Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Page complétée en février 2017

a) Une routine tenace

Ar Bobl rapporte ici l'opinion d'un hebdomadaire finistérien de gauche: "Les paysans sont fermés à toute idée nouvelle, abrutis par le travail, l'alcool et les prêtres  " (le Réveil du Finistère)

Ar Bobl, n° 74, 17 février 1906

 

    Dans son ouvrage "La politique agricole de la France de 1880 à 1940" paru en 1950, Augé-Laribé décrit ainsi les paysans français du debut du XXe siècle:" Isolés, dédaignés et moqués, les agriculteurs se suffisent à eux-mêmes à tous points de vue; ils se satisfont à peu de frais. Ils sont habitués à vivre pauvrement avec une nourriture plus que frugale, pour eux et même pour leurs animaux qu'ils soignent pourtant mieux que leurs enfants" (page 45).

 

    La dure condition féminine: battage au fléau par des agricultrices portant la coiffe de travail du Poher

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          Lourde charrette-tombereau et cheval..  Passage de l'Aulne à gué en l'absence de pont

   Le machinisme agricole est à peu près inconnu parce que la main d'oeuvre rurale est nombreuse et donc peu coûteuse. Combien de journaliers travaillent pour seulement leur nourriture. Lorsque l'exploitation dégage un profit, celui-ci est épargné en prévison de l'achat de terres. Le paysan est habité par la passion de la possession de la terre nourricière. Fermier, il entend que lui ou l'un de ses héritiers accèdent à la propriété foncière; propriétaire, il n'a de cesse que d'arrondir son exploitation au détriment des nobles ou des bourgeois qui ont bu ou joué leurs terres...

 

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L'espace occupé par la lande (herbe folle, ajonc, genêt, fougère, épinette, bruyère) reste gigantesque, surtout dans certains cantons accolés aux montagnes de Basse-Bretagne, l'Arrée (Huelgoat, le nord du canton de Pleyben, par ailleurs si riche, Callac) et les Ménez dû (Gourin, Guémené, Cléguérec).

C'est que la lande reste encore indispensable: la paysanne y fait sécher son linge sur les ajoncs; sauf lors des grands travaux, les chevaux mangent davantage d'ajonc broyé que d'avoine. Les genêts fournissent le matériau de couverture d'innombrables "crèches", la fougère, la litière des bovins. Et bien des vaches y trouvent leur provende, car les prés ne servent qu'à produire du foin et très rarement pour ne pas écrire jamais, de pâture..


[PNG] Plouguernével pâture bovins cpa 22 red

Avec l'aimable autorisation de CPA22

                            Jeune paysanne en coiffe gardant les vaches dans un pâturage en partie en herbe naturelle (maigre), en partie en lande

 

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Saint-Nicolas-du Pelem, paysanne gardant son unique vache en filant sa quenouille

 

Huelgoat: vaches broutant sur les bermes de la route d'entrée

[JPG] Huelgoat vaches broutant en ville

   Ploërdut ( canton de Guémené-sur-Scorff, Morbihan); élevage itinérant mixte de moutons et de bovins

 

[JPG] Ploerdut élevages ovin et bovin

 

[PNG] Gourin un charroi à la ferme red

Avec l'autorisation à titre onéreux de www.cartolis.org     http://www.cartolis.org

 

  Cette scène, photographiée dans les alentours de  Gourin, illustre des aspects connus: main d'oeuvre abondante (la servante à droite, le grand valet derrière la "patronne", le petit valet portant le  "boutig", panier d'osier; ); un patron dans la force de l'âge, deux fils presque adultes, une adolescente et un jeune garçon... Deux chevaux sont nécessaires pour traîner la charge contenue dans la charrette à roues hautes... Beaucoup de force musculaire et de bras....

        Le morcellement des terroirs des exploitations (à la Feuillée entre le début du 17e siècle et celui du 20e, le nombre d'exploitations agricoles quadruple), l'omniprésence des boueux chemins creux font perdre du temps à des paysans soumis étroitement aux aléas météorologiques. Et il arrive plus souvent qu'on ne le pense que le produit de la vente du bois croissant sur les talus rapporte davantage que celle de la céréale cultivée entre ces mêmes talus...


"A vendre: ferme à Plonévez-du-Faou. Bâtiments: maison, deux crèches, une écurie, une grange, deux soues à porcs, une petite étable. Terres chaudes: 14 hectares; terres froides: 17 hectares; prés: 3,5 hectares; taillis: 4,5 hectares; courtil: 0,25 hectare. Mise à prix: 35 000 F"

Ar Bobl, n° 126, 23 février 1907

 

   On peut reconstituer l'agencement et le fonctionnement de cette grande exploitation agricole de près de 80 journaux de superficie.

     Le noyau essentiel de production et de revenus se situe autour des bâtiments: bien ensoleillées et fumées ("chaudes"), les terres à céréales "nobles" (blé, avoine) entourent un grand jardin - verger (pommes de terre, pommiers à cidre).

      La seconde auréole est située plus loin et plus haut: les champs mal exposés au soleil mais battus par les vents sont voués à la  céréale pauvre  (sarrasin ou blé noir) et peut-être au trèfle (terres froides). La jachère y est de règle, même si son emprise tend à diminuer en raison d'un usage de moins en moins timide du maërl amené par péniche ou wagon.

      Troisième îlot de cette exploitation: les prés de fond de vallée, souvent colonisés par les joncs, et qui doivent être "enrigollés" au printemps afin de favoriser autant que faire se peut la croissance d'une herbe qui sera fauchée et engrangée.

   Enfin, une portion de taillis fournit, outre le bois de chauffage et surtout de cuisson, le matériau des manches d'outil, le bois de charpente des crèches, de l'ajonc et de la fougère....

 

[PNG] fontaine St Jean 0 Plévin foire red

  Avec l'aimable autorisation de CPA22

 

  Quelques foires, comme celle de Plévin (canton de Maël-Carhaix), permettent aux paysans de vendre un taureau ou une vache afin d'acheter vêtements de travail ou "du dimanche".... La quasi-autarcie est une règle autant morale, psychologique qu'économique...

 

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   Paysan de Haute-Cornouaille rapportant de la foire deux animaux précieux: "dans le cochon, tout est bon"...

 

 

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   Les sabotiers d'Huelgoat. Les "boutou lêr" (chaussures de cuir des citadins) remplacent très lentement, au fond des campagnes de Basse-Bretagne, les "boutou coat" ("chaussures de bois" ou sabots, garnis de paille). Le métier de sabotier est encore si pratiqué dans la forêt d'Huelgoat que ceux qui s'y adonnent fondent un syndicat peu avant la Grande Guerre...

   Ces travailleurs s'installent naturellement dans les bois, sur la "matière première"; ainsi à Plusquellec:

  "Pluskellek - Incendie -

Deux huttes de sabotiers, non loin de l'étang de Kerthomas, ont été la proie des flammes. Le propriétaire, M. Tugdual Le Menn,, maître sabotier au bourg de la Chapelle-Neuve, subit 1765 F de préjudices assurés. Ses ouvriers, MM Yves Isaac, Le Gall, Pennec, Quenec'hdu, Le Morellec, qui habitaient les cahutes, ont perdu dans cet incendie tout leur avoir"

Ar Bobl, n° 196, 26 septembre 1908

 

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 Ici, à Locarn (Côtes-du-Nord), le charron a établi son "atelier" sur la rue qui mène à l'église






Dernière modification le 22/02/2017

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