Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

                                                                                               Page complétée en mars 2017

a) Non !

 Ni l'analphabétisme des jeunes gens n' a disparu, nonobstant les Lois Ferry..

[PNG] illettrisme Echo 56 01 03 1914[PNG] illettrisme stat 1913 Echo 56 15 02 1914

L'Echo du Morbihan, 1er mars 1914                                                                  L'Echo du Morbihan, 15 février 1914

 

 Ni l'échelle sociale n'a été sensiblement modifiée

 

Ici, le "château rouge", édifié en 1900 par Emile Lancien, notaire, frère de Ferdinand, futur conseiller général (1904), maire (1906),député (1914) , sénateur (1921), président du Conseil général du Finistère (1928)

[JPG] chateau rouge carhaix

 

 

La description, en 1908, du cimetière de Carhaix est, socialement parlant, tout à fait édifiante..

[PNG] cimetiere Carhaix A 202 7 11 1908.PNG[PNG] cimetiere Carhaix B 202 7 11 1908.PNG[PNG] cimetiere Carhaix C 202 7 11 1908.PNG


 

 

[JPG] Gourin délabrement gratuite

Gourin: maison de ville en mauvais état

 

[PNG] image001

 

 

 

On a, en dépit de soi-même, repris en partie le classement par Ordres ou Etats d'Ancien Régime, dont Pierre Goubert (1915-2012), à mon sens l'historien le plus clairvoyant qu'il m'ait été de lire et de rencontrer, affirmait qu'il avait survécu plus de deux cents ans à son décès officiel.

A Carhaix, deux familles nobles (De Léseleuc, expert foncier, catholique, conservateur; son gendre); cinq prêtres et treize religieuses tolérées au regard de leur oeuvre scolaire passée. Quarante rentiers, dont certains n'atteignent pas trente ans; des bourgeois diplômés: médecin, pharmacien, vétérinaire, notaire, publiciste, architecte, huissier, juge de paix).Une poignée d'entrepreneurs est la preuve que, même à Carhaix, le moyen capitalisme n'est pas inconnu: entrepreneur en menuiserie, en plâtrerie et quelques négociants toutes mains: grains, engrais, bois, vins surtout...

   Beaucoup d'artisans en bâtiment, en fer, en cuir, en pierre (tailleurs), en tissus (tailleurs). On trouve aussi deux musiciens ayant étudié Mozart et Bach: un violoniste et un pianiste, volontiers, le cas échéant, maîtres de musique. Et on constate même une évolution alimentaire: un pâtissier vend assez de gâteaux de noces, de baptêmes, de communion solennelle et des dimanches pour survivre... Et en 1905, onze sabotiers exercent leur savoir-faire à Carhaix: Yves Louédec, Ambroise Jicquel, Raymond Jicquel, Jean Le Floc'h, Yves Louarn, Louis Nogret, Ange Louarn, Guillaume Chevance, Pierre Charles, Yves Morellec et François-Louis Toanen (Ar Bobl, 3 juin 1905).
Quelques artisans témoignent de l'évolution technique: photographe, horloger, mécaniciens pour voitures automobiles;

Une flopée de commerçants dont beaucoup ne vendent ni n'achètent grand chose, dont un certain nombre débite du cidre, du vin et du lambig au fond d'une salle enfumée dont le sol de terre battue est largement situé sous le niveau d'une rue aux cailloux à arêtes acérées. On signale tout de même un libraire....

Le chemin de fer est moins largement représenté (les roulants, les ouvriers des ateliers d'entretien et de réparation, les cantonniers, les gratte-papiers et les arpenteurs de quais) qu'on pouvait s'y attendre (moins de 10 % de la population active totale). La fonction publique pousse ses tentacules: instituteurs (laïques et libres), Ponts et chaussées, employés de perception, gendarmes (cinq). Les employés d'écritoire se pressent chez les notaires, les pharmaciens, derrière les comptoirs de boutiques.

   Beaucoup d'ouvriers des vieux métiers (maçons, menuisiers, charpentiers, scieurs de long, tanneurs, charron, forgeron, sellier, mais aussi boulanger, charcutier) auxquels il faut ajouter des représentants des métiers les plus récents: électricien du secteur, ouvrier typographe, sage-femme.

  Des cultivateurs, dont on demande où se situent les exploitations, même exigües (à Plouguer, peut-être ?). Un gigantesque prolétariat masculin (journalier, domestique ou commis de ferme) et féminin (servante de demeure bourgeoise, de commerce, d'atelier, de vieillard grabataire mais riche; buandière, repasseuse, fileuse, blanchisseuse, et surtout couturière-tricoteuse (79), journalière).

 


[JPG] Carhaix gare classes sociales

    CARHAIX - "Cheminot à chapeau melon et redingote" ("un "chef"), cheminot à casquette, et les entrepreneurs de taxi à cheval...

 

 

[JPG] Bourbriac classes sociales ad 22

Bourbriac: paysanne âgée ramassant du bois de chauffage encore vert; jeune demoiselle en promenade

 

[JPG] Rostrenen_-_La_Place_du_Centre_classes_sociales

Ici, à Rostrenen (Côtes-du-Nord), les habits bourgeois à la mode parisienne tranchent nettement sur les costumes masculins et féminins de Haute-Cornouaille.

 

Ni sur le plan professionnel.... l'exemple d'une commune rurale, Plounévézel

 

 

  Bien sûr la base et le sommet  élargis de la pyramide reflètent un accroissement du taux de natalité et une diminution de celle du taux de mortalité. Si on met au monde davantage d'enfants et si un nombre accru de personnes atteint un âge élevé, la population demeure hostile à l'oisiveté, réservée à de rares rentiers, viscéralement attachée aux travaux agricoles essentiellement manuels ("agriculture à bras"); artisans (forgerons, tanneurs) et commerçants (cabaretières) sont très peu nombreux. Seule l'obligation de l'instruction contraint les municipalités successives à doter de bâtiments et de matériel d'enseignement (au compte-gouttes) deux enseignants et parfois un adjoint.

 

 CATEGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES
1872 1911
 Agriculteurs exploitants
 203 231
 Aides familiaux agricoles
181
218
Domestiques - Commis de fermes- Servantes
 119 142
Journaliers agricoles
 140 153
TOTAL SECTEUR AGRICOLE
 643 (93,8 %)
 744 (93,7 %)
 Artisans 20
21
 Ouvriers et employés
 15  7
 Commerçants  5  15
 Fonctionnaires  1  6
 Prêtre  1  1
 EMPLOIS NON-AGRICOLES
 42 (6,2 %)
 50 (6,3 %)

 

 

   A quarante ans d'écart, les statistiques ci-dessus illustrent l’énorme prépondérance de la paysannerie (patrons et patronnes de fermes, aides familiaux: oncles, tantes, père, mère, fils, fille, nièce) .. Quelques carriers et charrons, des  cabaretières, couturières, une pincée d'ouvriers tanneurs, les instituteurs et les cantonniers  et les cheminots en 1910, le prêtre, sa servante, le sacristain... Plounévézel est une commune rurale par excellence, puisque le "bourg" n'est qu'un écart, bien moins peuplé que deux gros hameaux (ou "villages") ... La ligne de chemin de fer Morlaix-Carhaix y a créé une halte, mais hors l'inévitable estaminet, aucun emploi à temps plein autre que celui de garde-barrière-chef de gare tenu par une femme n'a été créé...

 

SAINT-THOIS - PERMANENCE D'UN VIEUX METIER: le "rebouteux"

[JPG] Saint Thois sorcier consultant


Ni sur le plan de l'organisation immuable en cascade de strates ..

  Cette paysannerie est très hiérarchisée: rien n'est plus étranger à la mentalité des agriculteurs bretons d'alors que la notion d'égalité sociale. On ne déroge guère à la règle non écrite qui veut que les mariages, le plus souvent arrangés, unissent, quatre fois sur cinq, des fiancés  de situation matérielles équivalentes. Même si certains paysans votent à gauche et même parfois "rouge vif" (ruz tan), tous se jaugent. L'équation de chaque agriculteur est fonction de son aptitude au travail (force, endurance, habileté manuelle), de sa persévérance, de sa capacité à tirer le meilleur parti d'une météorologie capricieuse et des différentes parcelles de son exploitation.

 

  Du bas vers le haut de l'échelle sociale paysanne (voir l'exemple ci-dessous) s'étagent les journaliers des penn-ti, les domestiques de ferme, eux-mêmes hiérarchisés, les micro-fermiers, contraints de louer leurs bras, les petits fermiers sans commis, les gros fermiers employant servantes, valets et aides familiaux, les petits propriétaires louant aussi quelques hectares et possédant un boeuf de labour ou un cheval, enfin les gros propriétaires exploitants qui ne travaillent pas souvent de leurs mains et ignorent, dit-on, dans quel champ sont plantées les pommes de terre.

[PNG] sociopro Pzel

  L'"aristocratie paysanne" se situe au-dessus du "seuil de l'indépendance": bon an mal an, cette catégorie aisée dégage des excédents de récolte et de cheptel. Le chef de famille, patriarche accueillant sous son toit deux générations de descendants mène ses gens d'une main ferme: donneur d'ordres, distributeur des tâches, inspecteur des travaux agricoles, il se pose en véritable décideur et planificateur: c'est le cerveau de l'exploitation. Fréquentant les foires, s'adonnant volontiers à la politique -"grand électeur" en quelque sorte propriétaire des suffrages de ses gens masculins - il est consulté et parfois élu conseiller municipal. S'il se tient dans l'orbite de l'Eglise, il hante les réunions du conseil de fabrique de la paroisse. Employeur et patron, il n'est pas forcément propriétaire; il peut, en effet, n'être que le fermier d'un bourgeois citadin ou d'un noble rural. Certains ont à demeure dix domestiques; d'autres, trois gendres et quatre fils, sans compter les filles et les brus... 

   A l'opposé de ces nantis qui réussissent grâce à leur sagacité, leur âpreté et aux biens de production dont ils ont hérité, figurent les prolétaires que sont journaliers et domestiques. Ce sont des gagne-petit, parfois des gagne-rien. Entre ces deux catégories, la frontière n'est pas facile à tracer. Les journaliers sont, dans leur immense majorité, au-dessous du seuil de la dépendance, c'est-à-dire de la misère réelle, atrocement vécue. Dépendance à l'égard des saisons, du bon vouloir des employeurs.

   Dans le meilleur des cas, ces gagne-deniers, accrochés à un pen-ti et un jardin, parfois un champ et une vache, constituent une catégorie bâtarde de micro-propriétaires contraints de louer leurs bras à moins démunis qu'eux. Au pire, journaliers sans terre, sans maison à eux, sans beaucoup d'outils, ils n'ont aucune perspective d'amélioration de leur condition et reportent leurs espoirs sur ceux de leurs enfants qui "apprennent bien" à l'école.

  Qui peut mesurer aujourd'hui ce furent les hivers de ces pauvres diables  Ils ont certes l'amère satisfaction de changer d'employeur, de se marier, contrairement aux domestiques de ferme, qui, en revanche, sont assurés de joindre les deux bouts..

  La couche sociale des domestiques, commis et servantes de ferme, est celle des ouvriers agricoles à temps plein. Les homme y sont plus nombreux que les femmes; les deux sexes présentent le même âge moyen, 27 ans en 1906. Précairement logés (dans l'étable, au-dessus des bêtes), mais participant à la vie de la famille de l'employeur, ils sont très majoritairement célibataires..

Entre nantis et démunis (sauf d'enfants), les "classes moyennes paysannes" jalousent les "gros", regardent de haut les "petits" et sont soumises à deux mouvements de sens contraires. Certains végètent, surtout s'ils sont accablés d'enfants, et craignent les aléas météorologiques répétés qui réduisent les récoltes et empêchent de payer la "Saint-Michel", ce qui peut avoir pour conséquence désastreuse de les précipiter dans le prolétariat agricole.

    D'autres sont aspirés vers le haut de l'échelle sociale paysanne, quand ils ont de la persévérance, de la chance, une bonne santé, peu d'enfants et ont fait un bon mariage en épousant une femme robuste ayant un peu de terre au soleil..

 

Une publicité révélatrice: deux magasins de vêtements carhaisiens; l'un d'entre eux s'adressent aux "travailleurs"; l'autre fait une concessions aux cultivateurs....

 

[PNG] les classes sociales 416 7 déc 1912 pub vetements.PNG

Ar Bobl, n° 416 , 7 décembre 1912

 

L'hebdomadaire morlaisien "L'Echo du Finistère" (1905-1912) rapporte que les "vieux métiers" sont toujours en quête de main d'oeuvre...

[PNG] ouvriers des vieux métiers n° 257 05 11 1910.PNG                                                                                               N° 257, 5 novembre 1910

Lors de sa visite de la commune de Langoëlan, le rédacteur de l'hebdomadaire républicain pontivyen "la Charrue" note:

[PNG] Langoelan misere La Charrue 20 01 1906.PNGLa Charrue, 20 janvier 1906

La misère noire perdure...

     "Roudouallec - Dans la nuit du 11 au 12 mars, deux vieillards, âgés chacun de 77 ans, Louis Le Dour et sa femme née Marie Quéméner, qui habitaient dans un loge isolée près du bourg, virent tout à coup leur loge tomber sur eux , vers deux heures du matin.

  La pauvre ménagère, alitée depuis onze ans, ne put être retirée que vers les sept heures du matin. Envoyée au bourg, elle rendit le dernier soupir vers trois heures de l'après-midi, après avoir reçu les sacrements suprêmes. M. Louis Le Dour n'a pas eu de mal, mais depuis longtemps ce malheureux peut à peine marcher et a fort à faire pour arriver à se procurer de quoi vivre.

    C'est donc une véritable détresse à soulager"

     Croix du Morbihan,19 mars 1905

 

Le HUELGOAT - Le sous-prolétariat

[JPG] Huelgoat sous-proletaire


Ni sur le plan de la délinquance...

Contenu des séries constituant la légende du graphique ci-dessous :

 1: déprédations, vols, bris, abus de confiance

 2: Exercice illégal d'une profession (généralement:médecine, pharmacie)

 3: Outrages, injures, rebellion

4: Homicide involontaire, coups et blessures

5: Débit de boissons clandestin

6: Ivresse publique

7: Attentat à la pudeur

Il s'agit de nombres absolus caractérisant des périodes triennales.

Les deux premières, celles de la période dite de l'''Ordre moral" (1871-77), et la troisième, celle de l'affirmation de la République face à ses détracteurs, servent de "points de comparaison".

Au cours des quatre dernières, les questions des places (rôles, rangs) de l'Eglise, mais aussi des "petits" (paysans sans terre, ouvriers) dans la société républicaine alimentent les réflexions. 

 Ces statistiques sont issues des dénombrements et classements des minutes des procès tenus devant le Tribunal correctionnel de Châteaulin, pièces conservées aux Archives départementales du Finistère à Quimper (Série U: U 7/43-51 (1871-1880); U 7/70-77 (1899-1910)

Le Poher finistérien regroupe les communes des cantons de Carhaix, Châteauneuf-du-Faou, Huelgoat, auxquelles il faut ajouter Brennilis et Loqueffret.

 

 

 

[PNG] delinquance1

 Si, par rapport à la première décennie de la IIIe République, la période 1899-1910 marque une aggravation quantitative d'ensemble, c'est que

1) La population du Poher finistérien ayant crû, contient davantage de délinquants.

2) Ni maire, ni curé, ni gendarme, ni maître d'école ne peuvent modifier la mentalité humaine. La République ne réussit pas mieux que les diverses monarchies qui l'ont précédée. L'instituteur, qui se réclame de Voltaire, de Diderot, de Rousseau, est aussi impuissant que l'était le recteur lorsqu'il était craint.

Cependant, la répartition des motifs de condamnation marque une évolution entre 1900 et 1910:

On s'en prend davantage aux biens matériels (maisons, mobilier, outils aratoires, écus mal cachés), mais il n'y faut pas voir l'influence d'un socialisme sur la cervelle du coupable. Les hommes se bagarrent moins, sans doute, mais ils boivent bien plus; l'alcool, le vin rouge algérien et languedocien surtout, enveniment puis atténuent les motifs de discorde au sein de vapeurs anesthésiantes. Mais les femmes s'injurient volontiers, se crêpent le chignon au sens propre de l'expression, se jettent mutuellement dans le lavoir, s'aspergent de purin et finissent souvent par mettre le feu aux vêtements de la vaincue..

 

  Le juge de paix du canton de Carhaix note en tête de l'un des jugements qu'il rend au détriment d'un habitant de Poullaouen:

  "Attendu que la plupart du temps les discussions se résolvent par un échange d'injures qui les entraînent dans un procès onéreux et infiniment plus dispendieux qu'eût pu l'être tout arrangement à l'amiable, attendu que selon nous, l'entêtement caractéristique de la race bretonne, le manque d'instruction et un orgueil mal placé contribuent sensiblement à entretenir nos populations dans un gaspillage de fonds si contraire à leur intérêt"

   Le juge de paix, dans le Poher finistérien, doit rendre son arbitrage, non seulement  dans des affaires d'errances d'animaux (chevaux, vaches, poules, abeilles (!), de partage d'eau de ruisseaux, de puits, de déplacement de barrières, de vol de toutes choses et même d'une chaise prie-Dieu avec nom du propriétaire gravé, mais aussi dans des affaires autrement plus graves: voies de fait humiliantes: jet du contenu d'un vase de nuit sur la tête; viol d'une servante tombée enceinte (1000 F de dommages et intérêts, les gages annuels de la jeune fille étant de 35 F).

 

[PNG] Lignol - coups et blessures JPY 07 02 1904.PNG

Lignol (Morbihan): entrefilet paru dans le "Journal de Pontivy et de son arrondissement", du 7 février 1904

 

[PNG] Lignol tentative de viol JPY 04 09 1904.PNG

Lignol (Morbihan): entrefilet paru dans le "Journal de Pontivy et de son arrondissement" du 4 septembre 1904

 

[PNG] Le Faouët coups et blessures lors d'une manifestation 13 03 1904.PNG

 

Le Faouët: entrefilet paru dans le "Journal de Pontivy et de son arrondissement" du 13 mars 1904

 

[PNG] Meslan bagarre sanglante A 24 04 1904.PNG  [PNG] Meslan bagarre sanglante B 24 04 1904.PNG

[PNG] Meslan bagarre sanglante C 24 04 1904.PNG

Meslan: entrefilet paru dans le "Journal de Pontivy et de son arrondissement" du 24 avril 1904

 

[PNG] Morbihan Nord-Ouest

 

Les chefs-lieux de canton se détachent. La proximité des habitations y est sans doute pour quelque chose: on a toujours quelque chose à reprocher aux voisins immédiats, alors que la dispersion de l'habitat en rase campagne réfrène les ardeurs vengeresses. L'orientation politique ne semble pas jouer un rôle, puisque Gourin et le Faouêt ont un maire et un conseiller général modérés, au contraire de Guémené et Cléguérec, résolument républicaines. Sur les quelques 500 délits (496 exactement) commis en 5 ans (une centaine par an pour 62 000 habitants):

- Les meurtres (infanticides surtout) entrent pour 2,5 % du total

- Les coups et blessures, rixes  pour  40,7 %

- Les affaires de moeurs (viols et et tentatives de viols, parfois sur des dames de plus de 70 ans) pour 1,8%

- Les insultes, outrages à gendarme, crêpages de chignons pour 5,4 %

- Les vols (grivèlerie, vol de cidre, de vaches, de moutons, d'outils agricoles), bris de clôtures, de portes, de fenêtres pour 41,7 %

- Le sabotage de voies ferrées (rail démonté, arbre scié et tombé en travers de la voie) pour 1 %

- Le braconnage (chasse, pêche) pour 5 %

-  Bizarrement, les cas d'ivresse publique sont peu fréquent (1,6 %)

   (On dénombre 13 suicides au cours de ce lustre, actes que l'Eglise considère comme un péché mortel et qui vaut à son auteur d'être enterré dans le vered du)


La lecture d'un seule page d'ar Bobl, au hasard, donne ceci:

"Poullaouen - Foin brûlé - Une meule de foin appartenant à M. Thépault, du village du Croassan en Poullaouen a été brûlée mercredi matin. De l'enquête à laquelle se sont livrés les gendarmes, il résulte que le feu a été mis au tas de foin par des enfants. Il y a assurance.

Plonévez-du-Faou - Vol - Samedi dernier, se trouvant en tournée dans certains villages de la commune de Plonévez-du-Faou, M. Laurans, livreur à la société du Planteur de Caïffa, maison Michel Cahen, a été victime au village de Kerhorel, d'un voleur encore inconnu, qui, après avoir fracturé sa petite voiture [...] en a soustrait le porte-monnaie qui renfermait une somme de 69 fr 50, recette de la journée.

 

Brasparts - Il battait sa femme - Hélias Sébastien Pierre, 32 ans, journalier, est un ivrogne, il est redouté de ses voisins, car il est brutal et méchant, sa femme n'est pas des plus heureuses avec lui. Le 23 juillet, il était ivre, il battit sa femme furieusement, les voisins furent obligés d'intervenir. Un mois de prison."

Ar Bobl, n° 348, 26 août 1911

 

[PNG] la feuillee meurtre rixe 11 03 1905.PNG

                                                                                    Le Courrier du Finistère, 11 mars 1905

 

[PNG] Plounevezel meurtre 04 03 1905

                                                                                       Le Courrier du Finistère, 4 mars 1905

 

  En juin 1914, Carnoët est le théâtre de délits dans lesquels les cléricaux soupçonnent la main des rouges...

  Carnoët - Vols, mutilations, déprédations.

Dimanche soir 7 juin, des malfaiteurs se sont introduits dans le jardin des soeurs du Saint-Esprit à Carnoët. Il y ont décapité une statue, étendu deux autres statues côte à côte par terre et placé sur celles-ci un banc de classe d'écoliers sur lequel ils ont posé un grosse branche qu'ils ont éclatée d'un poirier du jardin.

  Ils ont aussi déplanté et laissé sur place une grande quantité de choux et poireaux, percé le poulailler, y ont passé le bras pour prendre des oeufs dont les coques ont été laissées par terre.

Ils ont cassé des branches de plusieurs fruitiers, cueilli des fraises et enlevé deux lapins du clapier, un troisième lapin a été pris mais il a pu s'échapper de leurs mains car, le lendemain matin, un voisin l'a trouvé dans son champ et l'a apporté aux soeurs qui l'ont reconnu"

Ar Bobl, n° 495, 13 juin 1914


Un Kergloffiste qui n'honore pas sa commune natale:

[PNG] Kergloff evasion bagne Courrier29 20 08 1910.PNG

                                                                               Le Courrier du Finistère, 20 août 1910

 

   Il arrive même que des institutrices en arrivent aux mains... (Le Courrier du Finistère, 1er juillet 1905)

[PNG] spezet institutrices Courrier29 01 07 1905.PNG                                                             

L'hebdomadaire morlaisien "l'Echo du Finistère" (1905-1912) fait état du conflit entre les boulangers et leurs clients à propos du prix de vente du pain (Huelgoat, Poullaouen, Châteauneuf-du-Faou)

[PNG] Boulangers Huelgoat n° 98 19 10 1907.PNG

                                                                                                      N° 98, 19 octobre 1907

 

[PNG] prix du pain Poullaouen n° 199 25 09 1909.PNG                                                                                                   N° 199, 25 septembre 1909

 

[PNG] prix du pain CHF n° 197 11 09 1909.PNG                                                                                               N° 197, 11 septembre 1909

 Et, malheureusement,  la corrélation entre folie et crime; ainsi à Kergloff en 1905

[PNG] kergloff un fou 18 03 1905.PNG

                                                                                          Le Courrier du Finistère, 18 mars 1905

 

AUTRES EXEMPLES, SURTOUT MORBIHANNAIS, CLASSES PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE... 

    "Locmalo - Vol de phosphate - M. Ludovic Le Gallic de Kerizouet, 59 ans,  propriétaire à Locmalo, et président du syndicat agricole du canton de Guémené-su-Scorff, a déclaré à la gendarmerie que, sur les 1200 sacs de phosphate reçus pour le susdit syndicat agricole, 73 ont disparu de l'endroit où ils étaient provisoirement déposés [..] On a vu un charretier enlever 25 sacs environ [...] Ce vol a vrraisemblement été commis par plusieurs personnes"

Le Républicain de Pontivy, 2 juillet 1905 

"Gourin - Jean Le Mestre, Louis Pruel, Jean Derrien et Louis Charnot, âgés de 11 et 15 ans, inculpés de vol de fruits dans des jardins, sont acquittés en raison de leur jeune âge; leurs camarades, Eugène Le Barzic et Albert Le Bihan, qui ont vol important, commis en commun, à leurs dossiers, sont condamnés à 15 jours de détention dans une maison de correction"

L'Avenir du Morbihan, 30 septembre 1905  

"Gourin - Plainte - Cougard François, marchand de vaches à Kerampuil en Plouguer, arrondissement de Châteaulin, a déposé une plainte contre un cultivateur de Keremer, en Gourin, qui l'aurait frappé de deux violents coups de bâton lorsqu'il se rendait à la gare de Gourin, après le marché, prétendant qu'il ne lui avait pas payé les deux vaches qu'il lui avait vendues précédemment"

L'Avenir du Morbihan, 28 octobre 1905

"Gourin - Question d'intérêts   Une question d'intérêts a divisé deux fiancés . Le fiancé réclamant un versement quelconque d'argent se le serait vu refuser et aurait déposé une plainte"

   Le Républicain de Pontivy, 5 août 1906

"Saint-Caradec Trégomel - UN DOMESTIQUE MALTRAITE - Le jeune Bodergat Pierre, âgé de 8 ans, avait été placé comme domestique chez un cultivateur de Berné. Ces jours derniers, cet enfant revint à la maison paternelle. Son père le questionna et l'enfant répondit que son maître et le fils de celui-ci l'avaient frappé à coups de pieds et de poings parce qu'il avait laissé deux vaches après lui dans la lande. Le père du petit domestique, après avoir fait visiter son enfant par un médecin, a porté plainte contre le patron méchant"

 Le Républicain de Pontivy, 16 septembre 1906

 Au-delà des faits, quid de l'obligation scolaire ?

 

"Le Faouët - Arrestation - La gendarmerie du Faouët a arrêté et conduit à la maison d'arrêt de Pontivy le jeune Yves Hervé, 15 ans, sous l'inculpation de vol de beurre, oeufs, chemise, pantalon au préjudice de plusieurs personnes du Faouët et de ses environs.

   En voilà un qui promet bien et qui ne craint pas de se se faire mettre à l'ombre et à l'abri du mauvais temps"

L'Echo du Morbihan, 7 juin 1908 

 "Gourin - Sauvage agression - M. Pouliquen, habitant au bourg de Gourin, était allé en compagnie de son fils, visiter sa propriété de Penhoat, sur la route de Roudouallec, quand il s'aperçut qu'un voisin avait capté les eaux qu'il empêchait de venir dans sa prairie; il lui fit des remontrances et la discussion s'envenima. Tout d'un coup, M... , le voisin, donna un coup de râteau sur la tête de M. Pouliquen.

   Ce dernier, la figure couverte de sang, revint à Gourin se faire panser et déposer une plainte contre son trop brutal voisin"

Le Progrès du Morbihan, 17 avril 1909

 

"TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE PONTIVY

Guiscriff - Bertrand Carduner, 35 ans, a laissé le 4 juillet dernier ses chevaux divaguer sur la voie du chemin de fer - 16 F d'amende avec sursis.

Ploerdut - Julien Malicol, 67 ans, chapelier originaire de Ploerdut, est condamné à 8 jours de prison pour vagabondage et mendicité.

Priziac - Jean-Marie Guillemot, 25 ans, et sa femme, Marie-Anne Jeffredo, demeurant à Beg-Lannen Priziac, poursuivis pour coups et blessures à leur voisine, la femme Boursicot, sont condamnés chacun à 25 F d'amende.

Ploerdut - Au village de Konnes en Ploerdut, François Thomas, 25 ans, monté dans un cerisier, en mangeait les fruits. Survint le propriétaire, Pierre Forestier, qui tenta de le chasser à coup de cailloux. Mal lui en prit car Thomas descendit de l'arbre et flanqua une tournée à Forestier.  Coup pour Thomas: 50 F d'amende".

  Le Progrès du Morbihan,   1er septembre 1909

[PNG] Ploerdut blocard voleur en prison Echo 56 27 03 1910

 

L'Echo du Morbihan, 27 mars 1910

   Un blocard est un partisan du Bloc des Gauches, alliance électorale entre Républicains de gauche (Poincaré), Radicaux (Combes), Radicaux-socialistes (Caillaux) et certains socialistes.


"LA FIEVRE APHTEUSE - La brigade de gendarmerie a dressé 37 procès-verbaux contre des cultivateurs qui, ayant amené du bétail à la foire de cette localité, ne s'étaient pas conformés aux prescriptions de l'arrêté préfectoral du  4 août 1911 sur la fièvre aphteuse et avaient omis de prendre le certificat d'origine indispensable pour circuler en toute sécurité"

    L'Echo du Morbihan,  10  septembre 1911

 

"Scrignac - UNE NOCE MOUVEMENTEE - La semaine dernière, mardi, M. Jaffrennou et Mlle Paul, qui venaient de se marier dans la journée, arrivaient, suivis de leurs invités, au village de Trinivel, pour y banqueter. Comme ils passaient près d'un moulin, ils trouvèrent la route barricadée et, suivant la coutume, les deux domestiques du moulin réclamèrent le droit de passage. Sur le refus du nouveau marié, qui avait coupé la corde, ils s'emparèrent de lui  et le jetèrent à l'eau.

  Les amis de M. Jaffrennou se fâchèrent et on se battit, tandis que le nouveau marié se débattait dans le courant où dut aller le chercher un des domestiques"

 Le Courrier du Finistère, 1er février 1913


Ni la propension de certains fonctionnaires à la paresse ou au népotisme

Ainsi le cantonnier de Langonnet est-il sur la sellette en 1912...


[PNG] Langonnet paresse cantonnier Echo 56 18 02 1912

L'Echo du Morbihan, 18 février 1912

 

En 1906, l'instituteur public de Gourin est le point de mire des Blancs....

     "UN INSTITUTEUR VEINARD

M. Kergaravat Jean-Louis, 48 ans, directeur de l'école publique à Gourin, est né dans cette commune. Ses parents étaient de fort honorables cultivateurs qui l'élevèrent chrétiennement puis le confièrent aux soins des Frères de Gourin où il reçut une instruction aussi complète que le permettait sa modeste intelligence. A la fin de ses études, un picotement de religiosité traversa son âme; il entra au noviciat de Ploërmel, prononça les voeux habituels et s'appela "Frère Cornélius".

   Tout d'un coup, la vocation lui parut lourde: il quitta la Congrégation et entra dans l'enseignement laïque avec le grade d'adjoint [...] et il eut le toupet de se faire nommer directeur à Gourin, où il fit concurrence à l'école congréganiste [...] Il se maria dans le pays. Sa femme mourut. Il se remaria avec une institutrice du Faouët, qui fut nommée à Gourin...adjointe à ...l'école des garçons. Avec l'Inspection académique comme avec les lois, il y a pour ces Messieurs et Dames des accomodements.

   La tribu, de ce fait, ne s'accrut pas, mais les enfants de la première femme avaient grandi; il fallait les caser. Comme ce fut simple !!! Le fils aîné, Jean-Louis, fut nommé deuxième adjoint, c'est-à-dire second de sa belle-mère. Un troisième poste vient d'être créé. La place est faite.... pour qui ? Pour le deuxième fils de Cornélius...naturellement.

   Voilà donc une école de garçons qui comprend à sa tête, père, mère, deux fils: n'est-ce pas scandaleux ? Quelle autorité Cornélius peut-il avoir sur sa femme et ses deux fils ? Je me suis laissé dire qu'à l'occasion il est prié d'aller voir à  Carhaix si les ardoises dégringolent. Il y a un troisième fils, dix-sept ans, pour lequel on prépare aussi un petit coin. En attendant, est-il vrai que très souvent il remplace en classe sa belle-mère empêchée pour un motif ou pour un autre de remplir ses fonctions ? [...]

   M. Kergaravat est médaillé d'argent et porte les palmes académiques; sa femme est officier de l'Instruction publique [...] Un hectare et demi de terrain arrondit la commodité de l'école publique; M. Cornélius possède deux vaches nourries aux frais de la commune; la maison de l'instituteur comprend seize chambres et un cabinet, autrefois destinés au Frères.

   Au total, les Kergaravat touchent en bel argent, chaque année la somme de 8550 F, avec le logement pour rien, le terrain et les deux vaches à lait et à veaux"

     La Croix du Morbihan , 7 octobre 1906

Un ouvrier qualifié gagne environ 1500 F l'an






Dernière modification le 14/04/2017

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