Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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14/07/2018

Page complétée en février 2017, février, mars 2018


a) Une routine tenace

Ar Bobl rapporte ici l'opinion d'un hebdomadaire finistérien de gauche: "Les paysans sont fermés à toute idée nouvelle, abrutis par le travail, l'alcool et les prêtres  " (le Réveil du Finistère)

Ar Bobl, n° 74, 17 février 1906

 

    Dans son ouvrage "La politique agricole de la France de 1880 à 1940" paru en 1950, Augé-Laribé décrit ainsi les paysans français du debut du XXe siècle:" Isolés, dédaignés et moqués, les agriculteurs se suffisent à eux-mêmes à tous points de vue; ils se satisfont à peu de frais. Ils sont habitués à vivre pauvrement avec une nourriture plus que frugale, pour eux et même pour leurs animaux qu'ils soignent pourtant mieux que leurs enfants" (page 45).

 

    La dure condition féminine: battage au fléau par des agricultrices portant la coiffe de travail du Poher

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 L'agriculture est soumise à la météorologie, parfois catastrophique

"Le mauvais temps - Une pluie diluvienne ne cesse de tomber sur la région. On n'a pas vu le soleil depuis un mois. Les foins sont mal ramassés; la moisson ne peut être battue. Dans beaucoup d'endroits, les blés coupés vont pourrir dans les champs si le temps ne change pas. De mémoire d'homme, jamais l'été n'avait été aussi continuellement mouillé. Les farines sont en hausse et les blés ne viennent pas encore sur les marchés. Ajoutons que l'année sera mauvaise en pommes, du moins dans nos régions"

Ar Bobl, 10 août 1912

 

"La Tempête - Un épouvantable ouragan, tel qu'on n'est habitué à en voir dans notre région à cette époque de l'année, a sévi lundi avec une violence inouïe. Ayant commencé dans la soirée de dimanche, il s'est fait sentir la nuit suivante pour continuer toute la journée de lundi en augmentant graduellement d'intensité. Mardi, l'atmosphère s'est un peu éclaircie mais le temps reste à la pluie et la fin de la récolte de sarrasin sera compromise"

Ar Bobl, 5 octobre 1912

 

 

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          Lourde charrette-tombereau et cheval..  Passage de l'Aulne à gué en l'absence de pont

 

Routes et chemins de terre empierrée ne contribuent que partiellement au désenclavement des exploitations agricoles et des bourgs. La lenteur est, encore et toujours, la caractéristique majeure des transports.

 

"Landeleau - Les routes. On nous écrit:

"Ces jours derniers, les habitants de Landeleau ont eu la terrible surprise de voir une automobile traverser leur bourg. Mais ce spectacle sans précédent n'est pas à la veille de se reproduire. L'automobile est restée enlisée pendant une vingtaine de minutes et, de ce fait, a éprouvé des avaries. Et ceci sur une route classée G.C. et la seule, au reste, qui puisse donner accès au bourg de Landeleau. 

     Le fait se reproduit tous les jours en ce qui concerne les charrettes des paysans. Et nous avons vu récemment une charrette enlisée que six chevaux vigoureux ont eu de la peine à dégager. Or, le mauvais état de cette route n'est nullement dû à des difficultés insurmontables d'entretien, mais bien à un parti pris de la part de celui qui dirige les travaux et qui n'a su répondre que  par des insolences aux contribuables chargés de lui présenter les plus timides observations.

 Il serait donc à souhaiter que le propriétaire de l'auto se décidât à porter plainte et à réclamer des dommages et intérêts. Ce serait le seul moyen de mettre fin à une situation unique dans la Cornouaille et préjudiciable aux intérêts du pays.

Une pétition contenant 154 signatures a été adressée au Préfet du Finistère pour protester contre l'obstruction occasionnée par le passage du chemin de Grande Communication n° 77, du lavoir et de la fontaine du bourg"

Ar Bobl, 2 décembre 1905

 

Le prolongement de la  "Voie romaine" de Carnoët en Plounévézel

"La côte de Sainte-Catherine - L'autre jour, un charretier de Carnoët qui venait à Carhaix apporter toute sa récolte de blé, a versé dans la côte de Sainte-Catherine par suite du mauvais état de la route, ses sacs ont crevé et il a subi un préjudice considérable.

Ce cultivateur devrait poursuivre la commune de Plounévézel, qui se refuse à améliorer cette vieille route située sur son territoire, sous prétexte qu'elle sert surtout aux gens de la Trêve de Saint-Corentin en Carnoët. Mais il n'est pas un cultivateur de la Trêve qui se refuserait à faire gratis les charrois nécessaires pour déverser quelques charretées de cailloux dans les trous profonds creusés dans cette route montueuse par les pluies, entre Sainte-Catherine et Kroaz Diben.

   Espérons que, dans l'intérêt du commerce dans ces parages avec Carhaix, cette remarque sera accueillie."

Ar Bobl, 23 décembre 1911

  

Le machinisme agricole est à peu près inconnu parce que la main d'oeuvre rurale est nombreuse et donc peu coûteuse. Combien de journaliers travaillent pour seulement leur nourriture. Lorsque l'exploitation dégage un profit, celui-ci est épargné en prévison de l'achat de terres. Le paysan est habité par la passion de la possession de la terre nourricière. Fermier, il entend que lui ou l'un de ses héritiers accèdent à la propriété foncière; propriétaire, il n'a de cesse que d'arrondir son exploitation au détriment des nobles ou des bourgeois qui ont bu ou joué leurs terres...

 

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L'espace occupé par la lande (herbe folle, ajonc, genêt, fougère, épinette, bruyère) reste gigantesque, surtout dans certains cantons accolés aux montagnes de Basse-Bretagne, l'Arrée (Huelgoat, le nord du canton de Pleyben, par ailleurs si riche, Callac) et les Ménez dû (Gourin, Guémené, Cléguérec).

C'est que la lande reste encore indispensable: la paysanne y fait sécher son linge sur les ajoncs; sauf lors des grands travaux, les chevaux mangent davantage d'ajonc broyé que d'avoine. Les genêts fournissent le matériau de couverture d'innombrables "crèches", la fougère, la litière des bovins. Et bien des vaches y trouvent leur provende, car les prés ne servent qu'à produire du foin et très rarement pour ne pas écrire jamais, de pâture..


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Avec l'aimable autorisation de CPA22

                            Jeune paysanne en coiffe gardant les vaches dans un pâturage en partie en herbe naturelle (maigre), en partie en lande

 

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Saint-Nicolas-du Pelem, paysanne gardant son unique vache en filant sa quenouille

 

Huelgoat: vaches broutant sur les bermes de la route d'entrée

[JPG] Huelgoat vaches broutant en ville

   Ploërdut ( canton de Guémené-sur-Scorff, Morbihan); élevage itinérant mixte de moutons et de bovins

 

[JPG] Ploerdut élevages ovin et bovin

 

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Avec l'autorisation à titre onéreux de www.cartolis.org     http://www.cartolis.org

 

  Cette scène, photographiée dans les alentours de  Gourin, illustre des aspects connus: main d'oeuvre abondante (la servante à droite, le grand valet derrière la "patronne", le petit valet portant le  "boutig", panier d'osier; ); un patron dans la force de l'âge, deux fils presque adultes, une adolescente et un jeune garçon... Deux chevaux sont nécessaires pour traîner la charge contenue dans la charrette à roues hautes... Beaucoup de force musculaire et de bras....

        Le morcellement des terroirs des exploitations (à la Feuillée entre le début du 17e siècle et celui du 20e, le nombre d'exploitations agricoles quadruple), l'omniprésence des boueux chemins creux font perdre du temps à des paysans soumis étroitement aux aléas météorologiques. Et il arrive plus souvent qu'on ne le pense que le produit de la vente du bois croissant sur les talus rapporte davantage que celle de la céréale cultivée entre ces mêmes talus...


"A vendre: ferme à Plonévez-du-Faou. Bâtiments: maison, deux crèches, une écurie, une grange, deux soues à porcs, une petite étable. Terres chaudes: 14 hectares; terres froides: 17 hectares; prés: 3,5 hectares; taillis: 4,5 hectares; courtil: 0,25 hectare. Mise à prix: 35 000 F"

Ar Bobl, n° 126, 23 février 1907

 

   On peut reconstituer l'agencement et le fonctionnement de cette grande exploitation agricole de près de 80 journaux de superficie.

     Le noyau essentiel de production et de revenus se situe autour des bâtiments: bien ensoleillées et fumées ("chaudes"), les terres à céréales "nobles" (blé, avoine) entourent un grand jardin - verger (pommes de terre, pommiers à cidre).

      La seconde auréole est située plus loin et plus haut: les champs mal exposés au soleil mais battus par les vents sont voués à la  céréale pauvre  (sarrasin ou blé noir) et peut-être au trèfle (terres froides). La jachère y est de règle, même si son emprise tend à diminuer en raison d'un usage de moins en moins timide du maërl amené par péniche ou wagon.

      Troisième îlot de cette exploitation: les prés de fond de vallée, souvent colonisés par les joncs, et qui doivent être "enrigollés" au printemps afin de favoriser autant que faire se peut la croissance d'une herbe qui sera fauchée et engrangée.

   Enfin, une portion de taillis fournit, outre le bois de chauffage et surtout de cuisson, le matériau des manches d'outil, le bois de charpente des crèches, de l'ajonc et de la fougère....

 

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  Avec l'aimable autorisation de CPA22

 

  Quelques foires, comme celle de Plévin (canton de Maël-Carhaix), permettent aux paysans de vendre un taureau ou une vache afin d'acheter vêtements de travail ou "du dimanche".... La quasi-autarcie est une règle autant morale, psychologique qu'économique...

 

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   Paysan de Haute-Cornouaille rapportant de la foire deux animaux précieux: "dans le cochon, tout est bon"...

 

 

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   Les sabotiers d'Huelgoat. Les "boutou lêr" (chaussures de cuir des citadins) remplacent très lentement, au fond des campagnes de Basse-Bretagne, les "boutou coat" ("chaussures de bois" ou sabots, garnis de paille). Le métier de sabotier est encore si pratiqué dans la forêt d'Huelgoat que ceux qui s'y adonnent fondent un syndicat peu avant la Grande Guerre...

   Ces travailleurs s'installent naturellement dans les bois, sur la "matière première"; ainsi à Plusquellec:

  "Pluskellek - Incendie -

Deux huttes de sabotiers, non loin de l'étang de Kerthomas, ont été la proie des flammes. Le propriétaire, M. Tugdual Le Menn,, maître sabotier au bourg de la Chapelle-Neuve, subit 1765 F de préjudices assurés. Ses ouvriers, MM Yves Isaac, Le Gall, Pennec, Quenec'hdu, Le Morellec, qui habitaient les cahutes, ont perdu dans cet incendie tout leur avoir"

Ar Bobl, n° 196, 26 septembre 1908

 

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 Ici, à Locarn (Côtes-du-Nord), le charron a établi son "atelier" sur la rue qui mène à l'église






Dernière modification le 02/03/2018

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