Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Une synthèse des idées défendues par Ar Bobl  apparaît dans l'article ci-dessous

 

 Deskadurez ha dallente

  En hon amzer, an holl dud, koulz lavaret, a oar lenn ha skriva. Mez ma c'houzomp lenn ha skriva, eul lodennik bihan hebken ac'hanomp a c'hell lavaret en gwirionez  ez int desket mad. Kalz a zo en hor Breiz ha na gomprenont ket mad al levriou nag ar c'hazetennou skrivet e iez Bro-C'hall hag abalamour da ze n'e lennont morse.

   Beza zo avad en peb parrez eun neubeudig all hag o deus, mar plich, resevet eur "certificat d'études" a-benn kuitaat ar skol. En devez m'o doa bet an tam paper-ze oa lorc'h enno ha sonjal a rea d'ezo oant doktored. Pa ia ar doktored-ze d'ar foar, pe e kear da ober eur gefridi bennag, e gemeront ar gazetenn. Peseurt gazetenn ? Unan gallek na petra 'ta ! Unan brezonek ne ve ket enorapl awalc'h. Lenn a reont an traou prinsipala a zo war ar journal ha ken avanset e vezont aliez arok kregi er journal evel pa lakeont anezan en ho godel. Mez an enor da ziskouez d'ar mignoned e lennont eur gazetenn gallek a dalv eun dra bennag, ac'hanta ! [...] Kredi a reont ar Vretoned n'int ket gwest da skriva evel ma ra ar C'hallaoued. Mad eo, a dra zur, beza sklerijennet war an traou a dremen en hon amzer en Bro-C'hall hag en Breiz. Eun dever eo evit peb Breizad a galon klask interest ar Vro, ha mad eo ivez deski pellaat diouthi kement grizienn fall a zo oc'h e ampoezoni.

  Dre an deskadurez ha drezhi hebken eo e teufomp a-benn da netaat douar hor Bro ha da chaseal diouthi evit ato an holl amprevaned a zo ennhi, deut euz an Estranjour, evit karga o c'horf hag o ialc'h diwar goust c'houezen al labourer-douar, ar c'honversant hag ar micherour.

   Pa deu ar mare da daoler er voest ar billet-vot, ho ! Neuze avad an hini zo war ar rank da vont da zepute, a oar dre 'n envor an traou a ve mad da ober evit ar vro, lakat a raï an heol da bara hag ar glao da goueza. Pa vezo digouezet en Pariz en Kambr an Deputeed, n'anavez man ebed ken, nemed an hent da vont da gerc'hat e bemp mil skoed. Lezel a raï da zevel o mouez er Gambr, eur vanden kannaded paët gant an Estranjour evit an dismantri an traou a zo kaër hag enorapl en hor bro. Lezel a raï kas pell deuz bro o c'havell an dud -ze pere na c'houlennent nemed ober vad en eur veva. Lezel a raï da c'haloupat ar vanden beillevoded danjiruz a zo brema skignet e pevar c'horn ar Franz o p'houez tan ar gounnar eneb an urz vad.

 Piou a vezo kaoz da ze ? Kement den a lenn gazetennou kontrol d'an urz vad hag a gred ar c'homzou a zo enno. An dud-ze hepken, berr ar spered ha kam o c'houstianz : ar re-ze a zo a du gant potred an draill, ar re-ze a laka ar poultr hag an tan e daou vean-diazez peb bro sivilizet, ar relijion hag ar garante.-bro. An hanter doktored-ze, pere gav d'ezo n'euz hent mad ebed evit sovetei ar bro nemed an hini a gemeront, a zo bourrevien ar Republik honest ha leal, hag ar pez a zo gwasoc'h, deski a reont d'ar re na lennont ket an holl gredennou o deuz desket o-unan er c'hazetennou-ze.

 An dud a spered, an dud desket mad, ne gredont ket ar seurt teoriou-ze ivantet gant ar Juzevien evit dismantri Franz pehini a c'houarnont hirio. Lavarit d'in, c'houi ha n'och ket gwerzet, lavarit d'in petra vije Franz heb soudarded ? Henvel e ouz eun tiegez ha a deui al laër ennan, p'en devezo c'hoant.

  Petra eo eun den heb eur greden ? Eun den heb kreden n'en deuz na kalon na koustianz, laërez a raï e nesa, hen laza zoken hep skrupuill, n'euz nemed ar jandarm a gement aoun d'ezan. Stank int hirio, an dud gonezet gant komzou flour ebestel an Estranjour, stank int in c'heariou, ha stankaat a reont ivez war ar meaziou. Taoler a reont kuit an had mad diwanet var douar o Bro, hag had a reont en blas dreok evit ampoezoni an douar.

  Gortozomp eun neubeudig amzer c'hoaz, hag e klevimp koulz war ar meaz evel en kear "au fumier le drapeau français !". Ha neuze, pa vezo gwelet o pourmen en ilizou hag er c'hazarniou, ar razed hag ar lapoused-noz, neuze ar Prusianed a c'hoarzo hag a lavaro eur eur zellet ouz ar stad en pehini a vezo rentet Franz: "Hao mad eo ar beren, poënt eo hi debri !"

 Eun dever eo eta evidomp-ni, Bretoned, sklerijenna hor spered ha bleina hor c'houstianz war hent ar peoc'h er Vro. Eun dever evidomp-ni, tud deuz ar memez ouenn, kregi an eil e dorn egile evit rei war e fri d'an hini a deufe da esa hon distret diwar hent ar peoc'h hag al librente en hor Bro.  Eun dever evidomp-ni, pere a zo gwasket gant ar C'hallaoued, skuba er-meaz euz hor bro an amprevaned Estranjour a deu beteg ennomp evit suna gant hor gwad ar mel deuz hon eskern.

    Stlejomp eta er-meaz al lornac'h a zo  o karga o c'horf hag o ialc'h diwar goust c'houezen ar micherour, ar paizant hag ar c'honversant.

   Loeiz Ar Floc'h

 Instruction et cécité

 A notre époque, tous, dit-on, savent lire et écrire. Mais si nous savons lire et écrire, une toute petite partie seulement peut affirmer être véritablement instruite. Beaucoup, en Bretagne, ne comprennent pas le contenu des livres ni des journaux rédigés en français et cela parce qu'ils ne lisent jamais.

 Cependant, dans chaque commune vivent quelques titulaires du certificat d'études. Le jour où, abandonnant l'école, ils ont reçu ce morceau de papier, ils se sont enorgueillis d'être des "docteurs". Lorsque ces puits de science se sont rendus à la foire ou en ville pour y faire une commission quelconque, ils ont acheté le journal. Quel journal ? Une feuille en français, évidemment ! Une gazette en breton n'aurait pas été assez honorable. Ils lisent les choses essentielles contenues dans le journal et, avant d'avoir saisi ce qu'ils lisent, ils sont souvent aussi avancés que s'ils avaient laissé le journal dans leur poche. Mais la vanité de pouvoir montrer qu'ils lisent un journal rédigé en français, cela n'est pas rien ! Les Bretons croient qu'ils ne sont pas capables d'écrire comme le font les Français. Certainement, il est utile d'être au courant des événements actuels qui se déroulent en France comme en Bretagne. C'est un devoir, pour un Breton véritable, de s'intéresser au Pays et il est bon aussi d'apprendre comment éloigner de nous les choses cruelles qui  empoisonnent notre existence.

   Par l'instruction et seulement elle, nous parviendrons enfin à nettoyer notre pays et à en chasser à jamais toutes les canailles venues de l'Etranger pour se remplir la panse et la bourse aux dépens de la sueur du cultivateur, du commerçant, de l'ouvrier. 

     Quand vient l'époque de mettre dans l'urne un bulletin de vote, ho ! alors l'emportera le candidat à la députation qui a gardé en mémoire ce qui est bon pour le Pays, celui qui fera la pluie et le beau temps pour les moissons et la pain. Quand il sera membre de la Chambre des députés, à Paris, il ne souciera plus d'un seul électeur, et ne saura  qu'aller chercher ses 5 000 écus. Il laissera la parole à la Chambre à une bande de députés achetés par l'Etranger pour détruire les choses  avantageuses et honorables de notre pays. Il laissera bannir de leur pays de naissance ces gens qui ne demandaient que passer leur vie à faire le bien. Il laissera en liberté une bande de dangereux vauriens qui se répandent aux quatre coins de la France afin semer la haine du bon ordre.

  Qui sera responsable de cela ? Chaque individu qui lit des journaux hostiles à un ordre équitable et croit dur comme fer à ce qui y est écrit. Ces personnes seules sontd'intellgence médiocre et de conscience tordue, ce sont celles qui soutiennent les fauteurs de désordre, ceux  qui répandent la poudre et mettent le feu aux deux piliers de tout état civilisé: la religion et le patriotisme. La moitié de ces "docteurs", parce qu'ils estiments qu'il n'ya d'autre voie salutaire que celle qu'ils empruntent, sont les massacreurs d'une République honnête et loyale et ce qui est pire, ils enseignent à ceux qui ne lisent pas toute l'idéologie qu'ils ont eux-mêmes apprises dans ces journaux.

 Les gens intelligents, instruits ne croient pas à ces théories inventées par les Juifs afin de ravager un pays qu'ils gouvernent aujourd'hui. Dites-moi, vous qui n'êtes pas corrompus, dites-moi ce que serait la France sans soldats. Comme une famille qui aurait accueili contre son gré un voleur, qui aurait pénétré quand et comme il voudra.

    Qu'est un athée ? Un athée n'a ni coeur ni conscience, il volera ses proches, il tuera même sans scrupule, et même un gendarme le craindra. Ils sont nombreux aujourd'hui, les individus corrompus par les propos hypocrites de l'Etranger, ils se pressent dans les villes et envahissent aussi les campagnes. Ils arracheront des champs de Bretagne le bon grain qui y a germé  et ils y sèmeront l'ivraie afin d'empoisonner la terre agricole.

       Attendons quelque peu et nous entendrons, dans le campagnes comme en ville, le cri "au fumier le drapeau français !". Et alors, quand on pourra voir dans les église et les casernes se promener les rats et les oiseaux de nuit, alors les Prussiens riront et et s'écrieront, après avoir jeté un oeil sur la situation à laquelle sera réduite la France: "Le coq est bien ligoté, il est temps de le dévorer !".

  Un devoir impérieux pour nous, Bretons, est d'éclairer notre esprit et de guider nos consciences sur le chemin de la paix civile. Un devoir pour nous, gens de la même race, est de frapper des deux mains sur le nez d'un individu qui s'aviserait de nous détourner, dans notre Pays, du chemin de la paix et de la liberté. Notre devoir, à nous qui sommes étouffés par les Français, est de balayer hors de notre pays la vermine déposés par l'Etranger, venu jusque chez nous afin de sucer, avec notre sang, la moëlle de nos os.

Débarrassons-nous donc des immondices qui nuisent aux  corps et aux bourses de l'ouvrier, du paysan et du commerçant, condamnés à suer au travail.

Louis Le Floc'h

Ar Bobl, n° 162, 2 novembre 1907 Traduction: Jean Yves Michel, janvier 2015

 Les dichotomies  Bretagne-France; langue bretonne - langue française; patriotisme-internationalisme; révolutionnaires- conservateurs; villes-campagnes

Les tares du parlementarisme (corruption, lâcheté)

L'antisémitisme (L'Affaire Dreyfus s'achève par la réhabilitation du capitaine israélite, par la victoire des Dreyfusards)

L'immigration, vecteur de la  xénophobie (Italiens installés dans le Midi, Allemands installés à Paris)

Le rôle positif de l'instruction dispensée dans les "bonnes écoles", l'exil regrettable des congrégations charitables et enseignantes

La nécessité d'une armée

Un complexe de persécution, un complexe à la fois d'infériorité et de supériorité

 

Ar Bobl hésite en permanence entre l'attachement à la Grande Patrie (la France, républicaine, menacée d'une nouvelle invasion allemande) et la dévotion à une Bretagne, martyrisée par la France; de ce point de vue, ar Bobl oscille continuellement entre la revendication d'une autonomie (Parlement breton, enseignement en breton) et le souhait de l'indépendance de la Bretagne.







Dernière modification le 16/05/2017

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