Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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31/12/2019

Page complétée en décembre 2018 et mars 2019

 

 

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    Cette caricature montre que le Maroc (le sultan fuyant sur son dromadaire)  est fort convoité par Marianne (la République française), le Kaiser Guillaume II (l'Empire allemand), le roi Edouard VII (le Royaume-Uni), le petit roi Victor-Emmanuel III (l'Italie)

L'affaire marocaine oppose la France à l'Allemagne

   La première crise marocaine (1905-1906) dérive d'une réaction en chaîne

1) La France convoite le Maroc

     a) parce que celui-ci est -on le suppose- riche en minerais, phosphates, fruits  

      b) parce qu'il est incapable de préserver son indépendance: 400 tribus arabes ou berbères à peu près indépendantes les unes des autres, une moitié du pas est en état d'insoumission au Sultan, résidant à Fez

      c) certaine tribus ont l'habitude de franchir la frontière algéro-marocaine pour piller, tuer, brûler les exploitations agricoles de colons français d'Algérie

      d) la France a prêté d'énormes capitaux au Sultan. Devant l'incapacité marocaine à s'acquitter de sa dette, la France exige que les douanes marocaines soient gérées par de hauts-fonctionnaires français

2) L'Allemagne, qui n'a pas d'ambition au Maroc, ne veut pas d'une expansion coloniale française; elle s'efforce d'intimider la France (discours menaçant de Guillaume II à Tanger, 31 mars 1905)

3) Cette attitude inquiète le Royaune-Uni, allié de la France, l'Espagne, l'Italie et même les Etats-Unis d'Amérique. Lors de conférence d'Algésiras (janvier-avril 1906), la France obtient, au grand dam de l'Allemagne, le droit de créer une banque d'Etat au Maroc et la création d'une police française des ports marocains.

     Mais l'ambition française d'établir un protectorat était momentanément écartée

     Ce qui n'empêche pas que le moindre incident puisse mettre le feu aux poudres..

 

Brezel ?...

 Sonj zo deuz ar pevar lejionnaër estranjour a zizertas en Kasablanka, gant sikour ar c'honsul allmand, hag a oa tapet gant ar polis gall araok m'o doa gallet ambarki. Tri anezo a oa Prusianed.

    Kredet e oa pell e vije bet aranjet an traou dre akord, an Allmagn hen assure, mez krak. Ar prinz Bulow, chanselier, a lavar brema ne vo akord e-bed, e renko Franz lezal liberte gant an tri lejionnaër prusian, diskuil an ofiser polis a neuz aretet anê hag ober iskuz d'ar c'honsul allmand.

    Setu aze ar c'helou souezuz a zo skignet diriaou.

     Petra responto Franz ?

    A dra zur, e revuzo assanti da c'houlennou ken rôk. Dimerc'her ar brudou falla a rede: deuz brezel a gomzed. Kannad Allmagn er Pariz, ar prinz Radolin, a vije prest da zistrei d'e vro.

     Da esperout a zo penoz ar furnez a drec'ho eur wech ouspenn var rogoni ar Brusianed.

   Dirgwener a zeu kelou gwelleoc'h - An diou vro a rafe iskuz en eil d'eben.

Guerre ?...

    On pense aux quatre soldats de la Légion étrangère qui ont déserté à Casablanca et furent capturés par la police français avant de pouvoir s'embarquer. Trois d'entre eux étaient Prussiens.

    On aurait cru qu'un accord aurait réglé le problème, l'Allemagne l'avait assuré, mais crac ! Le prince von Bülow, chancelier, affirme qu'il n'y aura aucun accord tant que la France n'aura pas relâché les trois légionnaires, dénoncé l'officier de police qui les avait arrêtés et présenté des excuses au consul allemand.

    Voilà les étonnantes nouvelles qui se répandues jeudi.

    Quelle sera la réponse de la France ?

  Certainement, elle refusera de se plier à des exigences aussi rudes. Mercredi les mauvais bruits couraient: on parlait de guerre. Le représentant allemand à Paris, le prince Radolin, serait sur le point de retourner dans son pays.

     Il faut espérer que la sagesse permettra une fois de plus de faire taire la morgue des Prussiens.

     Vendredi parvinrent de meilleures nouvelles. Les deux pays se feraient des excuses mutuelles"


Ar Bobl, 7 novembre 1908 Traduction: Jean Yves MICHEL, mars 2019

   Dans le numéro d'ar Bobl daté du 14 novembre 1908, qui relate le renvoi mutuel "dos à dos" des deux Etats, Taldir écrit que ce résultat fut obtenu grâce au soutien de l'opinion française au Gouvernement Clémenceau et que l'Allemagne ne pardonnerait pas à la France de lui avoir fait perdre la face..


De 1906 à 1911, l'armée française, profitant des dissensions entre tribus et de l'impuissance des sultans (le second renversant le premier), s'introduit dans toutes les régions marocaines.

   En 1911, pour l'Allemagne, c'en est trop....

   Cette seconde crise marocaine, opposant en 1911 l’Empire allemand à la République française, s’inscrit, comme la première (1905), dans un contexte général de tension entre les grandes puissances européennes, qualifiée de « montée des périls » ou de « marche à la guerre »… L’Allemagne souffle, au Maroc, alternativement le froid et le chaud….

 

La mainmise française sur le Maroc provoque des incidents...

 

Ar Marok.

   Brema 'z euz daou vloaz oa bet tom an traou etre an Alamagn hag ar Franz divar-benn ar Marok. Tost braz oa bet d'ar brezel. 

   Ar sizun dremenet, ar Marok en deuz great a-nevez kozeal divar he fenn. Eur medisin deuz ar Franz, an Aotrou Mauchamp, a zo bet lazet e Marakech, a daoliou mein gant tud ar vro. Mauchamp a anaveze koulskoude mad ar vro-ze, ober a rea e bosubl evit lakat da greski bemdez muioc'h-mui galloud ar Franz er vro-ze. Deuz an tu all, renti a rea servich d'an Arabed en eur gentelia anezo, hag en eur rei aliou mad d'ezo var o c'hlenvejou. E vicher ar vedisin a zo bet marteze kaoz deuz e varo, rag ar sorserien euz ar gear-ze oa jalouz deuz ar brud en doa gonnezet e-touez o c'henvroïz.

      Dustu m'eo bet klevet ar c'helou en Franz, ar c'houarnamant en deuz kaset var ribl ar Marok eul lestr a vrezel, ar Jeanne d'Arc, karget en deuz ouspenn hon c'hannad en Tanger da c'houlen dizomaj digant ar Marok. Ar jeneral Lyautey a zo antreal en Oudja, unan deuz keariou ar Marok; chom a rai er gear-ze, pehini a zalc'h evel kred ken a vo kastizet muntrerien Mauchamp.

    Ar Gambr a-berzh a zo bet unan gant ar c'houarnamant. Poënt oa a bell-zo rei da zantout d'an Arabed e fell d'eomp gwarantisa buez hon c'henvroïz. En kear Marakech, an Europeaned a zo aliez en danjer da goll o buez. An estranjour a ia da bourmen heb fuzuill hag heb beza heuliet gant eur mevel armet eveltan, en deuz chanz braz da vervel dre eun taol fall bennag. Den na zorti epad an noz. Ebarz ar gear-ma, leshanvet kear santel gant ar Mahometaned, an estranjour a zo kaseet gant an Arabed, e gemer e reont evid eul laër, eur gwasker ha, dreist-holl, evid eun enebour d'o relijion.

    An Arabed a zo relijius braz, stard en o feiz en lezen Mahomet ha n'eo ket en o mesk e vefe brao ober invantor ar moskeou ! A taoliou fuzuill ne vent ket pell evid straka.

     Evid an Arabed, ar Fransijen a zo tud dizoue ha dre ze, emezo, dign da veza disprijet. Kredi a reont ouspenn n'hor beuz ken ioul nemed laërez o bro diganto hag ober brezel d'o giziou.

    Setu aze ar pez a zo ma 'z euz bet lazet kalz deuz hon c'henvroïz er bloaveziou diveza. Red eo anzao o deuz an Arabed rezon da zifenn o bro hag o relijion.

   Den na oar petra en em gavo eno en amzer da zont; ar polis var ar Marok n'he deuz biskoaz talvezet netra a vad d'ar Frans."

Le Maroc

 Il y a maintenant deux ans que les rapports entre l'Allemagne et la France s'étaient fort envenimés à propos du Maroc. On avait frôlé la guerre.

     La semaine écoulée, le Maroc  a fait de nouveau parler de lui. Le médecin français Mauchamp a été tué à coups de pierre à Marrakech par les indigènes. Mauchamp connaissait cependant bien ce pays, il y faisait quotidiennement tout son possible pour accroître le prestige français; D'un autre côté, il rendait service au Arabes en les enseignant et en leur dispensant des conseils éclairés à propos de leurs maladies. Son métier de médecin est peut-être la cause de sa mort, car les sorciers de cette ville étaient jaloux de sa renommée parmi leurs concitoyens.

    Aussitôt connue la nouvelle en France, le gouvernement expédia sur les côtes du Maroc le navire de guerre "Jeanne d'Arc" et, en outre, chargea notre représentant à Tanger de demander au Maroc un dédommagement. Le général Lyautey est entré dans Oudja, une des villes marocaines, qu'il tiendra tant qu'il n'aura pas la certitude d'avoir châtié les meurtriers de Mauchamp.

   La Chambre, unanime, fit chorus avec le Gouvernement. Il était temps, depuis longtemps, de faire sentir aux Arabes que nous voulions garantir la vie de nos concitoyens. A Marrakech, les Européens sont souvent en danger de perdre la vie. L'étranger qui se promène sans fusil et sans domestique armé, a de grandes chances de mourir d'un mauvais coup quelconque. Personne ne sort la nuit. Dans cette ville, réputée ville sainte par les Mahométans, l'étranger est perçu par les Arabes comme un voleur, un tyran et, par- dessus tout, comme un ennemi de leur religion.

      Les Arabes, très religieux, croient fermement à l'enseignement de Mahomet et il ne ferait pas beau procéder à un inventaire des mosquées ! Les coups de fusil ne tarderaient pas à se faire entendre.

   Aux yeux des Arabes, les Français sont des athées et, par là, disent-ils, indignes de respect. Ils croient, en outre, qu'il n'y pas lieu de tirer gloire du vol de leur pays ou de la persécution de leurs coutumes.

  C'est pourquoi beaucoup de nos concitoyens ont trouvé la mort ces dernières années. On est obligé de convenir que les Arabes ont raison de défendre leur pays et leur religion.

    Personne ici ne connaît l'avenir; la police marocaine n'a jamais été favorable à la France"

 

 Ar Bobl, 6 avril 1907  Traduction: Jean Yves MICHEL, février 2019


 

 

La France "pacifie" le Maroc..

 

Brezel er Marok

   An traou a domm er Marok. Ar Vorianed a zo en dro da Fez, o c'her-benn, o deus touet herzel ouz soudarded Bro-C'hall da dostaat outhi.

 Eur vanden anezo he deuz esaet en em lakat a dreuz da gerzadek arme jeneral Toutée; mez hema, gant 2500 a dud, soudarded war droad, kevaliri hag artilliri, en deus sklabezet an enebourien kichen ster ar Moulouya.

 Ar 4 a viz Maë, ar Fransizien a oa arru e-kenver gant Fez. Moulay-Zin, mestr ar Vorianed ravoltet eneb d'ar sultan Moulay-Hafid, a zastum e mignoned evid derc'hel da stourm ouz ar Europeaned.  Lavaret a rer en deus lakaat lac'ha Hafid.

 An artilliri a zo galvet brema da ober c'hoari gaër er brezeliou. Ar c'hanoliou a zo kaset duse d'ar Marok a sklap boulejou da beder leo. An obus a ra eun drouz spontus en eur strakal; diruska a ran an douar tro var dro var hed pemzek metr. Ar mindraill a zeu er maez euz ar boulet pa ve straket., a c'holo eur c'hilometr tro hag a zistruj koulz ar gwez evel ar reier hag an dud !

   Na vo ker aez d'ar Vorianed, gant fuzuliou hepken, stanka hent ar ger a Fez ouz ar c'hanoliou Gall.

 

Guerre au Maroc

 La tension croît au Maroc. Les indigènes se trouvant aux alentours de leur capitale, Fez, ont juré d'empêcher les soldats français de s'en approcher.

 Une bande a essayé de barrer le chemin à l'armée du général Toutée; mais celui-ci, avec ses 2500 fantassins, cavaliers et artilleurs, a dispersé les ennemis près du fleuve la Moulouya.

 Le 4 mai, les Français sont parvenus tout près de Fez. Moulay-Zin, chef des rebelles révoltés contre le sultan Moulay-Hafid, rassemble ses amis afin de continuer la lutte contre les Européens. On dit qu'ils ont tué Hafid.

Désormais, l'artillerie est appelée à jouer un rôle essentiel dans les guerres.  Les canons amenés au Maroc ont quatre lieues de portée. L'obus fait un bruit épouvantable lorsqu'il explose; il écorche la terre sur une étendue de 15 mètres de rayon; L'explosion libère une mitraille qui se répand sur une circonférence de 1 km et détruit aussi bien les arbres que les outils et les gens !

   Ce ne sera pas facile, pour les indigènes, armés seulement de fusils, de barrer la route de Fez au canons français.

Ar Bobl, n° 334, 20 mai 1911 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2014

 

 

 

Agadir 1911  600

 

  En juillet 1911, le gouvernement impérial allemand envoie une canonnière, le Panther, devant le port sud-marocain d'Agadir, afin, dit-il, d'assurer la protection des citoyens allemands résidant au Maroc. C'est là une manoeuvre d'intimidation.


 

An traou a drenka

Hirio e vez lavaret d'eomp: "Mad ar bed ! En em akord a reio ar Brusianed hag ar Fransizien divar benn ar Marok". Varc'hoaz e ve embannet ar c'hontroll: "Fall an traou ! Netra c'hreat !  An oabl a zeu tenval !"

  Petra kredi ? Ar pez a zo zur, eo ec'h difounn mat an emgleo, mar be emgleo biken !

Poan hon devo o kaout peoc'h evid ober hon jeu er Marok. A hendall, ne c'houll ket ar gouarnamant rei ar Chongo en trok d'an Alamagn, ha mad a ra.  Neuze  hon befe skuillet eno gwad hon broiz evid Roue ar Pruss, netra ken. Ar chikan ze a c'hellfe awalc'h echui dre eun taol chao"

Les choses se gâtent

 Aujourd'hui, on nous dit: "Tout va bien ! Les Prussiens et les Français vont trouver un accord réglant le problème marocain. Demain, on proclamera la contraire: "La situation empire ! Rien n'est conclu définitivement ! Le ciel se couvre !"

  Que croire ? Ce qui est sûr, c'est qu'une rencontre est restée improductive, si négociation il y a eu. Nous rencontrerons beaucoup de difficultés pour avoir les mains libres au Maroc. Du reste, le gouvernement français ne veut pas troquer le Congo contre le Maroc, sinon le sang de nos compatriotes aurait été versé au bénéfice du roi de Prusse, rien de moins. Ce litige pourrait déboucher sur un coup de torchon

Ar Bobl, n° 355, 14 octobre 1911 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2014

 

 

 

A l'issue de quatre mois de négociations, l'Allemagne obtient du Gouvernement Caillaux, en compensation de la renonciation à ses intérêts territoriaux au Maroc, la partie du Congo français limitrophe du Cameroun allemand (4 novembre 1911).

   La France a donc les mains libres au Maroc et l'empire colonial allemand s'accroît. Ni les pangermanistes allemands ni les nationalistes de l'extrême-droite française  ne sont pour autant satisfaits. Et même le radical-socialiste Clémenceau, pourtant hostile au colonialisme, reproche au radical-socialiste Caillaux d'avoir cédé à la menace germanique..

 

Maroc ha Congo

  An akord etre Bro-C'hall hag Alamagn divar-benn ar Maroc hag ar C'hongo a zo bet sinet ar 4 a viz du.

   Er Maroc, Bro-C'hall he devo droet da viret ar vro gant he soudarded ha da gaout kichen ar roue eur c'hannad braz pehini a c'houarno ar vro var hanter gantan.

    Netra a vo great eno heb asantamant Franz. An Allmagn he devo frankiz konvers er Maroc heb paëa taillou d'eomp. 

    Er C'hongo, Bro-C'hall a vo en trok d'an Alamagn eur pastell braz a zouar distaget euz ar goloni lec'h zo war dro eur milion a bobl o chom. An Alamagn a ouestl chom heb lakaat he fri etre Bro-C'hall ha Bro-Spagn evid ar pez o deuz da engali etreze er Maroc, rad Spagn a bretant ive reseo eul loden douar en dro da Danjer ha Mellila, en hanter-noz ar vro Vorian.

Maroc et Congo

 Un accord franco-allemand concernant le Maroc et le Congo  a été signé le 4 novembre.

   Au Maroc, la France aura le droit d'occuper militairement le pays et d'avoir un résident général qui , placé auprès du sultan, gouvernera le pays de concert avec le souverain. Rien ne s'y fera sans l'assentiment de la France. L'Allemagne aura le droit de commercer librement au Maroc sans devoir nous payer de taxes. 

  En compensation, au Congo , la France cède à l'Allemagne un morceau (1) de cette colonie peuplé d'environ un million d'habitants. L'Allemagne s'engage à ne pas s'immiscer entre la France et l'Espagne pour ce qui regarde leur différend, car l'Espagne émet la prétention de recevoir un morceau de territoire autour de Tanger et de Mellila, dans le nord du Maroc.


Ar Bobl, 11 novembre 1911 Traduction: Jean Yves MICHEL, décembre 2018

(1) Le "bec de canard"


   Ar Bobl rapporte que chaque année des concours de tirs au fusil Lebel sont organisés à l'école Notre-Dame des Portes de Châteauneuf-du-Faou et dans la cour de l'école primaire publique de Carhaix. Taldir note qu'à Châteauneuf une poule oppose cent tireurs utilisant le vieux fusil Gras, qui date de la guerre de 1870; ils disposent chacun de  ....3000 cartouches !!!.   Une préparation psychologique à une "guerre inévitable et nécessaire" (Guillaume II, Empereur d'Allemagne, novembre 1913) existe donc au plus profond de la province française...






Dernière modification le 06/03/2019

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