Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

                                                                                                                       Cette page a été complétée le 27 février 2016

 

c)    Résistances… 

« Les écoles libres bretonnes: une lutte pour la vie, contre le fanatisme »  

Ar Bobl, n° 39  17 juin 1905

*** Pétitions...

 

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*** Dénonciations...

 

Plonévez-du-Faou – Contre les tyranneaux :

     « L’instituteur Alain Le Page, secrétaire de mairie de la commune, depuis plusieurs années, terrorise les habitants et les mène à son gré comme un troupeau de moutons.

    « Historiou Alanik – Depuis quelque temps, le secrétaire de mairie de notre commune, après nous avoir opprimés, menés et malmenés, a été pris de la « folie des grandeurs ». Ce républicain ultra-rouge, ce modèle des pédagogues 20e siècle va sans tarder, dit-on, abandonner l’enseignement et viser à des destinées plus glorieuses. C’est ainsi que depuis quelques temps nous le voyons aux offices du soir, en octobre, au mois de Marie. A la grand-messe, le dimanche, sa belle voix se fait entendre »»

Ar Bobl, n° 66, 23 décembre 1905

Taldir y va d’un article à l’eau forte : 

     «Nos paysans croient volontiers à la toute-puissance de l’instituteur. Or, en beaucoup de paroisses, qui fait l’élection ? L’instituteur, trop souvent secrétaire de mairie et par là-même, véritable maire. Et il n’est bourde que ne content aux paysans, à qui le temps et les moyens manquent pour s’instruire par eux-mêmes, les tyranneaux, sacrés coqs de village dans les écoles normales […] Je me rappelle qu’en 1904, j’entendis une vieille femme parlant d’un Christ récemment enlevé des tribunaux, dire : « Tout cela est navrant et ceux qui l’ont fait sont ceux-là mêmes que nous avons envoyés à Paris pour être députés là-bas ». Je lui dis alors : «  Comment se fait-il que votre mari et votre fils, de braves gens cependant, votent contre les bons ? ». Elle me répondit, avec son âme simple : « Que voulez-vous, si nous faisions autrement, les rouges nous tueraient.. » »  

 Ar Bobl, n° 79, 24 mars 1906

 

  Protestations

Cléden-Poher

« Institutrice installée dans ses fonctions depuis hier par adjoint au maire. Aucun incident. Institutrice : pas d’élèves. Sœurs restées dans maison au bourg parcourent maisons prêchant l’abstention »

Télégramme de l’Inspecteur primaire à l’Inspecteur d’Académie, 9 septembre 1902 , archives départementales du Finistère, 1 T 74

 

   Départ des Sœurs le 9 septembre 1902. Démission du Conseil municipal « afin de n’avoir pas à exécuter l’arrêté préfectoral du 2 septembre 1902 prononçant la laïcisation de l’école privée de filles »

Lettre du comte du Laz, maire, au Préfet, 12 septembre 1902, archives départementales du Finistère,  1 T 275

●  refus de quitter les lieux

Berrien 

  Le maire, Louis Guyomarc'h, commerçant au bourg, se heurte à Mme Françoise Caër, en religion Sœur Victorine, Fille du Saint-Esprit, Supérieure et à quatre sœurs qui se refusent à quitter les lieux et empêchent l'installation des nouvelles institutrices communales.

 

● Enseignement clandestin: Châteauneuf-du-Faou

 «Non seulement les religieuses dirigent l’école libre mais même elles font classe. Une porte a été percée dans le mur de la propriété qu’elles habitent pour leur permettre de circuler sans être vues. On me reproche de ne pas conduire les enfants aux processions et au catéchisme. Le curé lui-même dit aux enfants qu’à l’école d’en haut on ne leur apprend qu’à faire des grimaces. Je n’ai perdu que dix enfants »

Lettre de l’institutrice publique de Châteauneuf-du-Faou à l’Inspecteur d’Académie, 16 février 1904, 1 M 200, surveillance des cultes de l’an VIII à 1909 

 

● Sabotage  à Carhaix (Ursulines)       

Carhaix -« Un liquidateur s’est présenté chez les Ursulines » 

Ar Bobl, n° 2,  1er octobre 1904


Le liquidateur a pour tâche de dresser l’inventaire écrit des bâtiments et de leur contenu : mobilier, livres, matériel de cuisine, etc… dans le but de faire procéder à une vente aux enchères des biens « nationalisés ».

 « Le liquidateur a pris possession de l’entier établissement à la date du 12 septembre 1907 après avoir été obligé de recourir à la force armée. Cependant les manifestations qui avaient été organisées n’ont provoqué aucun incident […] C’est avec les plus grandes peines que le liquidateur a pu obtenir d’un ouvrier, la fermeture provisoire des portes. La Congrégation avait pris soin en effet d’enlever toutes les clefs ; les religieuses ont enlevé les portes, les fenêtres, les cloisons, les persiennes, les statues, les tableaux et tous les objets mobiliers. Le fourneau de la cuisine a été détruit. On a enlevé les escaliers. Un grand nombre d’arbres de haute futaie ont été abattus […] Le liquidateur s’est préoccupé d’assurer aux parents des religieuses inhumées dans le cimetière, le libre accès sur les tombes »

   Rapport du liquidateur, 13 septembre 1907, archives départementales du Finistère , 8 U 11/1

 

Saint-Goazec: le crucifix est replacé dans l'école laïque

[PNG] st goazec crucifix n° 5 01 02 1907.PNG                                                                                   Semaine religieuse de Quimper et de Léon, n° 5, 1er février 1907


  Visite pastorale

A Carhaix, on ne retrouve plus la florissante Institution des Ursulines; la haine sectaire, après l'avoir tuée, s'est emparée de ses dépouilles. Mais elle n'a pas réussi à faire disparaître la florissante école chrétienne de garçons"

Semaine religieuse de Quimper et de Léon, n° 20, 20 mai 1910, archives de l'Evêché

● insultes et bagarre lors de l’ouverture et l’inauguration de l’école publique

BERRIEN  « Vers 8 heures, le soir du 14 juillet, nous illuminions paisiblement nos fenêtres quand, du jardin voisin, trois personnes dont le fils du sacristain, se mirent à nous invectiver : « A bas les instituteurs, à bas la République, à bas le Maire, vive le Roi ! ». Le chant des Sœurs : « Vive la liberté ! » fut aussi fredonné […] Quant à la gérante du dépôt-tabac, son hostilité contre l’école laïque est remarquable. C’est encore elle qui, lors de l’expulsion des Sœurs, injuria les représentants de l’autorité »

Louis Méner, instituteur à Berrien, lettre à l’Inspecteur primaire, 20 juillet 1911, archives départementales du Finistère,   1 T 798

 

       « Tous les moyens ont été employés (par les catholiques acharnés) ; mensonges, diffamations, calomnies, bassesses, menaces, persécutions. M. le Maire m’a raconté qu’au cours d’une répétition des pièces qui seront jouées dimanche pour l’inauguration de l’école publique, des scènes d’une rare violence provoquées par les cléricaux ont eu lieu. Mais la  grosse majorité du pays est pour l’école laïque et le Conseil municipal républicain a été réélu sans concurrent. M. Guyomarc’h est d’ailleurs maire depuis 1884. Il est pourvu du brevet élémentaire et a été quelques mois instituteur public. Il dirige une scierie. C’est un vétéran des luttes anticléricales, que le curé voulait faire coffrer au moment du Seize Mai. Les maires bretons de cette trempe sont malheureusement trop rares »

Rapport de l’Inspecteur primaire à l’Inspecteur d’Académie, 6 juin 1912,  1 T 798

 

Berrien:  Inauguration  de l’école publique de filles 19 juin 1912: « Cloarec, député, adjure les instituteurs d’enseigner toujours les deux cultes primordiaux, celui de la Famille et celui de la Patrie... »  

Ar Bobl, n° 391,   22 juin 1912

 

   La droite catholique dénonce le coût de la construction des "palais scolaires"", s'effraie d'un enseignement soi-disant "laïque", en réalité, affirme-t-elle, athée,  mais ne peut s'effaroucher d'un mélange des élèves filles et garçons, puisqu'ils sont soigneuseusement séparés par le haut mur que l'on aperçoit à gauche.

   Les électeurs de gauche et leurs édiles tardent quelque peu à lâcher sous (les fameux centimes additionnels, poires d'angoisse  des maires et secrétaires de mairie) et progéniture, considérée dès l'âge de six ou sept ans comme pouvant rendre des services sur l'exploitation. Ainsi, à Trébrivan, commune républicaine du canton de Maël-Carhaix, l'école des garçons ne se remplit qu'à la veille de la Grande Guerre; celle des filles n'ouvre qu'à la fin du XIXe siècle.

 

[PNG] effectifs scolarisés Trébrivan

   Graphique établi grâce aux statistiques recueillies par Patrice Le Guiet, élève de 2e C1 au Lycée de Carhaix, fils du maire-directeur d'école de Trébrivan, dans le cadre d'une monographie datée du 6 mai 1974

 

A Berrien : « Affaire de coups – A l’occasion de l’inauguration de l’école laïque le 19 mai dernier, une bagarre s’était produite entre amis et adversaires de l’école laïque. Sept de ces derniers sont poursuivis pour coups devant le Tribunal correctionnel de Châteaulin ».

Ar Bobl, n° 409, 19 octobre 1912

 

● Ouvertures d'écoles privées

Berrien

Ouverture d’une école primaire privée de filles, le 23 novembre 1911, grâce à une souscription organisée par le recteur Kérisit : argent, matériaux, main d’œuvre gratuite (30 élèves en 1911-12)

 

    «"Six jeunes filles ont quitté l'école publique pour l'école libre. Les défections s'expliquent par une campagne acharnée faite par le recteur et les sœurs contre l'école publique […] (ce qui) a préparé la ruine de l'école publique de filles.

      Au cours de cette année, tous les dimanches, en chaire, après les vêpres, M. Kérisit haranguait les mères de famille et les grandes jeunes filles, leur faisant prendre l'engagement d'envoyer leurs filles ou leurs sœurs à l'école privée. Son  vicaire, M. Jézéquel, le 22 janvier 1910 à la grand messe, en chaire, disait:" Les devoirs des parents chrétiens est de ne pas laisser leurs enfants dans de mauvaises écoles où ils ont entre les mains de mauvais livres et où les maîtres ne peuvent pas parler de Dieu ».

       Les deux religieuses se rendent dans  toutes les maisons et offrent des soupes et des fournitures scolaires pour rien. Il est établi qu'elles répandent le bruit que l'école publique est une école protestante. Dimanche dernier, c’est une institutrice qui avait été chargée par les Sœurs de se tenir à la porte (de l’église) pour défendre l’accès de la tribune aux élèves filles de l’école publique.

     Ne sont-elles pas allées jusqu'à offrir à Mlle Le Bec qui fréquente l'école publique et prépare l'examen du brevet, de la prendre comme institutrice dès maintenant à l'école privée où elle serait payée ? ».

    Rapport du commissaire aux chemins de fer à l’Inspecteur, décembre 1911, archives départementales du Finistère, 1 T 1467

 

Carhaix

« On parle à nouveau très sérieusement de l’ouverture d’une école privée de filles à Carhaix. Pour contrecarrer les intentions de mes adversaires, il me paraît utile de pousser activement la réalisation de l’Ecole primaire supérieure de filles. Il me paraît ensuite souhaitable que Mme Darcillon ait son changement avant l’ouverture de l’école privée : sa « fermeté exagérée » produirait des effets désastreux en face d’une concurrence doucereusement hypocrite »

Rapport de l’Inspecteur primaire à l’Inspecteur d’Académie, 15 décembre 1911, archives départementales du Finistère, 1 T 800

 

Carhaix – « Refus de l’Inspecteur d’Académie de laisser ouvrir une école libre de filles pour des motifs d’ordre hygiénique »

Ar Bobl, n° 412, 10 novembre 1912

 

Carhaix, filles (Enfant Jésus):

« Sous peu, il y aura une mission destinée à convertir les indifférents. Après ce grand événement, nous pourrions bien prendre encore quelques élèves »

Lettre de Mme Gillet, directrice de l'école de l'Enfant Jésus  à l’Inspecteur primaire, 6 janvier 1913, 1 T 1470

 

Carhaix – « Bénédiction de la nouvelle école libre de filles »

Ar Bobl, n° 465, 15 novembre 1913

Collorec

"Collorec: la population de cette vaillante et chrétienne paroisse a su faire au premier pasteur du diocèse un accueil qui l'a visisiblement touché. [....] La visite de Monseigneur à l'école de garçons, qu'à force d'énergie et de persévérance des hommes de coeur ont réussi à établir là et qui est aujourd'hui si vivante et si prospère, ne fut pas la partie la moins intéressante du programme de la journée"

Semaine religieuse de Quimper et du Léon, 24 juin 1910, archives de l'Evêché

 

La compétition entre écoles rivales:

    Elle porte sur le nombre d'élèves présentées (aspect quantitatif) et sur celui des élèves reçues (aspect qualitatif). On s'efforce, d'un bord comme de l'autre de "débaucher" les élèves les plus prometteuses en faisaint miroiter aux yeux des parents des avantages de toutes sortes... Exemples de Scrignac et de Carhaix...

[PNG] guerre scolaire Scrignac

 

Il semblerait que l'école privée grignote peu à peu son retard tant quantitatif que qualitatif 

Cela s'avère au niveau départemental et régional (élèves de l'école primaire)

Départements                                          1 9 0 7                               1 9 1 1
  Ecoles Publiques en % Ecoles chrétiennes Total Ecoles publiques en % Ecoles chrétiennes Total
Côtes-du-Nord  72084 74,8
24321
96405
71769
72,2
27590
99359
Finistère  97035 74,5
33194
130229
97413
72,4
37187
134600
Ille-et-Vilaine  53899 59,8
36263
90162
47940
52,7
43069
91009
Loire inférieure  52642 59,8
35355
87997
50209
54,3
40201
92410
Morbihan  56456 56,9
35233
81689
43512
51,3
41655
84867

   En quatre ans, l'école publique bretonne a perdu environ 11 500 élèves et l'école privée en a gagné un peu plus de 26 000.

  Malgré un recrutement élargi aux communes des cantons de Carhaix, Maël-Carhaix et Huelgoat, l'école Saint-Trémeur ne parvient pas entamer la supériorité numérique de l'"école du diable", supériorité qui tient tant aux meilleurs résultats au "Santificat" (en % sur le graphique) qu'à la tradition de gauche de Carhaix.

[PNG] Carhaix guerre scolaire

    Collorec:

[PNG] Collorec succes scolaires A Courrier 29 13 juillet 1907.PNG

[PNG] Collorec succes scolaires B Courrier 29 13 juillet 1907.PNG                                                       Le Courrier du Finistère, 13 juillet 1907


Contre-attaque : l’épineuse question des manuels scolaires

 

« L’Histoire de Bretagne, de M. Langlois :

La Révolution en Bretagne, chapitre 28 : « La Bretagne républicaine fut admirable : sans l’aide des troupes régulières, elle vainquit les brigands chez elle ; elle repoussa les attaques de Vendéens qui essayèrent plusieurs fois de l’envahir et elle défendit les côtes contre les Anglais. Les républicains bretons méritèrent  bien de la Patrie, car s’ils avaient moins courageusement résisté aux brigands (c’était le nom qu’on donnait aux Chouans), la France était peut-être perdue »

Ar Bobl, n° 59, 4 novembre 1905 

  Ce type d'analyse révolte évidemment les catholiques conservateurs...

 « Le premier dimanche d’octobre 1909 avait été lue du haut de la chaire la lettre des évêques de France condamnant l’école neutre et certains manuels d’Histoire et de morale… Dans la première classe des filles à Poullaouen, on faisait usage de l’Histoire de France de Calvet, un des manuels condamnés. M. Louis J., du Vergoin, conseiller paroissial, accompagné de Paul Le B., se firent un devoir de faire des remontrances à Mme A., directrice de l’école. Celle-ci se fâcha, ne voyant dans les protestations du clergé qu’une attaque contre sa personne. Elle promit d’examiner le livre et de le retirer si elle devait y découvrir des assertions contraires à la neutralité ; puis elle ajouta que ses supérieurs lui avaient formellement interdit d’obéir aux injonctions du clergé.

               Quatre élèves renoncèrent sur l’ordre des parents à se servir du manuel condamné. Elles lui substituèrent l’Histoire de Blanchet. Deux ou trois mois après, les autres élèves firent de même, les unes avec le consentement de leurs parents, les autres à leur insu. Toutefois, le clergé n’est pas sans inquiétude au sujet de l’enseignement oral donné par quelques maîtres et maîtresses. Quelques échos viennent jusqu’à ses oreilles ; mais il est impossible d’avoir une preuve certaine que la neutralité est violée »  .

Recteur de Poullaouen, Journal, 1910, archives du presbytère

Landeleau

       Le recteur n’y va pas par quatre chemins : « Il y aura messe de Noël à condition que le livre d’Histoire de France de Gauthier et Deschamps soit retiré de l’école »  

   Anne Le Gars, « Marie Le Bec », mémoire de maîtrise, Université de Haute Bretagne, 1985

La Feuillée

« François Marie Roué a fait sa première communion privée, mais pas solennelle, parce qu’il n’a pas voulu, ni lui ni ses parents, changer son livre d’histoire Calvet condamné par les évêques »

 Journal des recteurs de la Feuillée, 1911, archives du presbytère






Dernière modification le 11/03/2016

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