minimum. Un candidat d'opposition, donc partisan du scrutin proportionnel qui lui donnerait une chance d'être élu. Un candidat hors des sentiers battus: il est partisan de ce qui sera div yezh. 

 

      Les dubuissonnistes prennent peur et tentent de couper l'élan du candidat radical-socialiste sans le nommer dans le tract qui suit:

     "Electeurs,

   Si un candidant qui sollicite vos suffrages pour remplacer M. Dubuisson comme député, vous promet de voter l'Impôt sur le revenu, vous lui répondrez que ce n'est pas vraiment la peine de changer de député.

   En effet, M. DUBUISSON a afait plus que promettre, il a voté l'Impôt sur le revenu qui dégrève ceux qui ont moins de 1500 F de rente.

   M. DUBUISSON, trouvant trop élevé le taux de 4 % proposé par le Gouvernemnt pour l'impôt sur la propriété non bâtie, il a déposé un amendement pour abaisser ce taux à 3 %.

   M. DUBUISSON a voté la loi sur la petite propriété qui permet de prêter de l'argent aux cultivateurs pour acheter des terres dont la valeur ne dépasse pas huit mille francs.

   Si un candidant vous promet d'abaisser à 60 ans l'âge des retraites ouvrières, vous répondrez que ce n'est pas la peine de changer de député.

  En effet, M. DUBUISSON, qui fait partie de la Commission d'Assurance et de Prévoyance sociale chargée de préparer la loi des retraites, a voté à la Chambre des députés l'article fixant à 60 ans l'âge de la retraite, article que le Sénat a modifié en élevant cet âge à 65 ans.

   Si un candidat vous promet de développer ou de fonder des caisses de Crédit agricole ou des mutuelles bétail, vous répondrez que ce n'est pas la peine de changer de député.

En effet, M. DUBUISSON a fondé, il y a deux ans, à Quimper, avec ses amis, la Caisse régionale du Finistère, qui prête de l'argent aux caisses locales.

   M DUBUISSON a fondé à Châteauneuf-du-Faou la première  mutuelle-bétail du département.

Si un candidat se présente en vous promettant de faire ce qu'a fait M. DUBUISSON, vous penserez avec nous que ce n'est pas la peine de changer et qu'il vaut autant conserver comme député M. DUBUISSON.

   Le Comité républicain

Tract électoral, avril 1910, archives départementales du Finistère, 3 M 307

 

 
    Taldir participe aux querelles intestines de la Droite:

 « Le parti conservateur semble divisé en deux tronçons. La majorité est restée fidèle à l’A.L.P. et a soutenu M. Lajat. La minorité, pratiquant la politique du pire, conduite par Jaffrennou, a voté pour Nicol pour atteindre indirectement M. Lancien » [1].

Rapport du Sous-Préfet de Châteaulin au Préfet du Finistère,  2 mai 1910, archives départementales, 1 M 135


Profession de foi de LAJAT 

  « Liberté de conscience, liberté d’association, liberté d’enseignement... Je défendrai sans trêve la représentation proportionnelle; je réclame la suppression des sous-préfets et des fonctionnaires inutiles... »

  Ar Bobl, n° 277,    16 avril 1910

   Publiciste à Morlaix (donc "parachuté"), candidat libéral (en réalité royaliste), beau-frère de François Jaffrennou, Lajat appartient aussi au "mouvement breton".    Ce bourgeois renté prône le libéralisme: en matière religieuse (mais les républicains ne réclament la fermeture des temples, églises et synagogues), en matière syndicale  (la faculté de créer des syndicats jaunes concurrençant les syndicats rouges), en matière scolaire (la liberté de fonder des écoles chrétiennes). Lui aussi encense la représentation proportionnelle, et, se réclamant de la plus stricte orthodoxie financière et du girondinis me, exige que la République dépense le moins possible....

 

« Je m’opposerai à toutes les tentatives du parti clérical pour soumettre le gouvernement laïque à la domination de la puissance religieuse »  Dubuisson, député sortant radical, profession de foi, avril 1910

 

Châteauneuf-du-Faou – « Lettre de l’abbé Henry, vicaire à Châteauneuf, adressée au Comte du Laz, maire de Cléden-Poher

                    

                   Monsieur le Comte,

    En l’absence de M. le Curé, je prends sur moi de vous recommander chaleureusement la candidature de M. Dubuisson qui a promis à nos amis de Châteauneuf de mieux voter à l’avenir et en particulier de repousser la loi en préparation contre nos écoles libres..

     M. Dubuisson semblait  animé des meilleurs intentions à notre égard. Il a promis tout ce qu’on lui demandait. Il était content de signer même ses promesses. Mais nous n’avons pas voulu. Dans ces conditions, je crois devoir recommander aux catholiques la candidature de M. Dubuisson.... Agréez, etc..      Abbé Henry »    

Ar Bobl, n° 281,   14 mai 1910


Taldir vicie le jeu politique naturel, mais sans atteindre son but, la défaite de Dubuisson, que soutient le clergé catholique :

 

 

Variations observées aux élections législatives de 1906 et 1910

Colonne 1 : Cantons ; colonne 2 : Nicol, rad soc, combattu par Taldir (1906) ; colonne 3 : Nicol soutenu par Taldir (1910) ; colonne 4 : variation du score de Nicol (1910 /1906) ; colonne 5 : Dubuisson combattu par Taldir (1906) ; colonne 6 : idem (1910) ; colonne 7 : variation du score de Dubuisson (1910 / 1906) ; colonne 8 : droite soutenue par Taldir (1906) ; colonne 9 : droite abandonnée par Taldir (1910) ; colonne 10 : variation du score de la droite (1910 / 1906) ; colonne 11 : variation du nombre de suffrages exprimés

 

     1

    2

    3

     4

   5

   6

   7

     8

   9

   10

   11

Carhaix

1179

1417

+238

1199

1513

+314

1469

 908

-561

- 9

Ch.Faou.

    51

  190

+139

1338

1857

+519

1147

 499

-648

+ 10

Huelgoat

1556

1870

+314

  964

  636

-328

  450

 467

 +17

+ 3

Total

2786

3477

+691

3501

4006

+505

3066

1874

-1192

+ 4

 

 

   Taldir, en déplacant près de 1200 suffrages sur un peu moins de 9400 au total, soit environ 13 %,  lamine la droite ; mais 58 % seulement  des transfuges se sont portés sur le candidat soutenu par Ar Bobl. L’effondrement électoral de la droite ne concerne que les cantons de Châteauneuf et de Carhaix ; dans celui d’Huelgoat, elle résiste bien et ne succombe pas au chant de la sirène. Le grand gagnant est donc Dubuisson, qui bénéficie des bulletins des électeurs conservateurs réprouvant une alliance « contre-nature » et la volte-face du barde  et qui préfèrent encore confier le mandat législatif au « Vieux ».

     Défaites de Nicol (Dubuisson est seul candidat au second tour), de la droite, de Taldir, de Lancien. Victoire de Dubuisson et du clergé catholique, qui se frotte les mains : « Les nicolistes sont découragés et leur patron est écoeuré des manœuvres déloyales de son concurrent Dubuisson qui s’est jeté en pleurant dans les bras des réactionnaires et qu’on ait fait appel à la puissance du clocher »(Journal des recteurs de Plouyé, archives du presbytère) . Dubuisson fait donc partie de la centaine de "mal élus", c'est-à-dire des députés se positionnant ostensiblement à geuche, mais ayant passé un marché avec les réactionnaires. 
Deuxième circonscription de Pontivy.
Le député sortant: le baron de Boissieu, de Gourin, affronte l'industriel Brard, radical-socialiste
CANTONS INSCRITS VOTANTS BRARD DE BOISSIEU DIFFERENCE
  GOURIN 4259 3345 1406 1934 528
  LE FAOUET 4905 4003 1853 2104 251
  GUEMENE 4018 3256 2212 993 -1219
  13182 10604 (76,8%) 5471 5031 (47,9 %) 440
Brard est élu

     Dans la circonscription de Guingamp 2, à Carnoët : « Le maire Couillec, Officier d’Académie, a organisé lundi 24 avril un simulacre d’enterrement qui représentait les funérailles de l’ancien député de la circonscription. La bière fut jetée dans une mare près du cimetière. On distribua O,50 F (dix francs actuels) à tous ceux qui avaient assisté à la cérémonie » .  

Ar Bobl, n° 279, 30 avril 1910

0,50 F de 1910 : environ 1 euro actuel

   Le maire de Carnoët, grand bouffeur de curés devant l'Eternel, est un opposant déterminé au député sortant Louis Ollivier, élu en 1902 et réélu en 1906. Ce magistrat est un catholique de la plus belle eau; sa devise est "Dieu et Patrie"

 Couillec soutient le vainqueur de l'élection de 1910, le radical Turmel







Dernière modification le 17/07/2014

Site motorisé par ZitePLUS 0.9.1