Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

 

                                                                                                      Page complétée en février et mars  2017

   Afin d'avoir un regard le plus étendu possible, on a eu recours à des entrefilets de journaux morbihannais de la "Belle Epoque"

 

1)  La mort….

a) Accidentelle

Le dangereux métier de carrier à Gourin..

"TERRIBLE ACCIDENT DE CARRIERE -Gourlaouen Pierre, âgé de 21 ans, employé à la carrière de M. Conan, à Menez-Clun en Gourin, était occupé avec quatre autres ouvriers à faire monter d'un puits de 30 mètres de profondeur, un bloc d'ardoises pesant près de 800 kilos. Gourlaouen devait, lorsque cette énorme pierre serait suspendue à la chaîne de la grue, la diriger lentement sur un chariot pendant que ses compagnons de travail la feraient redescendre. Cette manoeuvre réussit très bien, mais la pierre était trop lourde pour le chariot qu'elle fit pencher légèrement: une clavette se retira et le pont-levis sur lequel les ouvriers se trouvaient s'abaissa et le malheureux jeune homme tomba avec le bloc d'ardoises et le chariot dans le trou béant. Ses compagnons qui venaient de l'échapper belle, se portèrent au secours de Gourlaouen, mais celui-ci ne donnait plus signe de vie. La mort avait été instantanée.

  L'infortuné jeune homme était revenu du service militaire comme soutien de famille il y a dix jours à peine."

      Le Républicain de Pontivy, 15 octobre 1905

Meslan:

      "Un accident mortel est survenu mardi matin au village du Runo. Madame Dréant, ménagère, voulut monter dans le grenier de son écurie afin de voir si ses poules avaient pondu. Elle grimpa donc par la fenêtre mais  tout à coup ses voisins entendirent un bruit sourd. Ils accoururent aussitôt et trouvèrent la malheureuse étendue sans connaissance sur le sol. Près d'elle étaient deux grosses pierres qui s'étaient détachées de la maison. L'une lui avait fait à la tête une profonde blessure. [...] L'infortunée ménagère rendait le dernier soupir deux heures plus tard.

  Ele était âgée de 42 ans et était mère de quatre enfants. Son mari est parti il y a trois semaines pour chercher du travail du côté de Lorient"

Le Réveil de Pontivy, 26 mai 1912

 Guiscriff:

                    "Horrible mort d'une femme - La nommée Huiban Marie, 75 ans, célibataire, demeurant à Penguily, en Guiscriff, fut mordue à la jambe, ces jours derniers, par un chien de berger.

             Afin de cautériser la plaie, Marie Huiban versa du pétrole sur la blessure et ensuite y mit le feu. Aussitôt les flammes jaillirent et prirent à ses vêtements.

         A ses cris, des voisins accoururent, mais la pauvre femme succombait à ses brûlures avant que l'on ait pu éteindre le feu" 

                          Echo du Morbihan, 25 septembre 1909

Priziac:

       "DEVOREE PAR UNE TRUIE - Dans la journée de lundi une domestique de M. Yves Caubic, cultivateur

à Kerlocazo, en Priziac, déposa dans l'écurie de son maître un enfant du sexe féminin. Des voisines entendant les cris de l'enfant nouveau-né, pénétrèrent dans l'écurie et trouvèrent la domestique Marie Josèphe Cadet, agonisante, par suite d'une hémorragie qui s'était déclarée.

    En même temps, un spectacle horrible s'offrit à leur vue. Une truie, qui était dans l'écurie, était en train de dévorer l'enfant. La bête avait déjà mangé les deux pieds de la petite fille jusqu'au-dessus de la cheville. La mère et l'enfant furent immédiatement transportées à la maison, mais malgré les soins qui leur furent prodigués, la mère mourut presqu'aussitôt et la fillette quelques instant après."

                 Echo du Morbihan, 14 novembre 1909

Kergrist:

     "UN CULTIVATEUR MEURT ETOUFFE - Ces jours derniers, M. Julien Le Sourn, 48 ans, cultivateur au Lié en Kergrist, avala par mégarde un petit os qui lui resta dans la gorge. L'intervention d'un chirurgien fut jugée nécessaire et une opération fut pratiquée. Malheureusement, tout a été inutile et le malheureux cultivateur  est mort hier des suites de ce terrible accident"

Le Réveil de Pontivy, 31 mars 1912

 

Meslan:

    "TREIZE MAISONS BRULEES - Un incendie  a détruit, vendredi 3 septembre, à 1 heure de l'après-midi, une partie du village de Kervellen, en Meslan. Deux femmes ont trouvé la mort dans les flammes, sans avoir pu être secourues.

    Les immeubles incendiés consistent en treize bâtiments formant l'habitation et les dépendances des fermes Perrou, Louis Stéphan, Perron, Louis Daniel et veuve Bacon. Le bétail seul, qui était aux champs, a été préservé.. Les victimes sont: Mathurine Le Guiff, veuve Cloarec âgée de 43 ans et Louise Le Marre, âgée de 24 ans. En voulant sauver un banc-coffre renfermant leurs vêtements, elles se sont trouvées emprisonnées à l'intérieur de la maison, par l'écroulement de la toiture en chaume, qui, en tombant, a complètement obstrué la porte. La veuve Cloarec était mère de quatre enfants, dont le plus jeune est âgé de 10 ans. Les pertes des sinistrés s'élèvent à 14 000 francs (1), non  compris celles du propriétaire. Il sont tous assurés.

  Lorsqu'on a retiré les cadavres des décombres, ils étaient méconnaissables. Ils ont pu être identifiés au moyen de leurs sabots"

L'Echo du Morbihan, 12 septembre 1909

(1) 14 000 francs-or équivalent, en pouvoir d'achat de 2016, environ 280 000 euros

 

 Les expéditions coloniales : "l'or et le sang de la France" (Clémenceau)

"LE FAOUET -Parmi les légionnaires tués dans l'un des derniers combats au Maroc, se trouvait le légionnaire Jamet, dont la famille habite le village de Kerdudou, au Faouët.

  L'infortuné  Jamet n'avait plus que cinq ans de service à faire pour avoir droit à une pension. Il avait sept frères ou soeurs. L'un est gendarme à Etel, un autre marin et détaché à Madagascar, un troisième ouvrier à l'arsenal de Lorient"

  L'Echo du Morbihan, 28 mai 1911


b) par suicide

[PNG] carte suicides 1905-1914

L'esprit contestataire caractérisant cette fameuse "diagonale" qui court ici de Bourbriac à Coray, se manifeste-t-il à travers la désobéissance à l'égard de l'interdiction formelle du suicide, qui conduit le contrevenant, sans passer par l'église, au "cimetière noir" ?

 

Des cas de suicide, relevés dans des journaux du Morbihan et du Finistère...

Mellionnec:

  " Un pendu -  Le nommé Le Poul Jean, 50 ans, cultivateur à Restambleysse, en Mellionnec (Côtes-du-Nord), a été trouvé par le sieur Le Fur François, cultivateur, pendu à une branche d'arbre, situé à Kerleau en Persquen. Le malheureux était parti de son domicile le 28 juillet, vers 6 heures du matin, emportant avec lui une somme de 510 Fr (1)., destinée à acheter des boeufs. On n'a trouvé dans ses poches que la somme de 3 fr. 15.

   Le Poul, à son retour de la foire de Bubry, rentra chez Mme Le Lorrec, femme Le Nezet, débitante, au bourg de Persquen pour prendre une consommation et, avant de partir, il lui dit qu'il avait perdu de l'argent mais sans dire quelle somme. Sa famille fut prévenue. Son gendre, le sieur Faliguerho, 30 ans, cultivateur à Restambleysse, reconnut le cadavre de son beau-père et déclara que, sans doute, le chagrin d'avoir perdu son argent l'aurait poussé à se suicider"

                      Echo du Morbihan, 8 août 1909

(1) 510 F-or de 1909 "valent" (en pouvoir d'achat) environ 10 200 euros de 2016

Gourin:

  "UNE VIEILLE FEMME TUEE PAR LE TRAIN - Louise Jaouen, veuve Le Floc'h, âgée de 66 ans, habitait le village de Kerflous situé à 3 kilomètres de Gourin, sur le bord de la voie. Dimanche après-midi, [...], au moment de l'arrivée du train de 2 heures et demie qui va sur Carhaix, et attirée sans doute par la locomotive, la pauvre vieille franchit le ballast comme si elle voulait en finir avec la vie. La locomotive la heurta près de la tempe et la rejeta sur le côté; le chasse-pierres lui fit une plaie béante au genou et la roue lui broya une main, malgré les efforts du mécanicien qui essaya inutilement d'arrêter sa machine [..]

   La malheureuse avait cessé de vivre. [...] Le juge de paix et son greffier firent une enquête rapide et apprirent que, par suite de chagrins domestiques et de son âge avancé, Louise Jaouen avait de temps à autre des idées bizarres et parlait souvent d'en finir en se jetant sous le train. C'est probablement dans un de ces moments de folie que la pauvre vieille s'approcha du train et se fit tuer"

                                 Progrès du Morbihan, 10 avril 1909

 

   Plounévézel:

  "Suicide d'un vieillard - Plusieurs fois déjà, Vincent Le Berre, âgé de 73 ans, journalier, demeurant au Pont-Neuf, en Plounévézel, ne pouvant plus travailler, avait manifesté l'intention de mettre fin à ses jours; car, disait-il, il ne voulait pas être à la charge de sa femme. Pourtant, il profitait d'une petite somme de 20 francs de l'assistance publique. Mais personne ne faisait attention à ses propos.

    Cependant, échappant à la surveillance de sa femme, il s'est pendu, samedi, à l'échelle de sa chambre"

                                   Courrier du Finistère, 24 octobre 1908 

Langoëlan:

    "Un suicide - Décidé à en finir avec la vie, Lemestre exprima ses intentions à son ami Poulizac et  lui offrit sa montre en souvenir . Poulizac essaya de faire son ami changer de résolution, mais ce dernier le prévint que s'il s'opposait à sa détermination, il allait le tuer avec son fusil et le coucha en joue. Ce que voyant, Poulizac s'écarta. Il n'avait fait que quelques pas quand une détonation retentit: son ami n'était plus"

                                              Réveil breton, 19 mai 1907

 

      Guiscriff:

           "L'AMOUR QUI TUE - Pierre Caderon, matelot sur le "Lavoisier", âgé de 22 ans, [...] alla le dimanche de Pâques rendre visite à une jeune fille du village de Guénon, Mlle Louise M... âgée de 20 ans, à laquelle il demanda sa main.

    Cette honnête fille répondit qu'elle voulait réfléchir. Quand quelques heures plus tard, il rencontra Louise M... accompagnée de ses parents, il renouvela sa demande en mariage, mais il lui fut répondu: "Vous êtes libérable en novembre prochain et d'ici là nous avons le temps de réfléchir". Cette nouvelle réponse jeta-t-elle le trouble dans le cerveau du jeune homme ? C'est fort probable car, quelques instants plus tard, Caderon alla se pendre, à l'aide de sa ceinture, à une branche de chêne dans le bois de Stanguély en Guiscriff. Son cadavre ne fut retrouvé que le lendemain matin par sa famille qui s'était mise à sa recherche"

                                           Progrès du Morbihan, 17 avril 1909


c) La faiblesse de l'espérance-vie serait-elle dûe à une désertification médicale naissante ?

"Cléguérec - Les malades réclament

Il y aurait, paraît-il, grève des médecins à Cléguérec, 3000 habitants, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Pontivy. Aucun médecin ne veut s'installer dans ce patelin. Naturellement, il n'y a pas davantage de pharmaciens. Les malades réclament..."

Ar Bobl, n° 203, 14 novembre 1908

d) Ou bien à l'infanticide ?

Le Faouët

  "La fille Le Bars, âgée de 18 ans, cultivatrice au village de Kerlis, vient d'être arrêtée sous l'inculpation d'infanticide. Pour se débarrasser de son enfant nouveau-né, sans éveiller les soupçons de ses voisins, elle l'a enfermé dans une malle où, quelques jours après, on le trouvait sans vie" 

    Journal de Pontivy et de son arrondissement, 23 avril 1905

Kergrist:

    "INFANTICIDE - A la fin de la semaine dernière, on a découvert dans un puits au village de Perchernic, en Kergrist, le cadavre d'un enfant nouveau-né.

    Le séjour du petit corp dans ce puits, qui appartient aux époux Allano, paraît devoir remonter à un mois ou six semaines. Et les habitants de ce village buvaient de cette eau. C'est Madame Allano, qui en tirant elle-même de l'eau, crut apercevoir un morceau de viande dans le puits et prévint son mari, lequel, avec un croc, retira le cadavre. L'auteur de ce crime vient d'être découvert et incarcéré à la prison de Pontivy.  C'est une nommée Françoise Jouan, âgée de 44 ans et domiciliée à Saint-Connec dans les Côtes-du-Nord.

   Cette mère criminelle était venue le mois dernier mettre au monde son enfant chez sa soeur qui habite le village de Perchernic"

Le Progrès du Morbihan, 17 juillet 1909


e) Ou bien à l'activité de faiseuse d'anges ou de cataplasmes douteux ?

  "Carhaix - Condamnation - Madame Maryvonne Goasdoué, veuve Merle, âgée de 76 ans, de Carhaix, a été condamnée par le tribunal de Châteaulin, sur poursuite du Parquet, à 500 F d'amende (1) pour exercice illégal de la médecine"

Ar Bobl, n° 139, 25 mai 1907

(1) Environ 7500 euros 2016

f) ou à l'épidémie ?

"Ar languiz"

Ar Bobl, n° 303, 15 octobre 1910

La tuberculose exerce des ravages...

"Saint-Hernin - la dysenterie

Le terrible fléau qui avait fait tant de ravages  il y a deux ans, a fait sa réapparition dans notre commune. Les malades sont de plus en plus nombreux et il ne se passe pas de journée sans qu'il y ait un décès provoqué par la dysenterie"

La Dépêche de Brest, 30 septembre 1904

 

Langonnet:

    "MORT DU MAIRE

    M. Droual, maire de Langonnet, est mort dimanche soir, vers minuit, à l'âge de 42 ans, emporté par la fièvre typhoïde après une vingtaine de jours de maladie. Ses obsèques ont eu lieu mardi dernier, au milieu d'une nombreuse assistance. M. Droual aurait fait un bon paysan s'il ne s'était laissé accaparer par les mauvais politiciens [...] Huit jours avant, il avait eu la douleur de perdre, de la même maladie, une jeune fille de 15 ans".

Echo du Morbihan, 28 septembre 1913 

 

[PNG] la grippe publicité pinj Journal Py 31 03 1907.PNG

Journal de Pontivy et de son arrondissement, 31 mars 1907

 

La Feuillée est durement touchée en 1909 par une épidémie de méningite cérébro-spinale....

" Motreff - Dysenterie - Au village de Trévourec, sur quatre cas, trois ont été suivis de décès"

Ar Bobl, n° 252, 23 octobre 1909


Kergloff  - « Une épidémie de dysenterie a fait 6 morts »

Ar Bobl, n° 351, 17 septembre 1911

   La dysenterie, qui atteint les intestins, provoquant coliques et diarrhées sanguinolentes, est souvent dûe à des eaux souillées par du purin, à l’absorption d’aliments en voie de putréfaction, bref à un manque criant d’hygiène alimentaire…

g) A l'alcoolisme ?

« Alcoolisme – Consommation de vin en hectolitres

Année              Finistère           Côtes-du-Nord       Morbihan

1871                  30 054                15 019                      9760

1881                  37 500                23 300                   18 400

1891                  41 600                26 700                   21 170

1906                  43 412                34 488                   21 949

 

« Brest : chaque homme y consomme 45 litres d’eau-de-vie par an, en moyenne, soit 120 grammes par jour »

Ar Bobl, n° 404, 14 septembre 1912

 

  Selon l'Ouest-Eclair (édition du 6 mars 1914), Carhaix (3493 habitants) compte 270 auberges et débits de boissons. Le Conseil municipal s'oppose au voeu du préfet du Finistère de limiter ce dernier nombre, parce que, aux yeux des édiles "limiter" signifie "supprimer".

 

[JPG] plonevez_du_faou-lambig

 

Alambic à Plonévez-du-Faou. L'appareil a donné son nom à la boisson titrant 40 °, tirée de la distillation du cidre ( 5 °).

13 litres de cidres fournissent 1 litre de "lambig". Employé comme désinfectant pour les plaies, comme anesthésiant pour les douleurs dentaires, mais surtout comme boisson festive et antidépresseur.....

 "L'Union régionaliste bretonne organise un concours de chansons anti-alcooliques en breton"

Ar Bobl, n° 298, 3  septembre 1910

[PNG] Le Faouet delirium tremens JPY 28 08 1904.PNG   Journal de Pontivy et de son arrondissement, 28 août 1904


      Le nombre d’estaminets, même au plus profond des terroirs, est pharamineux.  Les campagnes électorales (municipales, cantonales et même législatives - «  ces rois des périodes électorales que sont MM. Les cabaretiers  - Jaffrennou » (Ar Bobl, n° 217, 20 février 1909)), les foires (chaque grosse commune en aligne 5 ou 6 dans l’année), le commerce ambulant (colporteurs, pilhaouerien ou marchands de chiffons, peaux de lapin), autant d’événements ou d’habitudes garantissant la venue de clientèles assoiffées…

 

PUBLICITES CONTRADICTOIRES à la même page du même numéro d'ar Bobl

 

 

 

 

Ar Bobl, n° 64, 9 décembre 1905, page 4

 

Guemené-sur ScorffCloh er moh  - Dans quelques communes voisines, tous les dimanches, à 10 heures du soir, on sonne une cloche que les ivrognes et les cabaretiers ont baptisée du nom significatif de cloh er moh. Et les autorités locales dressent un procès-verbal aux "pourceaux", c'est-à-dire aux ivrognes qui ne se sont ramassés à l'heure. 

   A Guémené, le maire ferait bien d'en installer une semblable. Car, depuis quelques temps, nos honnêtes travailleurs ont le repos troublé par une bande de braillards qui courent les rues jusqu'à deux heures du matin.

   Que pensent les autorités de ces tapages nocturnes ?  C'est le cas où jamais d'appliquer la loi"

 L'Echo du Morbihan, 13 novembre 1910

h) Au meurtre ?

   "Gourin - un réserviste assassiné - François Ulliac, 35 ans, caporal au 2e régiment d'infanterie coloniale, originaire de Gourin, a été trouvé assassiné dans un square du cours d'Ajot à Brest.

   Ayant été libéré, il avait fait la fête toute la journée [...] roulant de débit en débit. Le soldat Guillien fut le dernier à le quitter. On les aperçut entrer dans le square vers minuit trente. Un quart d'heure après, Guillien en sortait. Arrêté dès le lendemain, des tépoins l'ont formellement reconnu. De plus, on a trouvé dans son paquetage un pantalon maculé de sang. Le malheureux Ulliac a, d'après l'autopsie, succombé aux coups qu'il a reçus ainsi qu'aux pesées qui lui ont été faites sur la gorge. Le vol a certainement été le mobile du crime, mais son auteur a été fortement déçu, car la victime avait tout dépensé à ce moment.

    Guillien qui est originaire de l'Aveyron est titulaire de nombreuses condamnations. Il a passé également par les bataillons disciplinaires d'Oléron"

Le Progrès du Morbihan, 6 septembre 1909

i ) A la gourmandise ?

On dit que l'homme creuse sa tombe avec ses dents. Voyez plutôt:

"Carhaix - Menu du repas des sociétaires des Dernières Cartouches, en 1908, à l'Hôtel de France, appartenant à M. Cyrille (souscription: 5 Francs):

   Potage Crécy - Huîtres de Belon - Salade russe - Jambon froid - Bouchées milanaises - Filet de boeuf sauce Madère - Dindonneaux rôtis - Salade - Gâteaux de riz à la crème - Fromages - Fruits - Desserts

Vins blanc et rouge - Café - Champagne"

Ar Bobl, n° 206, 5 décembre 1908

5 Francs de 1908 équivalent à 12 euros 2013 (Ce n'est pas cher payé...)


  "Menu du banquet des Dernières Cartouches de Carhaix à l'occasion du concours de tir du 14 juillet:

Saumon sauce tartare

Cochon de lait en Bellevue

Sauté de veau Clamart

Filet de boeuf chasseurs

Pommes nouvelles à la crème

Dindonneaux et salades de laitues

Compte d'Auvergne

Desserts

Café

Kirsch

Champagne"


Ar Bobl, n° 236, 3 juillet 1909

On rappelle que les Dernières Cartouches sont, à l'origine, une société dont le but est l'entraînement au tir à l'arme de guerre (fusil Lebel) dans la cour de l'école publique de Carhaix le dimanche après-midi. Ceci dans la perspective de la "Revanche" contre les "Prussiens"...

Ouest-France du 21 janvier 1909 dresse la statistique de ce qu'ont mangé les 3600 Carhaisiens en 1908.

Division faite, chaque habitant, enfants à la mamelle ou à l'école et femmes abstinentes compris, a avalé dans l'année  123 litres de cidre, 48 litres de vin, 9 litres d'alcool, 15 litres de bière et 52 kg de viande

Les maisons de Plounévézel (canton de Carhaix) font l'objet d'un recensement en 1908.

maisons à une ouverture (une porte): 38

maisons à deux ouvertures (une porte et une fenêtre): 104

maisons à trois ouvertures (une porte et deux fenêtres): 65

maisons à quatre ouvertures (une porte et trois fenêtres): 28

maisons à cinq ouvertures (une porte et quatre fenêtres, donc à un étage): 23

 (Source: archives de la mairie)

L'impôt sur les portes et fenêtres, créé sous le Directoire, comporte une effet pervers: la limitation du nombre et de la taille des ouvertures, et partant, l'absence de renouvellement de l'air des habitations et le développement des maladies

 

 

 

     A quel âge meurt-on ?

     D’après le graphique ci-dessus, à tout âge. Il en a toujours été ainsi.

     Toutefois, par rapport aux années 1862-1896, si la mortinatalité (proportion des morts-nés par rapport au nombre de naissances) n’a pas reculé, en revanche la mortalité infantile (proportion des décédés ayant entre 2 et 364 jours) est divisée par trois. Une proportion accrue de bébés franchit donc le cap de la première année. A l’autre bout de l’existence, en dépit d’une amorce de médicalisation, l’hospitalisation étant réservée, pour l’essentiel, aux indigents, les sexagénaires font figure de vieillards. On finit donc son existence chez soi, dans son lit, et rarement, on refuse les derniers sacrements de l’Eglise.

     Psychologiquement, on est encore imprégné du schéma de l’ «ancien régime démographique » : la sélection naturelle. La disparition, sinon souhaitée, du moins souhaitable, des tout jeunes mal armés physiquement  et  des vieillards qui ont « fait leur temps », la résignation devant la mort en couches (20-40 ans) et les coups de sang de la cinquantaine masculine (« taol goad » : infarctus, accident vasculaire cérébral), voilà deux facettes de la mentalité paysanne…

 

 

  Alors que sous l'Ancien Régime, la mort frappait souvent au moment de la soudure,c'est-à dire en juin-juillet, la récolte de l'année précédente ayant été mangée, celle de l'année en cours n''étant pas encore faite, encore moins moulue, au début du XXe siècle, elle se manifeste, non pas tellement au coeur de l'hiver, mais en février-mars-avril. Les neuf autres mois constituent une deuxième "saison" au cours de laquelle le nombre de décès varie assez peu d'un mois à l'autre.

[PNG] rythme saisonnier des deces 1907 3 cantons 56.PNG

  Le graphique ci-dessus porte sur les mêmes cantons du Faouët, de Guémené et de Gourin, et la même année: 1907. Quatre catégories d'âges  et quatre saisons constituent une simplification du graphique précédent. L'été (juin, juillet, août) et l'automne (septembre, octobre, novembre) sont, à l'inverse du printemps (mar, avril, mai), cléments pour les jeunes, les adultes, les personnes âgées. L'hiver ne diffère de l'automne et du printamps que pour les adultes, jeunes ou âgés.

Taldir déplore implicitement l'ignorance et l'indifférence de certains de ses contemporains bas-bretons:

"Kergloff - Macabre découverte

Le 27 janvier, le sieur Le Du, maçon au bourg de Kergloff,[...] aperçut sous le porche de l'église une boîte d'amidon [...] Quelle ne fut pas sa surprise en y trouvant un foetus du sexe masculin, de 18 à 20 cm de long, enveloppé dans un linge de toile [...] On ne tarda pas à apprendre que le foetus provenait de la femme B..., qui, se trouvant indisposée au lavoir, se rendit chez elle et fut débarrassée par une voisine. Son mari, ignorant les formalités à remplir, avait déposé tout bonnement le foetus sous le proche de l'église en pensant que le sacristain l'aurait enterré"

Ar Bobl, n° 215, 6 février 1909

 

Ci-dessous : Publicité "médicamenteuse" parue dans Ar Bobl, n° 358, 4 novembre 1911

[PNG] medicament miracle publicite 358 4 11 1911

 

La médecine par les plantes, puisque les médicaments chimiques n'existent guère

 

[PNG] médecine végétale 176 9 mai 1908

 

 Ar Bobl, n° 176, 9 mai 1908

 

Gourin

     "Presque centenaire - On vient d'enterrer la doyenne de Gourin; Isabelle Tanguy naquit en effet le 8 avril 1815 sous le règne de Napoléon Ier; elle est décédée le 9 juin 1912 et était âgée de  97 ans, 2 mois et 1 jour. Elle voyait encore très bien et faisait elle-même son ménage"

Le Réveil de Pontivy, 16 juin 1912


   Toutefois l'espérance-vie varie selon les professions

 

   "L'âge de la vie - La profession

Pour beaucoup, éphémère est la durée de la vie

Les ecclésiastiques vivent en moyenne 65 ans

Les marchands, 64; les employés, 61; les agriculteurs, 61; les militaires, 59; les hommes de loi, 58; les hommes de lettres: 57; les professeurs, 56; les médecins, 56"

Ar Bobl, n° 315, 20 juillet 1912

 Les ecclésiastiques ont toujours bénéficié de la plus longue espérance-vie. Les journalistes, notaires, avocats, avoués sont plus résistants à l'usure physique et et psychique que les médecins, toujours par monts et par vaux, réveillés à n'importe quelle heure nocturne. Quelle surprise de constater que les enseignants vivent en moyenne 9 ans de moins que les prêtres et nonnes. La loi de Séparation, la disparition de leur traitement mensuel, les expulsions, les tracasseries à l'occasion des quêtes à domicile, des sonneries de cloches, des processions sur la voie publique, de la location des presbytères, n'ont pas entamé la santé des vaincus, alors que leurs vainqueurs, les instituteurs, vivent moins longtemps que les paysans.

   On peut regretter qu'il ne soit fait, dans cette statistique, aucune mention des ouvriers.






Dernière modification le 03/03/2017

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