Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

Les guérisseurs

 

Ar sorserien

  Me grede, ha c'houi grede kazi zur awalc'h eveldon penoz gouenn ar sorserien a oa et da viken e-kuit ?

 Bremaïk, e vi et didromplet !

Disadorn, eun den koz hanvet Job ar Foll, deuz Kallak, a zo deut d'am gweled hag an neuz lavaret d'in: "Aotrou, me n'ouzon ket ar c'hallek, ma kenneubeud lenn na skriva. C'hoant am meuz e vin laket var ar journal".

  - Abalamour da betra 'ta, ma den ?

- Me ra "troiou", ha kalz a dud am meuz gwellaet, ispisial an dud eo "chenchet o spered". Evit-se n'am meuz ket ezom a louzou. Ar c'hlanvour "skoet" ne meuz nemed anzao e boan da ober. Me a bareo anê dre orezonou. Ha pa 'mo fin da gozeal, me c'houlenno:" Kontant oc'h diouin ? - Hag hen a responto ia pe nan. Biskoaz n'on manket var al labour. Eiz de d'an neubeuta e chom ganin an den trelatet; goude ec'h an da gas anean d'ar gear da di e dud.

"Piou a ra testeni d'in-me eo gwir pez a lavaret ?

Job Ar Foll a dennaz eur paper deuz e c'hodel, hag a ziskuezaz anean d'in. Merket a oa varnan:"Me, Guillou Rudullier, labourer-douar en Poullaouen, a zin bea bet gwellaet deuz a follente, gant Job Ar Foll, boutaouer-koat en Kallak, goude eiz de orezon". Evit lezenna sin Rudullier; hano ar Maër hag ar c'hachet.

-Te gemer arc'hant evid parea an dud trelatet pe sorsellet ?

- Gwennek a-bed, Aotrou

- Penoz a rez 'ta ? Louzeier zo ?

- Louzou 'bed. Beb eil poz e komzan deuz Doue ha deuz an Diaoul, hag e sellan mad 'barz en daoulagad ar c'hlanvour. E pad an heur bemde e ran euz zermon d'ean.

- Peseurt sermon a rez-te d'ean ?

-"Paour kez den, te zo tourmantet da spered, ha te zo diez da vue var ar bed-man. Mez dre da fot eo, rag te, vid gwir, ec'h euz pec'het. Te c'heuz eur pec'hed louz var da galon, hag a zamm ahanout. An Diaoul a zo et 'barz da greiz, ha n'out ket evit dizober deuz e ardou. Ar pec'hed-ze ac'h euz gret, a ra d'id bea disprizet gant Doue hag ar Werc'hez, pere a zo bet dismeganset ive ganid, ha te zo spontet holl o sonjal out kollet. Da izili a gren, da zouarn zo gwiet ha da vizied a zo evel pa veint bet stardet etre turkezou. An Diaoul a zo galloudus, mez Doue a zo galloudus ive; mar deo skuillet vis an Diaoul dre-holl, gras Doue a zo ive en peb lec'h. Eur gomz a zo var an Aviel, hag a dleer sonjal ennhi. Hennez a lavar n'eus fors e pesort danjer e ver, fianz a dleer kaout en Aotrou Doue, ha bea dispont rak an dentasion. Doue eo ar mestr, Doue a c'hall terri dor an Ifern; Lusifer n'all ket terri dor ar Baradoz. Lar d'an Diaoul a zo en ez kalon mond en dro, hag ec'h ei. Moug da bec'hed ha da skrupuill, hag e pareï. Kas an aon e-kuit, ha te vo c'hoaz speredet kaër goudeze, ha te anvezo an droug deuz ar vad.. Gouzout a rez an Diaoul a zo galloudus; mar n'hen chaseez ket, hen a c'hallfe lakat eur gorden deuz da c'houk da daol en dour; gwelleoc' a ve d'id c'hoaz mond d'ar galiou. Ha brema, bez fianz ennon, hag e vi iac'h en berr amzer". Setu aze, eme Job Ar Foll, ma orezon.

- Eun orezon brao, a-vad, emond-me. Mez pariomp ne ma ket aze var e hed. Latin zo ive eun tam bennag ?

- Eun orezon zo c'hoaz, mez honnez n'allan ket lavaret anei da zen a-bed.

Me brometaz da Job lakaat anean "var ar journal". Setu great.

Fanch


Les sorciers

 Je crois, et vous croyez à peu sûrement comme nous tous que la race des sorciers a disparu ?

 Sous peu, vous allez être détrompés !

Samedi, un individu nommé Joseph Le Foll, de Callac, est venu me voir et m'a dit:"Monsieur, je ne sais pas le français, et, pas davantage, lire ou écrire. Je désire figurer dans votre  journal"

- Et pour quelle raison, mon vieux ?

- Je fais des tours, et j'ai examiné beaucoup de personnes, spécialement celles dont l'"esprit" a été modifié .

 Pour cela, je n'ai pas besoin de remèdes. Le malade atteint n'a que la peine d'avouer sa maladie. Je le guérirai par des oraisons. Et quand j'en aurai terminé, je demanderai: "Etes-vous satisfait de moi ?" Et il répondra oui ou non. Jamais je n'ai échoué. Les personnes angoissées ne me quittent pas de huit jours au moins. Ensuite, elles rejoignent les leurs.

 - Qui attestera la véracité de tes dires ?

Joseph Le Foll tira un papier de sa poche et me le montra. Il portait ces mots: "Moi, Guillaume Rudullier, cultivateur à Poullaouen, j'atteste que Joseph Le Foll, sabotier à Callac, au terme de huit jours d'oraison, m'a guéri de ma folie". Signé: Rudullier; le nom du maire et le cachet de la mairie.

  - Bien, dis-je, les soins pour la guérison des angoissés et des "ensorcelés" sont-il payants ?

- Je ne prends pas un sou, Monsieur

- Comment fais-tu ? Des remèdes ?

- Pas de remèdes. Tous les deux couplets, je parle de Dieu et du Diable et je regarde le malade au fond des yeux. Chaque jour, je lui fais un sermon d'une heure.

- Quelle sorte de sermon lui fais-tu ?

- "Mon pauvre homme, ton esprit est tourneboulé et ta vie sur cette terre  est éprouvante. Mais c'est de ta faute, parce que, en vérité, tu as péché. Tu caches un péché répugnant, un fardeau pour ton coeur . Le Diable a pénétré en toi  et tu ne peux te défaire de ses ruses. Pour ce péché-là, Dieu et la Vierge te méprisent, parce que tu les a offensés, et l'idée d'avoir perdu ton âme t'épouvante Tes membres tremblent, tes mains sont ridées et tes doigts sont comme si on les avait serrés dans une tenaille. Le Diable est puissant, mais Dieu est puissant aussi; si tu te débarrasses des manigances du Diable, la grâce de Dieu sera partout. Une parole de l'Evangile m'y fait penser. Il est dit que la confiance dûe à Dieu extirpe tous les maux et qu'il ne faut pas craindre la tentation. Dieu est le maître, Dieu peut briser la porte de l'enfer; Lucifer ne brisera pas la porte du Paradis. Dis au Diable qui est en ton coeur de s'en aller et il s'en ira. Fais taire tes péchés et tes scrupules et tu guériras. Chasse ta peur, et tu seras encore un esprit sain et tu reconnaîtras le mal du bien. Tu le sais, le Diable est fort; si tu ne le chasses pas, il te passera une corde autour du cou pour te noyer; il vaudrait mieux pour toi aller aux galères. Et maintenant, aie confiance en toi et sois soulagé au plus vite". Voilà, dit Joseph Le Foll, mon oraison.

- Une belle oraison, en vérité, dis-je. Mais parions qu'elle n'est pas ainsi d'un bout à l'autre. Un peu de latin aussi ?

- Il y a encore une oraison, mais de celle-là je  peux dire qu'elle ne ressemble à aucune autre"

Je promis à Joseph Le Foll de le mettre dans le journal.  Voilà qui est fait.

 

François

Ar Bobl, n° 34, 13 mai 1905 Traduction: Jean Yves Michel, septembre 2014

 

 

[PNG] exercice illégal de la médecine n° 76 18 mai 1907.PNG

    Ce fait divers émanant de l'hebdomadaire morlaisien "l'Echo du Finistère" (1905-1912) concerne l'activité d'une "sorcière" de Carhaix (n° 76, 18 mai 1907)






Dernière modification le 25/01/2016

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