Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Page composée en janvier 2015

 

Quatre acteurs de la vie politico-religieuse croqués par ar Bobl en 1908..

 

 Delliou buhez - Setu aman eun neubeud poltrejou tennet diwar nij.

Ar Radikal - Eul liviten var e gein, var e benn eun tok melon - Kof d'ean. Liou ar iec'hed var e fas pegwir e barti eo ar renta hirio. Uhel e zellou evel evid gourc'hemenet. N'a ket d'an ofern d'ar sul, ha lavaret a ra d'an holl n'a ket. Koulskoude, mond a ra d'ober e bask d'an ofern vintin, gant e vreg, dre guz. Bepred deuz all an Aotrou Prefed, pehini eo kannad ar republik en departamant. Pa zeu ar sous-prefed da ren ar c'honkour-loned euz e ganton, mond a ra var e lerc'h evel eul leuë. Dekoret eo gant eul lieten bennag korn e chupen: awechou eo delegue Kantonal ha pa ve votadek e ia da gaout ar fonksionerien da zigas sonj d'ezo penoz ar republik a baë anezo evid beza a du ganthi, forz piou va var renk

  Dre ma kosa ar radikal, e ia var wennaat: var e ziskar-amzer eo diterc'het ar paourkez den; eat zo re-all en e raok, ha gouela 'ra pa ve lavaret d'ean n'eo ken eur republikan a liou mad.

 

Ar C'hlerikal

  Lavaret zo bet d'ena abaoue oa iaouank e oa fall ar republik. Pa zo deut oad d'ean, eo deut da gompren eo fur en em lavaret republikan moderet memez tra. Heuil a ra ali an aotrou person: konsailler a fabrik eo, rag n'euz ket gallet beza konseillez parrez. Evid an dra-ze, en deuz eur bank er c'heur, barz an iliz. Na gomz nemed a Liberte: Liberte d'an dra-ma, liberte d'an dra-ze. Koulskoude, mar befe mestr, e forsfe buan ar re all da ober evel ma lavaro, hep chipotat.. Ar franmasoned, da gomans, a vefe distrujet o neizou hag ar revolusionerien a vefe spartlet, en hano al liberte. Fors petra reio ar gouarnamant, al c'hlerikal a zello evel eun dever d'ezan beza a-eneb. Dre ma kerz an traou, e trenk e spered o sonjal e koll e barti mui-ou-z-mui. A wechou, e trokfe chupen awalc'h, abalamour da blasa e vugale, mez gant ar vez, e chom klerika, ha petra bennag m'eo jalouz deuz an noblanz, e vot evito.

 

Ar Sosialist

Komanset abred da labourat gant e zouarn, evid gounid e vuez, n'euz ket bet amzer da barfetaat e ziskadurez. Dre ma' z eo deut den iaouank, en deuz lennet eur bern journaliou ru, hag eat da glevet oratored er reunionou publik. Ar re-ma na oa ken kont ganto nemed deuz klast an ouvrierien, sevel an ouvrierien, dizamma deuz ar vourc'hizien, kemer o madou, e-lec'h labourat. An dud holl zo henvet, a neuz bet klevet. Neuze, hen zo par d'an uhella. Hag en spered simpl, al lorc'h a zo antreet. Setu hen sosialist. Na wel ken er bed nemed an ouvrierien. Ar re-all na gontont ket. D'e dro, setu hen o prezeg en atellier, o klask memprou nevez d'ar sendikat. Beb eun tammik, e kemer ar gomz er reunionnou. Deuz e gear vihan, e ia d'ar gear vraz. Tostaat a ra d'ar grampouezen. Hanvet eo, abalamour eo krenv e vouez, da sekretour en eur Bours Labour, lec'h ma touch 500 skoed ar bloa evid enlanna pennou an darbaterien dizisk,  dre ziskouriou skentin. Demei a ra, tri bugel en deuz: doussat a ra d'ezan ha sonjal a ra lakaat arc'hant a goste evid kaout eun tammik aez pa ro koz. Mad eo beza sosialist da gomans, mez fur eo lezel an dro gant ar re all, par rer erru.

 

Ar Sillonist

   Eun denik iaouank o tond er-meaz eur golach kristen, etre trivec'h hag eur bloa varnugent. Leun e galon a garantez evid an holl, en deuz lennet e oa kalz a zienez e-touez ar bobl. C'hoant en deuz da labourat da wellaat d'an dienez-ze, en eur gemer skuer var al labour kaër great  H.S. Jezus-Krist hag an Ebestel. Mond a ra, entanet e galon, beteg ar re baour, mez ar re baour a chom dizeblant, rag re gaër eo dillad ar Sillonist. Komz a ra a garantez. Giriou a gasoni a responter d'ezan.

  Trei a ra neuze tam ha tam da leuskel ive giriou kaled eneb d'ar perc'hennou braz: kozeal a ra deuz an "exploatourien", pere a ve mad huala.

 Straka rer daouarn d'ezan, pell eo dija deuz an aviel. Brao ! a lavar d'ean ar Sosialist. Dond a ri davedomp ! - Nan, eme ar Sillonist, c'houi eo a gouez akord gant an Ero

  Mez eun benag en deuz diskuillet an danjer. Mond a ra an Ero a druez. Kandaonet e vo an Ero. Hag ar Sillonist iaouank, tapet etre ar sentidigez dleet d'an Iliz hag e gred da Vark Sangnier, a renk paka e stat, hag antreat er "Iaouankiz katolik"," aotreet gant ar Pab.

Tranches de vie _ Voici quelques portraits pris au vol.

Le radical - Une redingote sur le dos, un chapeau melon sur la tête. Un ventre respectable. Les couleurs d'une santé florissante sur le visage puisque son parti est aujourd'hui le plus généreux. Le regard haut comme pour commander. Il ne fréquente pas la messe le dimanche et le fait savoir à tous. Cependant, il va faire ses Pâques, à la messe basse, en compagnie de sa femme et en se cachant. Toujours autour du Préfet, représentant de la République dans le département. Quand le sous-préfet vient présider le concours d'animaux du canton, il le suit comme un veau. Le revers de sa veste est orné d'une décoration quelconque: il est parfois délégué cantonal et quand viennent les élections, il rappelle aux fonctionnaires qu'appointés par la République, ils doivent la soutenir, à travers le candidat qui la représente.

   Lorsqu'il vieillit, il blanchit; à l'automne de sa vie, la pauvre homme a déteint; tous les autres ont mis du vin dans leur eau et ne se gênent pas pour lui dire qu'il n'est plus un républicain de la  bonne couleur.

 

Le clérical

   Dans sa jeunesse, on lui a seriné que la République c'était le Mal. Quand il pris de l'âge, il a compris qu'il serait sage tout de même de se dire républicain modéré. Il uit les avis de M. le recteur: il devient conseiller de fabrique, car il ne peut devenir conseiller municipal. Il dispose donc d'un banc dans le choeur de l'église. Il ne parle que de Liberté: liberté de ceci, liberté de cela. Cependant, s'il est le patron, il contraint les autres à faire ce qu'il dira, sans pouvoir chipoter. Les loges des françs-maçons, pour commencer, seraient détruites et les révolutionnaires neutralisés au nom de la liberté. Quoi que fasse le gouvernement, le clérical se fera un devoir de s'y opposer. Du train où vont les choses, il s'aigrit en songeant que son parti essuie défaite sur défaite. Parfois, il changerait bien de camp, afin de placer avantageusement ses enfants, mais la honte l'en dissuade et bien qu'il jalouse les nobles, il vote pour eux.

 

Le Socialiste

Ayant tôt commence à travailler de ses mains afin de gagner sa vie, il n'a pas eu le temps de  parfaire son instruction. Jeune homme, il a lu les journaux rouges, écouté des orateurs dans des réunions publiques. On n'y parlait que de classe ouvrière, de contestation ouvrière, de renversement de la bourgeoisie, du partage des biens de cette dernière afin d'éviter la nécessite de travailler. Il a entendu que tous seront égaux, qu'il sera l'égal des individus composant l'élite. Et dans esprit simpliste, l'orgueil est entré. On ne verra plus dans le monde que des ouvriers. Les autres ne compteront pas. A son tour, le voilà discourant dans l'atelier, racolant de nouveaux syndiqués. Il prend la parole aux réunions. Il quitte la petite ville pour la grande. Il se rapproche de l'assiette au beurre. Parce qu'il a la voix forte, il est nommé secrétaire de la Bourse du travail et y gagne 1500 francs par an. pour apprendre  aux débateurs sans instruction à concevoir des discours limpides. Il se marie, a trois enfants. Il lui vient alors lentement l'idée de mettre de l'argent de côté afin d'être un peu à l'aise quand viendra la vieillesse. C'est beau d'âtre socialiste quand on est jeune, mais il est sage de laisser, quand il est venu, leur tour aux autres.

 

Le Silloniste

 Un petit jeune homme, de 18 à 21 ans, sorti du collège. Son coeur déborde d'amour pour son prochain, il a lu qu'il y a beaucoup de dénument parmi les gens du peuple. Il désire travailler afin d'observer cette misère, pour prendre exemple sur l'admirable travail accompli par Notre Seigneur Jésus-Christ et les apôtres. Il va, le coeur enflammé, au-devant des pauvres, mais ceux-ci restent impertubables car le silloniste est trop bien habillé. Il parle avec amitié. On lui répond avec haine.

Peu à peu  il lâche des mots durs contre les propriétaires: il parle des "exploiteurs", qui entrevant le Bien. Des applaudissements éclatent, il s'est déjà beaucoup éloigné de l'Evangile. Barvo lui crie un socialiste, tu dois nous rejoindre - Non, dit-il, vous devez d'abord vous accorder avec le Héros.

   Mais quelqu'un a dénoncé le danger. Le Héros s'est fourvoyé. Il sera condamné. Et le jeune Silloniste, coincé entre l'obéissance dûe à l'Eglise et l'adhésion aux idées de Marc Sangnier, doit renoncer et entre aux "Jeunesses catholiques", autorisées par le Pape.

 Ar Bobl, n° 201, 31 octobre 1908
 Traduction: Jean Yves Michel, octobre 2014

 

Le héros dont il est question ci-dessus est Marc Sangnier, fondateur du Sillon, berceau de la démocratie-chrétienne. Il fut sommé par le Pape de renoncer à sa doctrine, parce qu'elle prônait la réduction des écarts de richesse et l'acceptation de la République, même après la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Sangnier se soumit; il mourut en 1946, après avoir porté sur les fonts baptismaux le Mouvement Républicain populaire (MRP), fondé par Georges Bidault, successeur de Jean Moulin à la tête de la Résistance intérieure






Dernière modification le 27/01/2015

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