Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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20/07/2018

                                     Cette page a été complétée en février 2018


b) Une élection atypique : 1910

   Atypique, parce que Taldir abandonne le camp de la droite catholique et se range derrière le candidat rouge et parce que le clergé catholique soutient, certes en catimini, mais fermement, le "Vieux", le sortant Dubuisson, afin d'éviter ce qui serait, aux yeux de l'Eglise, le pire: l'élection du radical-socialiste Nicol...  Le grand perdant est le candidat libéral, abandonné de (presque) tous.. C'est ainsi qu'un gros propriétaire terrien de Kergloff, royaliste acharné,  incite ses fermiers à voter pour Nicol... Ce faisant, il pratique la politique du pire: la victoire des radicaux-socialistes conduira à une révolution politique et sociale, qui, par ses excès et son inefficacité, engendrera une contre-révolution débouchant sur une restauration monarchique....

 

 

Carhaix – « Banquet du concours agricole – M. Lancien, maire, continue son discours après avoir couvert M. Dubuisson de fleurs qui embaumaient les chrysanthèmes » 

Ar Bobl, n° 128, 9 mars 1907

 

 "Dubuisson, en annonçant sa candidature, fait l’éloge du Père Vobis Combes »

Ar Bobl, n° 268, 12 février 1910

"Banquet électoral du 29 mars

  92 personnes autour de M. Dubuisson. On a remarqué la présence d’anciens agents électoraux de M. Nicol, de Poullaouen et Scrignac »

Ar Bobl, n° 275, 2 avril 1910


 Malgré la sourde hostilité du maire et conseiller général de Carhaix, Dubuisson sort victorieux des "élections primaires". Dubuisson, quoique soutenu par les recteurs et vicaires, se doit de rendre hommage à Combes, ce que ne manque pas de souligner ar Bobl, soucieux de souligner la duplicité de son adversaire politique préféré..


Profession de foi d’Albert Nicol 

  « Je ne veux pas qu’on porte atteinte à la liberté de culte mais je demanderai au clergé de ne s’occuper que des questions qui touchent à la religion.

   Le breton devrait être enseigné à l’école publique

   Je demanderai que l’âge nécessaire pour obtenir les retraites ouvrières et paysannes soit abaissé de 65 à 60 ans.

   Je pense que l’Etat doit protéger les familles nombreuses en leur accordant des exemptions d’impôts et des allocations familiales..

    Aucun petit employé ne devrait gagner moins de 1200 F par mois...

    Enfin, le scrutin de liste avec représentation proportionnelle est l’article essentiel de mon programme

    Ne vous laissez pas intimider par les menaces ni gagner par des promesses, de l’argent ou de la boisson..

    Buez bepred da Vreiz ha d’ar Republik !

    Araok paotred hep aoun evit Breiz, Franz hag ar Republik !   [1]

Ar Bobl, n° 277,   16 avril 1910

[1]  Que vivent éternellement la Bretagne et la République, marchez sans peur pour la Bretagne, la France et la République ! »

  Un candidat de gauche: il est partisan de mesures "sociales": retraite plus précoce, y compris pour les paysans (!), allocations familiales, salaire minimum. Un candidat d'opposition, donc partisan du scrutin proportionnel qui lui donnerait une chance d'être élu. Un candidat hors des sentiers battus: il est partisan de ce qui sera div yezh. 

 

      Les dubuissonnistes prennent peur et tentent de couper l'élan du candidat radical-socialiste sans le nommer dans le tract qui suit:

     "Electeurs,

   Si un candidant qui sollicite vos suffrages pour remplacer M. Dubuisson comme député, vous promet de voter l'Impôt sur le revenu, vous lui répondrez que ce n'est pas vraiment la peine de changer de député.

   En effet, M. DUBUISSON a afait plus que promettre, il a voté l'Impôt sur le revenu qui dégrève ceux qui ont moins de 1500 F de rente.

   M. DUBUISSON, trouvant trop élevé le taux de 4 % proposé par le Gouvernemnt pour l'impôt sur la propriété non bâtie, il a déposé un amendement pour abaisser ce taux à 3 %.

   M. DUBUISSON a voté la loi sur la petite propriété qui permet de prêter de l'argent aux cultivateurs pour acheter des terres dont la valeur ne dépasse pas huit mille francs.

   Si un candidant vous promet d'abaisser à 60 ans l'âge des retraites ouvrières, vous répondrez que ce n'est pas la peine de changer de député.

  En effet, M. DUBUISSON, qui fait partie de la Commission d'Assurance et de Prévoyance sociale chargée de préparer la loi des retraites, a voté à la Chambre des députés l'article fixant à 60 ans l'âge de la retraite, article que le Sénat a modifié en élevant cet âge à 65 ans.

   Si un candidat vous promet de développer ou de fonder des caisses de Crédit agricole ou des mutuelles bétail, vous répondrez que ce n'est pas la peine de changer de député.

En effet, M. DUBUISSON a fondé, il y a deux ans, à Quimper, avec ses amis, la Caisse régionale du Finistère, qui prête de l'argent aux caisses locales.

   M DUBUISSON a fondé à Châteauneuf-du-Faou la première  mutuelle-bétail du département.

Si un candidat se présente en vous promettant de faire ce qu'a fait M. DUBUISSON, vous penserez avec nous que ce n'est pas la peine de changer et qu'il vaut autant conserver comme député M. DUBUISSON.

   Le Comité républicain

Tract électoral, avril 1910, archives départementales du Finistère, 3 M 307

 

 
    Taldir participe aux querelles intestines de la Droite:

 « Le parti conservateur semble divisé en deux tronçons. La majorité est restée fidèle à l’A.L.P. et a soutenu M. Lajat. La minorité, pratiquant la politique du pire, conduite par Jaffrennou, a voté pour Nicol pour atteindre indirectement M. Lancien » [1].

Rapport du Sous-Préfet de Châteaulin au Préfet du Finistère,  2 mai 1910, archives départementales, 1 M 135


Profession de foi de LAJAT 

  « Liberté de conscience, liberté d’association, liberté d’enseignement... Je défendrai sans trêve la représentation proportionnelle; je réclame la suppression des sous-préfets et des fonctionnaires inutiles... »

  Ar Bobl, n° 277,    16 avril 1910

   Publiciste à Morlaix (donc "parachuté"), candidat libéral (en réalité royaliste), beau-frère de François Jaffrennou, Lajat appartient aussi au "mouvement breton".    Ce bourgeois renté prône le libéralisme: en matière religieuse (mais les républicains ne réclament la fermeture des temples, églises et synagogues), en matière syndicale  (la faculté de créer des syndicats jaunes concurrençant les syndicats rouges), en matière scolaire (la liberté de fonder des écoles chrétiennes). Lui aussi encense la représentation proportionnelle, et, se réclamant de la plus stricte orthodoxie financière et du girondinis me, exige que la République dépense le moins possible....

 

« Je m’opposerai à toutes les tentatives du parti clérical pour soumettre le gouvernement laïque à la domination de la puissance religieuse »  Dubuisson, député sortant radical, profession de foi, avril 1910.


A l'issue du premier tour, le candidat "rouge" soutenu par Taldir, le rad-soc Nicol, est devancé de peu par le candidat républician de gauche Dubuisson. Le candidat de droite  est écrasé. Deux questions se posent: 1) Y aura-t-il deux candidats de gauche ou un seul au second tour ? 2) S'il y en a deux, lequel obtiendra la majeure partie des suffrages de droite du premier tour ?

 

Le samedi 7 mai 2010, veille du second tour de l'élection législative, prend place à Carhaix  une réunion publique. Dans son édition du 14 mai, ar Bobl rapporte très largement les débats...

   "Théâtre électoral. Cette réunion publique et contradictoire avait attiré, de 8 heures à minuit, plus de 2000 électeurs venus de toute la circonscription, . Les débats intéresseront ceux que la Politique n'a pas encore dégoûtés.

     Présidence de M. Lancien, maire de Carhaix: "Messieurs, je donne la parole à M. Félix Chautemps, député de la Savoie, qui vous expliquera pourquoi le parti radical et radical-socialiste a donné son investiture à M. Dubuisson, alors qu'il l'a refusée à M. Nicol'

   M. Petit Gall: "C'est M. Dubuisson lui-même que nous voulons entendre !"

  Cris divers - M. Lancien: "Un peu de silence. C'est encore vous, M. de Jaegeher, qui interrompez !"

  M. de Jaegher: "Pardon, je n'ai encore rien dit !". Les cris réclamant M. Dubuisson augmentent d'intensité.

  M. Lancien: "Tant que je serai maire de Carhaix, personne ne bronchera, entendez-vous ! Je ferai ce que je voudrai. Je donne la parole à M. Chautemps"

  M. Chautemps s'applique à démontrer que, durant toute sa carrière politique, M. Dubuisson s'est comporté  en républicain de gauche, qu'il a voté toutes les lois élaborées par les Loges (1). M. Chautemps estime que la République a donné la liberté de conscience (2) à tous, même aux catholiques. Quant à la législation à venir, elle se consacrera à l'impôt sur le revenu, le statut des fonctionnaires (3), l'extension des syndicats.

Plusieurs voix: "A Carhaix, Tonton défend de se syndiquer !".(M. Gueguen, adjoint et entrepreneur, dont le sobriquet est  Tonton, reste impassible sur l'estrade).

Les amis de M. Lancien: "A bas les Noirs !!!" (Les Noirs sont les employés de chemin de fer)

M. Chautemps s'échine à décerner à M. Dubuisson un brevet de républicanisme [..] L'orateur,  à tout instant interrompu par des exclamations d'approbation ou de désapprobation, a déjà causé deux heures d'horloge quand un baillement sonore retentit (Rires)..

    M. Lancien (d'un air pincé):  "Que ceux qui ont envie de dormir s'en aillent !". Un électeur fendit la foule et partit se coucher aux applaudissements unanimes.

   M. Chautemps prend acte d'un article d'ar Bobl traitant M. Dubuisson de "blocard" ('); cela prouve qu'il est digne de la confiance du Parti radical.

   M. Chautemps: "J'en viens à M. Nicol, qui retire sa candidature; il n'est qu'un réactionnaire à faux nez. M. Nicol accuse M. Dubuisson de rechercher et d'accepter le concours des Réactionnaires. C'est un mensonge, citoyens ! L'honorabilité de votre député ne fait de doute pour personne. A quelqu'un qui lui disait: "Ecrivez une lettre à tel libéral (5)et vous êtes assuré de 500 voix de plus". M. Dubuisson répondit: "Jamais je n'ai fait cela, jamais je ne le ferai !".

   M. Nicol " M. Chautemps vient nous dire que M. Dubuisson avait reçu l'investiture du comité radical-socialiste de la Chambre. J'ai là une lettre d'un ancien Garde des Sceaux, président du comité exécutif du Parti, qui m'écrit: "J'affirme que M. Dubuisson ne fait pas partie du groupe radical et radical-socialiste. Je crois pouvoir vous assurer que c'est à vous  que nous donnerons l'investiture". Cela s'écrivait le 14 avril. Si j'étais à cette date un loyal républicain, est-ce que depuis j'ai démérité ? M. Dubuisson ne pouvait d'ailleurs recevoir l'investiture de ce Parti, pour la bonne raison qu'il ne s'est pas présenté devant un Congrès radical organisé.

     Je n'appelle pas Congrès républicain le simulacre de réunion qui s'est tenue à Carhaix le 29 mars. M. Dubuisson avait convoqué ses amis personnels, leur avait payé un gueuleton...

M. de Jaegher : "Et leurs billets de chemin de fer !"

M. Nicol: "Et les ventres une fois pleins, il s'est fait donner l'investiture par ces banqueteurs. Est-ce là, M. Chautemps, une consultation valable ?"

M. de Jaegher: "Il n'existe dans cette circonscription qu'un seul groupement radical, c'est le Cercle de la section de la Ligue des Droits de l'Homme de Carhaix, fondé il y a dix ans..."

M. Lancien: "Ce Cercle comprend quatre pelés et un tondu !"

M. de Jaegher: "Possible, mais quoi d'étonnant, devant les moyens que vous avez employés pour faire la guerre aux Républicains ? Oui, M. Lancien, vous avez toujours boycotté les vrais républicains au profit de votre passion d'autocratie personnelle. Vous êtes entré, vous, dans la politique, par la porte de derrière, avec les voix de l'Action libérale !"

Cris: "Hou !!! Hou !!!"

M. Nicol: "Vous aurez toujours ce boulet au pied. Vous n'êtes devenu Conseiller général qu'en marchant sur le corps du vrai Républicain qu'était M. Anthoine (6) !"

M. Lancien: "Je n'ai jamais rien promis aux libéraux [..] Je ne dis pas qu'ils n'aient pas voté pour moi; mais qui ne promet rien, ne doit rien. Quan on veut le but, on prend le moyen."

M. de Jaegher:"Pendant l'Affaire Dreyfus, vous étiez nationaliste !"

M. Lancien, à l'adresse de M. de Jaegher: "Barbe de moine repu, panse rebondie !"

M. Nicol: "J'étais, il y a six ans, Inspecteur primaire à Châteaulin. J'étais l'ami intime du sous-préfet. Vous êtes venu à cette date, M. Lancien, dans le cabinet du sous-préfet, demander l'invetiture républicaine pour combattre M. Anthoine.. Le sous-préfet vous a dit: "Impossible: nous avons toute confiance en M. Anthoine"- Et vous lui répondîtes textuellement: "Eh bien, tant pis pour vous. Si vous ne voulez pas m'appuyer, les libéraux m'éliront"".

Applaudissements. M. Lancien essaie d'opposer un démenti. Une voix: "La ferme !"

M. Lancien, montrant le poing: "Viens-y donc, toi, me la fermer !"

M. Nicol: "Electeurs, vous allez juger de quel côté se trouve la plus monstrueuse des hypocrisies. Il y a quatre ans, les libéraux du canton de Châteauneuf, conduits par MM. le docteur Le Gall, Corbel, maire de Collorec, de Saint-Simon, donnèrent à M. Corbel une majorité de 200 voix sur M. Dubuisson dans ce canton. Que voyons-aujourd'hui ? Sur ce placard imprimé jeudi, au-dessus des noms de 17 des mêmes réactionnaires de ce canton, on lit: "Il faut voter pour Dubuisson !"  . Bien mieux, M. Dubuisson a eu le toupet de rendre visite il y a huit ans à son adversaire M. Corbel pour s'assurer les voix libérales de Collorec. Pourquoi s'arrêter en si beau chemin ? Je n'avais qu'un mot à dire pour avoir 2 000 voix libérales; je n'avais qu'à me déclarer partisan de la liberté de l'enseignement et j'étais député demain ! Je n'ai pas voulu déroger à mes principes. M. Dubuisson l'a fait. Ecoutez cette lettre qui est de la main de M. l'abbé Henry, viciare à Châteauneuf-du-Faou à M. le comte du Laz, maire de Cléden-Poher":

                    

                   Monsieur le Comte,

    En l’absence de M. le Curé, je prends sur moi de vous recommander chaleureusement la candidature de M. Dubuisson qui a promis à nos amis de Châteauneuf de mieux voter à l’avenir et en particulier de repousser la loi en préparation contre nos écoles libres..

     M. Dubuisson semblait  animé des meilleurs intentions à notre égard. Il a promis tout ce qu’on lui demandait. Il était content de signer même ses promesses. Mais nous n’avons pas voulu. Dans ces conditions, je crois devoir recommander aux catholiques la candidature de M. Dubuisson.... Agréez, etc..      Abbé Henry »  

Vociférations. Pendant un moment, c'est un brouhaha indescriptible; les révélations de M. Nicol obtiennent un succès énorme. M. Lancien se gratte la tête.

M. Nicol: "M. Dubuisson sera l'élu d'une coalition inavouable"

M. Chautemps et M. Lancien font des signes de détresse et se concertent à voix basse. Le public trépigne. M. Lancien tente une diversion en avisant dans la salle un de ses adversaires, M. Nédellec fils, de Plouguer, qui gesticule.

M. Lancien: "Maréchal-des-logis Morel, expulsez M. Nédellec !"

Cris, protestations.

M. Gourvil: "C'est du despotisme intolérable !"

M. Lancien: "Vous, je vais vous faire mettre au cachot, M. Gourvil !"

M. Gourvil: "Ne vous gênez pas, M. le Maire !"

M. Nicol, se levant : "Halte-là ! L'article V de la loi électorale du 30 juin 1181 est formelle: les électeurs de la circonscription, les candidats et leurs mandataires ont seuls le droit d'entrée dans les réunions électorales. Dans ces conditions, M. Nédellec, bien que de Plouguer, a le droit d'être ici. Mais M. Chautemps, d'Annecy, n'a pas le droit d'y être".

Les gendarmes lâchent le col de M. Nédellec.

M. Chautemps: "Les questions de clochers et de personnes qui vous divisent ne doivent pas faire oublier qu'il n'y a que deux partis: les Bleus et les Blancs"

Une voix: "Et les Rouges ?"

M. Chautemps: "C'est avec peine que je vois des Républicains aux prises, faire le jeu des partis de droite... Ecoutez cet autre document qui est parvenu entre nos mains:

   Carhaix, le 4 mai 1910

M. le Docteur Le Gall à Châteauneuf-du-Faou

  J'ai l'intention de vous faire visite chez vous vendredi. Je serai content de vous rencontrer, vous êtes l'un des chefs les plus autorisés et les plus écoutés du parti libéral. Proportionnalistes convaincus, nous pourrons peut-être faire l'entente sur ce terrain et vous jugerez si j'ai droit aux préférences du parti libéral.

   Le candidat Albert Nicol"

Mouvements dans la salle...

M. Nicol (avec feu): "Citoyens, on fait ici la politique des petits papiers. Je me disculperai. Voilà une lettre privée que j'ai écrite au Docteur Le Gall. Comment et pourquoi s'en est-il dessaisie ?"

M. Chautemps: "Lorsqu'un républicain s'abaisse à solliciter de cette manière les voix de nos plus irréductibles adversaires, il n'est plus un républicain. Je vous conte la bonne aventure qui est arrivée à M. Nicol à Châteauneuf-du-Faou. M. Nicol se présenta chez M. Le Gall, mais il se trouva en face de Mme Le Gall à laquelle il déclina ses nom et qualités. Et cette dame, qui, elle du moins, a des opinions, lui reprocha sa conduite passée et, saisissant un sac de farine, elle lui en jeta une poignée à la figure: "M. Nicol, vous n'êtes pas assez blanc !""

Rumeurs prolongées...

M. Nicol: "Citoyens, on vous trompe, on vous ment ! On vient ici suspecter la sincérité de mes convictions républicaines et socialistes et voilà vingt ans que je suis sur la brèche [...] Pendant ma dernière campagne électorale, j'ai fait 28 conférences dont 24 en pur breton. Je suis et je rest le pur anticlérical tel que vous l'avez toujours connu. M. Chautemps s'est dérangé pour venir de très loin..."

La foule se retire houleuse en commentant les incidents de la soirée"

Ar Bobl, n° 281,   14 mai 1910

 

Quelques explications: 1 - ils s'agit des loges maçonniques   2- Liberté de religion (d'en pratiquer celle de son choix, de ne pas en pratiquer)   3- statut des fonctionnaires: comportera-t-il le droit de grève ?  4- Membre du "Bloc des Gauches" (il associe cinq nuances: républicain de gauche, radical, radical-socialiste, socialiste indépendant, SFIO") 5 - Libéral: de droite: liberté de l'école, libre entreprise,libre profit  6- Ancien maire et conseiller général radical de Carhaix, remplacé par Lancien; décédé en 1908

 



Taldir vicie le jeu politique naturel, mais sans atteindre son but, la défaite de Dubuisson, que soutient le clergé catholique :

Variations observées aux élections législatives de 1906 et 1910

Colonne 1 : Cantons ; colonne 2 : Nicol, rad soc, combattu par Taldir (1906) ; colonne 3 : Nicol soutenu par Taldir (1910) ; colonne 4 : variation du score de Nicol (1910 /1906) ; colonne 5 : Dubuisson combattu par Taldir (1906) ; colonne 6 : idem (1910) ; colonne 7 : variation du score de Dubuisson (1910 / 1906) ; colonne 8 : droite soutenue par Taldir (1906) ; colonne 9 : droite abandonnée par Taldir (1910) ; colonne 10 : variation du score de la droite (1910 / 1906) ; colonne 11 : variation du nombre de suffrages exprimés

 

     1

    2

    3

     4

   5

   6

   7

     8

   9

   10

   11

Carhaix

1179

1417

+238

1199

1513

+314

1469

 908

-561

- 9

Ch.Faou.

    51

  190

+139

1338

1857

+519

1147

 499

-648

+ 10

Huelgoat

1556

1870

+314

  964

  636

-328

  450

 467

 +17

+ 3

Total

2786

3477

+691

3501

4006

+505

3066

1874

-1192

+ 4

 

 

   Taldir, en déplacant près de 1200 suffrages sur un peu moins de 9400 au total, soit environ 13 %,  lamine la droite ; mais 58 % seulement  des transfuges se sont portés sur le candidat soutenu par Ar Bobl. L’effondrement électoral de la droite ne concerne que les cantons de Châteauneuf et de Carhaix ; dans celui d’Huelgoat, elle résiste bien et ne succombe pas au chant de la sirène. Le grand gagnant est donc Dubuisson, qui bénéficie des bulletins des électeurs conservateurs réprouvant une alliance « contre-nature » et la volte-face du barde  et qui préfèrent encore confier le mandat législatif au « Vieux ».

     Défaites de Nicol (Dubuisson est seul candidat au second tour), de la droite, de Taldir, de Lancien. Victoire de Dubuisson et du clergé catholique, qui se frotte les mains : « Les nicolistes sont découragés et leur patron est écoeuré des manœuvres déloyales de son concurrent Dubuisson qui s’est jeté en pleurant dans les bras des réactionnaires et qu’on ait fait appel à la puissance du clocher »(Journal des recteurs de Plouyé, archives du presbytère) . Dubuisson fait donc partie de la centaine de "mal élus", c'est-à-dire des députés se positionnant ostensiblement à gauche, mais ayant passé un marché avec les réactionnaires. 

Deuxième circonscription de Pontivy.
Le député sortant: le baron de Boissieu, de Gourin, affronte l'industriel Brard, radical-socialiste

CANTONS INSCRITS VOTANTS BRARD DE BOISSIEU DIFFERENCE
  GOURIN 4259 3345 1406 1934 528
  LE FAOUET 4905 4003 1853 2104 251
  GUEMENE 4018 3256 2212 993 -1219
  13182 10604 (76,8%) 5471 5031 (47,9 %) 440
Brard est élu

 

     Dans la circonscription de Guingamp 2, à Carnoët : « Le maire Couillec, Officier d’Académie, a organisé lundi 24 avril un simulacre d’enterrement qui représentait les funérailles de l’ancien député de la circonscription. La bière fut jetée dans une mare près du cimetière. On distribua O,50 F (dix francs actuels) à tous ceux qui avaient assisté à la cérémonie » .  

Ar Bobl, n° 279, 30 avril 1910

0,50 F de 1910 : environ 1 euro actuel

   Le maire de Carnoët, grand bouffeur de curés devant l'Eternel, est un opposant déterminé au député sortant Louis Ollivier, élu en 1902 et réélu en 1906. Ce magistrat est un catholique de la plus belle eau; sa devise est "Dieu et Patrie"

 Couillec soutient le vainqueur de l'élection de 1910, le radical Turmel







Dernière modification le 26/02/2018

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