Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

b)   Difficultés matérielles que surmontent tant mal que bien les recteurs…

 

  •   A la veille de la Séparation, les traitements annuels des ministres des cultes français  sont les suivants:

Les rabbins: de 1750 à 3000 F; les pasteurs protestants: de 1800 à 4000 F

Les prêtres catholiques:

- le curé de Notre-Dame des Portes (Châteauneuf-du-Faou): 2400 F

- 12 832 curés: de 1000 à 1300 F selon leur âge

- 18183 desservants: 900 F

- 7000 vicaires ruraux: 450 F

En 1905, chacun des 597 prêtres du Finistère touche en moyenne 765 F par an, mais 114 vicaires non reconnus par l'Etat sont sans traitement.

Les employés du Ministère des Cultes perçoivent 3628 F en moyenne; un instituteur en fin de carrière touche 2250 F.

 

  •    La Semaine religieuse de Quimper et du Léon, dans son numéro du 29 avril 1898, dresse un constat accablant :

   « A Spézet, ni l’église, si délabrée, ni le presbytère absolument insuffisant ne sont dignes de cette bonne et populeuse paroisse. Il est fâcheux que cette population si ardente ne mette pas le même empressement à tenir en état son église » .Or, selon la lettre pastorale de Mgr Duparc, parue dans la Semaine religieuse de Quimper et du Léon du 23 février 1912, «l’état des églises dans un pays est ordinairement révélateur de l’état des âmes »..

 

   La nécessité d’augmenter les recettes de fonctionnement (hosties, vin de messe, cierges, petites réparations) et d’investissement (achat de chaises, remplacement d’habits sacerdotaux) constitue un souci lancinant pour les prêtres  et les fabriciens . Avant d’augmenter le « prix des chaises », le recteur de Plouyé  demande conseil au Vicaire général de l’Evêché, dont voici la réponse…

   « Monseigneur ne croit pas pouvoir vous conseiller d’entreprendre de faire payer les chaises à l’église. Les esprits n’y sont pas disposés, puisque les conseillers paroissiaux eux-mêmes ne sont pas favorables à cette mesure […] Il vaudrait mieux solliciter le concours de vos paroissiens pour la restauration de la chapelle par une quête. Mais n’ est-il pas à craindre que le maire de Plouyé ne se paye une réclame électorale en s’opposant au paiement ? Il paraît plus sage d’attendre que les élections municipales aient eu lieu. Jusque-là, sans engager directement la lutte, vous ferez en sorte, non pas du haut de la chaire, mais par des explications et des exhortations particulières, d’éclairer vos paroissiens ».

  Lettre du vicaire général Cogneau au recteur de Plouyé, 23 décembre 1910, Archives départementales du Finistère, série V dépôt, Plouyé

 

Voici quelques données chiffrées traduites graphiquement :

1)      La quête de beurre pratiquée à Cléden-Poher et Plouyé :

 

   L’irrégularité annuelle des résultats obtenus est dûe à deux facteurs : la météorologie, qui influe sur la croissance de l’herbe, le volume de la lactation et donc de beurre ; l’habileté et la réputation des quêteuses… Paroisse politiquement « blanche », au terroir presqu’entièrement possédé par deux familles nobles, catholiques et « monarchistes de regret », Cléden-Poher est plus généreuse que la républicaine Plouyé. Au cours des dernières années du 19e siècle, un recteur peu combatif s’y est heurté à un maire « rouge » hostile aux quêtes. Ensuite, un prêtre pugnace a reconquis le terrain perdu, non sans avoir dû capituler provisoirement au lendemain du vote de la Loi de Séparation…

 

2)      Bilan financier de la fabrique de Carhaix, en francs-or constants

 

   A l’opulence (le solde recettes / dépenses est nettement positif, les recettes sont élevées) de la période 1867-1900 succède la gêne de la « Belle Epoque ». Cette dissymétrie est d’autant plus surprenante que la population de la ville n’a pas diminué, que la conjoncture économique est bien meilleure après 1896 qu’entre 1873 et 1895. Le vote de la Loi de Séparation a incité plusieurs « fidèles de bouche », c’est-à-dire de pratiquants par habitude ou par obligation et non par conviction, à couper le cordon ombilical avec l’Eglise et donc à ne plus verser d’obole… Les fabriciens ont serré les cordons de la bourse des dépenses à partir de 1905 …

 

3)      Les ressources de la fabrique de la Feuillée, 1861-1915

fabrique la Feulillée     Le total de chaque période quinquennale a été ramené à une population communale  de 1000 habitants.

  Si, jusqu'en 1910, les recteurs de la Feuillée parviennent à maintenir le même niveau de ressources, ils le doivent surtout à l'augmentation du "prix des chaises" et aussi à celle des prix des baptêmes, mariages, enterrements et dispenses diverses (pour le mariage par exemple). Ces augmentations compensent une chute du volume des offrandes (quêtes en argent, en beurre, dons particuliers pour le "repos de l'âme"...). Le sursaut observé en 1906-1910 provient de l'apitoiement d'une fraction des paroissiens à l'égard du clergé, privé de presbytère et de quête...

 

Les ressources financières procurées par les cérémonies de funérailles:

Le clergé doit-il s'attendre à une concurrence, déloyale ou non, des athées anticléricaux:

« Les nécrophores »

« Un des grands reproches adressés d’ordinaire au clergé de nos campagnes a surtout trait aux émoluments demandés pour les services et enterrements.. Que sera-ce donc demain lorsque les sectaires monopoliseront le culte des morts ? Voilà des gens qui ont passé leur existence à exploiter les exploitations cléricales... »

Ar Bobl, n° 119,   5 janvier 1907

  On pressent ici l'apparition, qui ne se produit que trois quarts de siècle plus tard environ, de l'association "la Terre aux vivants". L'érection d'un crématorium, à Carhaix, n'est pas dûe à un hasard: le terreau était fertile... 

 Les dons pour la propagation de la Foi, recueillis lors d'une quête annuelle, constituent un assez bon instrument d'évaluation du comportement des gens du Poher: alors que les cantons d'Huelgoat, Châteauneuf et Carhaix représentent ensemble 6,13 % en 1901 et 6,33 % en 1911 de la population du Finistère, leurs habitants ne fournissent que  2,50 % de la somme recueillie dans le diocèse de Quimper pour la propagation de la Foi. C'est dire si l'évangélisation des populations de l'empire colonial français leur tient peu à coeur. C'est dire aussi que leurs ressources sont en moyenne bien plus  maigres que celles des Léonards. C'est dire aussi qu'aux yeux de bien des Hauts-Cornouaillais, la religion devrait être gratuite.







Dernière modification le 14/03/2013

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