Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

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Campagnes électorales...


« Ha na losket ket ren ac’hanoc’h abenn lakat o pillet er woest !  – Fanch Jaffrennou» « Et ne vous laissez pas mener par le bout du nez avant de mettre votre bulletin dans l’urne ! »
Ar Bobl, n° 279, 30 avril 1910 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013

 

 

 DIVIZ ETRE PER HA FANCH DIVAR-BENN AR VOTADEK

Per -  Lennet a meuz er Bobl, ar sizun dremenet, penaoz ar votadek a vo  d'ar 6 ar viz maë. Dioc'h ma meuz klevet, a vo stard an traou

 Fanch - Ia, stard e vo, mez me gred e c'hounezimp. Poent eo lakaat renj d'ar re binvidik, d'ar veleien ha da gement hini a zo e karg uhel. Ni a labour bemdeiz evid gounit arc'hant da dud ha ne reont netra.

Per- Dioc'h da glevet, va mignon; n'out ket  kontant deuz da stad !

Fanch - Kontant ! Ah ! nan ! pell a zo !

Per - Gwelet a ran, va mignon, ez out evel kalz a vicherourien an deiz hirio, eun neubeud dispac'her, revolusioner. Gwir eo, stad ar micherour e kear, ha dreist-holl an devejer var ar meaz, a zo trist awalc'h; mez na gredan ket e ve ar re a brezeg d'eomp bemdeiz ar freuz eo a ve goest da wellat hor stad.

- Fanch - Te zo, me gred, a du gant ar re binvidik hag ar veleien. Gwechall oant galloudek, mez brema 'z euz chenchet penn da vaz.

Pierre - Gouzout a rez, Fanch, n'eun nemed eul labourer douar; va gonidegez n'eo ket braz, mez ma gred e meuz droet da zastum evidon, hag evit va bugale var va lerc'h, ar pez e meuz gounezet dre va labour ha trempet gant va c'houezen. Te lavar ez euz chenchet penn d'ar vaz; ne gavan ket e ve gwellaet va stad. Er c'hontrol, an taillou  a gresk bemdeiz; hon deputeed n'o deuz ket  a amzer da voti lezennou eveit gwelaat stad al labourerien. Ne zonjent ket nemed gwaska an dud honest dre lezennou kasaüz evel lezen an Disparti

  Fanch - Dioc'h ma meuz klevet, an arc'hant a ve dispignet evit paëa ar veleien a vo lakeat en eur c'hef evit pourvel da ezommou ar re reuzeudik.

Per - Ia, kred an dra-ze, hag ev dour goude, Fanch ! Ar franmasoned a zo krenv evit ober promessou kaër; pa o deuz taolet ar venec'h hag ar seurezed er meaz o c'houentchou, e lavarent ar memez tra. Miliard ar relijiusted a vo roet, emezo, d'an dud ezomek; mez ne welan netra o tond.

Fanch - Ia, gwir eo, red eo d'in en anzao

Per - Ar c'hontrol zo en em gavet. Red eo bet d'ar parroziou sevel skoliou nevez evit ramplasi ar seurezed pe ar frered, hag an dle a zo kresket a gement-se adarre. Lezen an Disparti, gant an invantoriou, he deuz lakaet ar freuz e meur a leac'h; ar gwad en deuz memez redet etre ar Fransizien.

Fanch - Perag ne zentont ket euz al lezen ?

Per - Na dleer biskoaz plega d'eul lezen pa vez fall; eun dever eo memez enebi outhi. Dreist al lezen ez eur mouez ar goustianz.

Fanch - Me ne gavan ket al lezen re fall

- Per - Penaoz, ne gavez ket fall eul lezen ha ne deuz ken c'hoant nemed serri pe larrez an ilizou a zo bet savet gant gwenneien ar gristenien ? Mar teufe paotr ar c'hontrol d'ober an ivantor en da di, e kevfez drol ar stal. Dalc'h sonj, va mignon, penaoz al lezen-ze n'eo nemed ar gammed kenta varzu an Dispac'h hag ar brezel d'ar relijion. Al lezen-ze a rei, ouspenn, kalz a zroug d'ar c'honverz bihan.

 Fanch - Ne welan ket sklear awalc'h an dra-ze. Penaoz 'ta !

 Pierre - Penaoz ? ne welez ket eta ma vez serret an ilizou ne vo mui a oferen; an dud ne  dint mui d'ar vourc'h; an hostizien ne werzint netra. Sell, gwel petra zo en eme gavet e Landelo. Gouzout rez penaoz an iliz a zo serret dre urz an Aotrou 'Eskop. Ma, aboue ar c'honverz a zo kouezet, ha tud ar barroz a zo droug braz enno.

Fanch - Ia, klevet e meuz e strak an traou e Landelo

Per - Me gav d'in o deuz rêzoun ar barrezioniz da enebi ouz ar maer. Pa n'euz ket a  oferen en da vourc'h, ha pa rankes mont da glask an ofisou diou leo deuz da barrez abalamour eo plijet se d'eur maer bennag, ez ouz leac'h de veza droug-kontant.

Fanch - Ia, rêzoun e peuz, Per.

Per - Anzao rez neuze ema ar wirionez ganin. Mez n'eo ket awalc'h anzao ont bet tromplet; red eo ober ar posubl evit gwellaat stad reuzeudik hon bro. Vot eta evid an dud a gar al liberte, hag a zo prest d'hi difenn e peb leac'h. Klevet a ri tud  rer a lavaro d'id int evit al liberte, mad ar bobl, frankiz ar relijion. Ne zelaou ket hebken o c 'homzou, goulen diganto deuz o oberou.

Fanch - Evit piou e tleer eta voti ?

Per - Me gred er Finister, hor moueziou dle mond da Hemon, Servigny, Kergadio, Kersauson, Gayraud, Kerjegu, Mun, Villiers; er C'hôtes-du-Nord, da Veunier, Roskoat, ar Fiblek, Rosanbo, Olivier, Mando; er Morbihan, d'an Estourbeillon, Forest, Guilloteaux, Lamy, Lanjuinais, Boissieu

 

PAGAN

 Discussion entre Pierre et François à propos des élections

Pierre - J'ai lu dans le Peuple la semaine passée que le vote aura lieu le 6 mai. D'après ce j'ai entendu, çà va être dur.

 

- François - Oui, çà va être dur, mais je crois que nous allons gagner. Il est temps de mettre au pas les riches, les prêtres et les hauts fonctionnaires. Nous travaillons chaque jour pour enrichir des oisifs.

Pierre- D'après ce que je t'entends dire, mon ami, tu n'es pas satisfait de ton sort !

François - Content ! Ah non ! Il s'en faut de beaucoup !

- Pierre - Je vois, mon ami, que tu es dans la même disposition d'esprit que les ouvriers aujourdh'ui, un peu révolutionnaires. Il est vrai que le sort des ouvriers des villes et surtout celui des journaliers ruraux est assez triste; mais ne crois pas que ceux qui prêchent quotidiennement le pillage soient capables d'améliorer votre situation .

- François - Tu es, je crois, du côté des riches et des curés. Ils étaient puissants jadis, mais le rapport de forces a changé.

- Pierre - Tus sais bien, François, que je ne suis qu'un cultivateur; mon bénéfice n'est pas énorme, mais je crois être en droit de conserver pour mon compte et pour mes enfants qui me suivront, ce que j'ai gagné par mon travail à la sueur de mon front. Tu dis que le rapport de forces a changé; je ne trouve pas que cela ait amélioré ma situation. An contraire, les impôts augmentent chaque jour; nos députés ne prennent pas le temps de voter des lois en faveur des travailleurs. Il ne pensent qu'à étouffer les gens honnêtes par des lois détestables comme la loi de Séparation.

 François - D'après ce j'ai entendu, l'argent qui était dépensé pour rétribuer les prêtres est placé dans une caisse afin de pourvoir aux besoins des prolétaires.

  Pierre -  Oui, crois-le et bois de l'eau ensuite ! Les francs-maçons sont forts pour faire de belles promesses; quand ils ont expulsé moines et religieuses de leurs couvents, ils disaient la même chose. Le milliard des congrégations sera donné, disaient-ils, aux gens nécessiteux; mais on ne voit rien venir.

François - Oui, c'est vrai, je suis obligé d'en convenir

Pierre - C'est le contraire qui se produit. Dans des communes, il faut bâtir de nouvelles écoles pour remplacer celles des soeurs ou des frères et cette nécessité ne cesse de croître. La Loi de Séparation, à cause des inventaires, a mis le désordre en maints endroits; le sang a même coulé.

François - Pourquoi ne pas obéir à la loi ?

Pierre - Nous ne devons jamais nous incliner devant une mauvaise loi; nous avons même le devoir de la combattre. C'est la voix de la conscience qui parle.

François - Je ne trouve pas la loi si mauvaise

Pierre - Comment, tu ne trouves pas cette loi si mauvaise et tu ne veux pas qu'on ferme et dépouille les églises bâties grâce aux sous des chrétiens ? Si le préposé à un inventaire venait dans ta maison, tu ne trouverais pas çà drôle ! Penses-y, mon ami, cette loi n'est que le premier pas vers la Révolution et le guerre de religion. Cette loi fera, de plus, beaucoup de mal au petit commerce.

François - Cela ne me semble guère évident. Comment cela ?

Pierre - Comment ? Tu ne vois que lorsque les églises auront été fermées, il n'y aura plus de messe. Les gens ne viendront plus au bourg. Les aubergistes ne vendront plus rien. Regarde ce qui s'est passé à Landeleau. Tu sais que l'église a été fermée sur ordre de Monseigneur l'Evêque. Eh bien, depuis l'activité commerciale s'est écroulée et les gens de la paroisse sont fort mécontents.

François - Oui, j'ai entendu qu'à Landeleau , on est au bord de la guerre civile.

Pierre - Je trouve que les paroissiens ont des raisons de s'opposer au maire. Quand il n'y a plus de messe au bourg, et que tu es obligé d'aller la chercher à deux lieues à cause du bon plaisir d'un maire quelconque, tu as lieu d'être mécontent.

François-  Oui, tu as raison, Pierre

Pierre - Tu avoues ainsi que je dis la vérité. Mais il n'est pas suffisant d'avouer avoir été trompé. Il faut faire de son mieux pour améliorer l'état déplorable de notre pays. Vote pour ceux qui chérissent la liberté et sont prêts à la défendre en tous lieux. Tu entends des individus affirmer qu'ils sont de chauds partisans de la liberté, du progrès pour le peuple, de la liberté de religion. Ne te borne pas à écouter leurs discours, demande-leur ce qu'ils ont accompli.

  François - Pour qui devons-nous voter alors ?

Pierre-  Dans le Finistère, je crois que nos suffrages doivent aller à Hémon, Servigny, de Kercadio, de Kersauson, Gayraud, de Kerjégu, de Mun, Villiers; dans les Côtes-du-Nord, à Meunier, du Roscoat, Le Fiblec, de Rosanbo, Ollivier, Mando; dans le Morbihan, à d' Estourbeillon, Forest, Guilloteaux, Lamy, de Lanjuinais, de Boissieu

 Ar Bobl, n° 83, 21 avril 1906
 Traduction: Jean Yves Michel, septembre 2013

Elus ou réélus les candidats de droite

- finistériens: Hémon (Quimper 1); Gayraud (Brest 3); de Kerjegu (Quimperlé); De Mun (Morlaix 2); Villiers (Brest 2)

- Côtes-du-Nord: Ollivier (Guingamp 2);  de Rosanbo (Lannion 1); Mando: Loudéac

- Morbihan: De l'Estoubeillon (Vannes 1); Forest (Vannes 2); Guilloteaux (Lorient 3); Lamy (Lorient 2); de Lanjuinais (Pontivy 1); de Boissieu (Pontivy 2)


Huelgoat – « Linen nevez
     « Konta ‘rer  a vo great eul linen da vond deuz an Huelgoat da dapout ar Fouille. Dour a vo tremenet dindan a pont a-benn ma vo great hounez.
      Dija en em glemma penoz a zob et divizet gant ar c’honsaill jeneral ober re a linennou asamblez er Finister, rag ar c’hontribusionnou a vo kresket euz ar zaouzek santim dre zen a-benn paër an dispignou a zigaso varnomp an holl-linennou-ze.
      Kement den politik a zo a neuz c’hoant diskouez e garantez eveid e elektourien en eul lakat ober linennouhent-houarn d’ê, nompaz gant e arc’hant, mez gant o hini.
     E giz-ze c’hallo larêt : "Set potred hag hen n’on ket eur pabor hag a ve zilaouet e vouez ! Pa c’houllan me ‘meuz dalc’hmad !” Nebeud a traïk a ve red da gontanti Ian Gouer, ha da lakat anean da larêt: “An aotrou Konsailler jeneral, hennez zo eun den kapapl, aha pôô !””

« Huelgoat - Nouvelles lignes – On vous a expliqué qu’une ligne de chemin de fer devait joindre Huelgoat à la Feuillée. L’eau passera sous le pont avant qu’elle ne soit réalisée. Déjà, les Conseillers généraux ont glosé à propos du projet de construire les lignes (d’intérêt local) toutes ensemble dans le Finistère, car, afin de financer les dépenses afférentes,  les impôts augmenteront de 12 pour cent.

    Chaque politicien désire montrer sa sollicitude aux électeurs, en leur faisant don de ces lignes, non pas avec leur argent, mais avec le vôtre.

    Dans ce but, il dira : « Tiens, mon ami,  je ne suis pas un escroc, ta voix sera entendue ! Demande-moi toujours ! ». Il suffit de peu pour satisfaire le paysan et lui faire dire : « M. le Conseiller général, celui-là est un homme capable »

Ar Bobl, n° 60, 11 novembre 1905 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013


 
  Les promesses dont la réalisation coûtent si cher qu’il faut faire appel à l’argent des électeurs qui ne bénéficieront pas de l’amélioration projetée : c’est là tout l’art des harangueurs de foule sollicitant des suffrages…

 

 

 Landelo - Dubuisson en dro

Dubuisson a zo bet o renti kont deus e labouriou en ti-skol Landelo disul. Kozeet a neuz e brezonek, ha den n'eus komprenet sort a-bed.

   Eur bern kanfarted a oa bet mêvet gantan da zorna kemend den a vije eat d'astenn e c'hinou eno da zonjal respont da Botr Gorn.

   Dubuisson a lavaraz "ne oa na ru na gwenn"- A zo mad, mez gwelloc'h a vije lavaret "ne oa na kig na pesk"

 

 Landeleau - Dubuisson fait campagne

Dubuisson est venu rendre compte de ses oeuvres à l'école de Landeleau dimanche. Il a parlé en breton mais personne n'a compris un traître mot.

Il a chargé un tas de gredins de frapper quiconque ouvrirait sa gueule afin de contredire l'Homme à la pipe.

Dubuisson prétendait n'être ni rouge ni blanc. Fort bien, mais il eût été préférable de dire "je ne suis ni chair ni poisson".

 Ar Bobl, n° 75, 24 février 1906 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2013 

 

 

 

Saint-Hernin  - « Dubuisson en-dro
     Dubuisson a zo bet disul o kozeal en bourk Sant Hern. Paët a neuz daou litrad odivi en peb hostaliri »
« Dubuisson en campagne – Dubuisson s’est exprimé dimanche à St-Hernin . Il a payé deux litres d’eau-de-vie dans chaque bistrot »
Ar Bobl, n° 76, 3 mars 1906 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013 

     Des électeurs, en proportion variable selon les communes,  accordent leur suffrage au candidat le plus généreux en petits verres.   On rappelle que le bulletin de vote est seulement plié et non pas inséré dans une enveloppe, que l'usage de l'isoloir n'existe qu'à partir des élections législatives de 1914.

 



  Campagne électorale à Carnoët (Elections législatives de 1910); Taldir se moque de l'un de ses têtes de Turc préférées, le maire "rouge" de sa commune natale: Couillec

 

[PNG] Couillec et Turmel à Canoet 268 12 02 1910

                                                      Ar Bobl, n° 268, 12 février 1910

 

 

Campagne électorale d'avril 1906 : Fanch Gouer et l'instituteur

 

Ar Mestr-Skol – Mar votez evid Nicol, klev mad, Fanch Kouër, a vo great dustu pansionou d’ar re-goz.

Fanch Kouër  - Piou a baëo ar pansionou-ze ?

Ar Mestr-Skol – Kemend den a baë kontribusion.

  Fanch Kouër – Ia, da lavaret eo a vo ennet daou euz hon godel evid restaol unan d’emp.

Ar Mestr-Skol – Petra ?

Fanch Kouër – Evit sur; a-benn rei pansionou d’an dud koz, e vo kresket an taillou var an dud iaouank. Mez c’houi, Aotrou Skolaër, c’houi na baëet ket kontribusion, c’houi zo pansionet  ha tout dija, ha dre ze e ve ho tever chom en ho ti-skol, elec’h dond d’esa liva kojou d’in-me. Na meuz ket ezom deuz Nicol, paz muioc’h evid deuz Dubuisson koz.

  Kergadio an hini a fell d’in, ha da hennez a rin ma mouez”.

 

 

"Le maître d’école – Si vous votez pour Nicol, écoute bien, François, les pensions pour les gens âgés seront créées immédiatement.

Fanch le paysan – Qui paiera ces pensions –là ?

Le maître d’école – Chaque contribuable.

Fanch le paysan – Oui, oui, on dit que lorsque on tirera deux sous de notre poche, on nous rendra un.

Le maître d’école – Quoi ?

Fanch le paysan – Pour sûr, à peine les pensions pour les vieux votées, les impôts frappant les jeunes augmenteront. Mais vous, Monsieur l’instituteur, vous ne payez pas de contribution, vous êtes déjà pensionné, et vous feriez mieux de rester dans votre maison d’école au lieu de venir me raconter des histoires. Je n’ai pas besoin de Nicol, pas davantage du vieux Dubuisson.

    Kercadio me plaît et je lui donnerai mon suffrage."

Traduction: Jean Yves Michel, juin 2013

 

 

De toute évidence, Jaffrennou a rédigé, en breton, la profession de foi qui suit:

 

Lizer Ian Kergadiou d’an Elektour Breizad euz eil loden-vro Kastellin

 

     Ma C’henvroad ker euz a Vreiz,

 

   Galvet a vi a-benn ar sul 20 a viz Maë  d’eur votadek all c’hoaz evit choaz da vad an depute a c’hei da Bariz da zerc’hel plas tud ar c’hontre-ma.

  D’ar 6 a viz Maë eo diskuezet skler e oa rannet an dud dre ama etre meur a gostenn. Evidon-me, na meus netra bed da laret deuz ar re zo bet trompet divar ma zujet gant tud digoustianz, hag o deus kombattet diouzin dre bep sort mojou. Pephini zo lipr, hag a dle heul e galon.

    Koulskoude, e welan a meuz bet eur gonid brao, 4195 mouez. Stad ha fouge zo ennon, paz evidon, mez evid enor ar gostenn a zalc’han he flas diragoc’h. Me a drugareka an holl vignoned o deuz votet evidon, var ma hano eo bet niveret mouejou an holl Vretoned, ar gwir dud  bro, difennourien ar Relijion, al Liberte hag al Labour-Douar.

  Pa meuz bet an dro genta ken brao digemer, ma dever eo nompaz chom a dreon. Me a gombato eur wech c’hoaz, gant kourach ha kalon. Da sans-vad ha da gomprenezon a reio ar viktor da gostenn an Araok, an Urz, hag ar Republik Kreiz.

  Elektour Breizad, ha te blich d’id Paotred ar Revolusion hag an draill ? Nan – Ha te a rei da vouez da dud na bleont ket ouzid ? Na ri ket kenneubeud.

   Ma, me lavaro d’id fran hag en peb gwirione ec’h on bepred mignon gwir Païzant Breton, abalamour ec’h anavean anezan hag a istiman anezan koulz ha den all. M’hen difenno dre holl deuz ma gwella. Me a zikouro ive al Labour-douar hag a ankourajo savadurez al loened-lard er c’hontre-ma, abalamour ma zeui ar vevelien da vea gwelloc’h paëet seul vui ma gresko peadraik ar perc’henn.

   Me en em lako da formi Kefiou evid presti arc’hant d’al Labourerien, hag a zikouro ar Sendikajou Labour-Douar dre beb sort stumm, dreist-holl ar re a zo krouet dija en tri ganton.

  Me a voto ive a du gant Pansionou ar re-goz, pa zeui al lezen-ma dirag an Deputeed.

   Ma kerez eta, Elektour Breizad, diskuez d’in da fianz, ma bue tremenet great a lealded tout, a oaranto d’id e vin fidel. Mar ben dibabet ganid, me vo gwelet aliez en touez da dud. Me a vo bepred prest da renti servich da bephini ahanoc’h. Ebarz ar Gambr me zifenno ar Relijion, pehini zo konsolasion an dud kez, hag ema ar franmasoned o  klask tenna anei ziganeomp.

  Me a c’houllo liberte d’ar skoliou kristen abalamour d’ar beorien da c’hallout kas o bugale lec’h m’o devo c’hoant, kenkoulz ar binvidigien.

  Me lavaro d’eoc’h c’hoaz ‘on  a du gant eur bla zervich elec’h daou, ar vugale soutenn a famill hag ar re hena deuz seiz ar vugale.   

   Setu aze ma frogramm. Brema, ma kerez, te rei da vouez d’in eneb d’an Aotrou Dubuisson, leusket a goste gant an holl. Eun taol harp c’hoez, Elektour Breizad, hag a lakei ahanon da dremenn, hag e rei vad d’hon ho bro Breiz-Izel, ha d’ar Republik, ha d’id da hunan.

   Da vignon : Ian KERGADIOU »

 Proclamation de Jean de Kercadio à l’électeur breton de la deuxième circonscription de Châteaulin

 

     Mon cher compatriote de Bretagne,

   Tu es appelé aux urnes pour un second scrutin,  le 20 mai, afin d’élire un député qui ira à Paris représenter les gens de cette contrée.

    Le 6 mai, les électeurs de notre « pays » se sont, d’évidence, partagés entre plusieurs partis. Quant à moi, je ne porterai pas de jugement sur ceux qui ont été trompés à mon sujet par des personnes sans conscience morale, qui m’ont combattu par toutes sortes de moyens. Chacun est libre et doit suivre ses convictions.

  Cependant, je remarque que j’ai obtenu un beau succès, 4195 suffrages. Je suis fier, non pour moi-même, mais pour l’honneur du parti, de le représenter à vos yeux. Je remercie tous les amis qui ont voté pour moi, sur mon nom se sont comptées les voix de tous les véritables Bretons, défenseurs de la Religion, de la Liberté et de l’Agriculture.

    Puisque j’ai été si bien accueilli au premier tour, mon devoir n’est pas de rester en arrière. Je combattrai derechef avec courage. Ton bon sens et ta compréhension assureront la victoire du parti du Progrès, de l’Ordre et de la République modérée.

  Electeur breton, les partisans de la Révolution  et du désordre te plaisent-ils ? Non – Et donnes-tu ton suffrage à des gens qui te déplaisent ? Pas davantage.

   Eh bien, je te dirai franchement et en toute vérité que je reste l’ami du paysan breton parce que je le connais et que je l’estime autant que chacun. Je défendrai chacun de mon mieux.

 J’aiderai aussi l’agriculture et j’encouragerai l’élevage dans cette région, afin que, le bien-être des cultivateurs s’accroissant, les domestiques de ferme soient mieux payés.

   Je m’appliquerai à créer des caisses de prêts pour les paysans et à encourager les syndicats agricoles de toutes sortes, surtout ceux qui ont déjà été  formés dans les trois cantons

   Je voterai aussi en faveur de la retraite des vieux, lorsque la loi viendra devant le Parlement.

Don mon cher électeur breton, fais-moi confiance, mon passé est toute loyauté et garantit ma fidélité. Si je suis élu, vous me verrez souvent parmi vous. Je serai toujours prêt à rendre service à chacun de vous. A la Chambre, je défendrai la Religion, qui est la consolation des gens malheureux et que les francs-maçons essaient de nous arracher.

  Je demanderai que les écoles chrétiennes aient le droit d’exister, afin que les pauvres puissent  envoyer leurs enfants où ils le désirent, tout comme les riches.

  Je vous dirai encore que je suis partisan de l’introduction dans le nouveau service militaire de deux ans des dispenses qui existaient dans la loi de trois ans, en faveur des soutiens de famille et des aînés de sept enfants.

   Voilà mon programme. Maintenant, mon cher, donne- moi ton suffrage et refuse le à M. Dubuisson, abandonné de tous. Encore un coup d’épaule, Electeur breton, afin que je « passe » et améliore ainsi la situation de la Basse-Bretagne, celle de la République et la tienne.

Ton ami : Jean de Kercadio

 

Archives départementales du Finistère, mai 1906, 3 M 327

Traduction: Jean Yves Michel, juin 2013

 

 

« En 1906, M. Dubuisson n’obtint sur son concurrent, au deuxième tour, une assez forte majorité que parce que M. de Kercadio était absolument inconnu dans le pays et que cet homme, dépourvu de toute valeur, n’avait su gagner aucune sympathie ».

   Rapport du Sous-Préfet de Châteaulin au Préfet du Finistère, 30 avril 1907, 1 M 135, archives départementales du Finistère

  Ce candidat républicain libéral, c’est-à-dire de droite catholique, est un « parachuté » venu des Côtes-du-Nord. Noble, il est soutenu par le clergé , les châtelains et Taldir Jaffrennou, qui joue le rôle de cornac de campagne électorale.

   De Kercadio fait flèche de tout bois. Il fait passer son adversaire du deuxième tour, le très peu radical Dubuisson, pour usé (élu en 1898 et 1902) et mangeant à tous les râteliers. Le député sortant a voté contre la Loi de Séparation mais en faveur des inventaires d’églises.

   De Kercadio fait aussi vibrer son nom alors que son adversaire est d’origine normande et ignore à peu près totalement le breton. Surtout, le candidat de droite s’adresse aux partisans des écoles chrétiennes, à qui il promet qu’elles seront à l’avenir bâties ou réouvertes, aux paysans, qui bénéficieront à leur tour de la manne. Il parvient à marier patriotisme, diminution de la durée du « régiment » et dispenses de service militaire.

   De Kercadio compte sur l’abstention ou le report de suffrages des électeurs radicaux-socialistes appliquant la tactique du pire. Calcul déjoué : il est assez largement battu par Dubuisson






Dernière modification le 30/01/2015

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