Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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09/08/2017

   1)  Exemples d'imbrication politico-religieuse

       « Ligue patriotique des Femmes françaises de Carhaix : « Evit Doue, ar Frans, al Liberte ! »

Ar Bobl, n° 53, 23 septembre 1905

Traduction:   « Pour Dieu, la France, la Liberté ! »

  Cette devise réunit, en un triptyque célèbre, les notions essentielles aux yeux des militantes catholiques, que leurs adversaires appellent souvent « dames patronnesses » : le Créateur, la Patrie, la liberté de conscience, de culte, de procession, scolaire… Mais non la liberté de limiter le nombre d’enfants…        Les adhérentes s’astreignent à diffuser de « bons journaux »,  à animer des  écoles ménagères, des ateliers de couture et de dentelles, à enseigner la gestion de carnets d’épargne et à faciliter les pèlerinages à Ste Anne d’Auray et à Lourdes.

  Le comité de Châteauneuf-du-Faou réunit 522 adhérentes en 1907



Le Sillon

 


« Al lizer-ma, avat, a diz ouspenn an ervennerien. Tizout a ra an holl gevredigeziou a zo diazeet war spered an « neutralité », hag a fell d’e tennan ma dar vro « eis a zorn micherourien deut eus a bep tu, tud a bep relijion pe hep relijion, tud a greden pe digreden, nemet e lezont a-goste ar pez a zisparti ane, oc’hredennou relijius »

Kroaz ar Vretoned, Saint Brieuc, septembre 1910

 « Cette lettre, cependant,  touche bien des sillonnistes. Elle a atteint toutes les associations accrochées à l’idée de neutralité et qui voulaient le bien du pays en associant les ouvriers venus de tous côtés, les gens de toutes religions et les personnes sans religion, les croyants comme les athées, en négligeant ce dont elles s‘étaient séparées, leurs convictions religieuses ».

 Ar Bobl, n° 298, 10 septembre 1910 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013

 

 

Le texte fait référence à une lettre papale du 25 août 1910

  Le Sillon, ancêtre du MRP,  fondé vers 1893-97, entend réconcilier catholicisme et démocratie, ecclésiastiques et suffrage universel.

Le pape Léon XIII avait bien prôné le « ralliement » de l’Eglise de France à la République ; mais son successeur, Pie X, est un conservateur convaincu de l’origine divine de toute autorité. Par l’encyclique Pascendi du 8 septembre 1907, ce pape condamne expressément la démocratie et prend parti pour la monarchie absolue de droit divin. Par une lettre du 25 août 1910, il voue aux gémonies le Sillon. Il est approuvé par la grande majorité des prélats français, parmi lesquels, l'Evêque de Quimper et Léon, Mgr Duparc, ouvertement royaliste. 

 Le notaire carhaisien Henri Leclerc (1881-1944) est, en 1910, membre du Sillon. Il participe à la fondation de l'Ouest-Eclair,"ancêtre" d'Ouest-France. Résistant, arrêté en décembre 1943, il meurt en déportation en 1944

  Le mouvement  démocrate-chrétien ne  relève la tête qu’entre les deux guerres à travers un parti démocrate-populaire, qui obtient des succès remarquables en Bretagne, notamment dans le Léon. Il faudra attendre 1926 pour que le pape Pie XI condamne l’expression politique du royalisme, l’Action française



 

  En 1907, le recteur de la Feuillée dénonce en chaire le dévoiement de la liberté par les républicains :  

 

« Lod al lavar penaus Louis XIV, hanvet « ar roue absolu », a lavare gwechal : »Ar Gouarnamant eo me va-unan, ha netra nemedhon » ; « L’Etat, c’est moi ! ». Mad hirio zo tud henvel euz ar roue-ma hag al lavar d’ho zro : « Ar Republik eo ni, hag ar re a zonj eveldom-ni, ha re all ne valueont netra. Setu ama penaus e komprenont al liberte :

                      An dra-ma zo din

                      An dra-ze a fell din

                      Ma ne blij ket deoc’h

                      Ar pez al lavarant deoc’h

                      Ar fouet a pezo

                      Ha var ho kein a zrasko

        Ia, ar liberté a fell dezho roï d’ar veleien ha d’an iliz eo ar liberte da gaout miser, da souffr poan, da vont d’ar prison ha d’ar maro. Ar liberte ze a zo re ger »

 «  Certains savent et disent ce que prétendait jadis Louis XIV, le « roi absolu » : « Le Gouvernement, c’est moi seul et personne d’autre » ; « L’Etat, c’est moi ! ». Mais aujourd’hui il y a des gens du même genre qui disent aux habitants de ce pays : « La République, c’est nous ainsi que les gens qui pensent comme nous et les autres comptent pour rien ».. Voici comment ils conçoivent la liberté :  Ceci est à moi ; cela, je le veux ; si cela ne vous plaît pas, vous tâterez du fouet  sur votre dos.

     Oui, la liberté qu’ils veulent donner aux prêtres et à l’Eglise est la liberté d’être miséreux, de souffrir, d’aller en prison et à la mort. Cette liberté-là est au-dessus de nos moyens ».

(Sermon en langue bretonne, 1911, archives du presbytère) - Traduction: Jean Yves Michel, septembre 1998


 

    "Collorec - La Fête de Jeanne d'Arc a été particulièrement brillante cette année. Une procession aux flambeaux se déroulait dans le bourg entièrement pavoisé et superbement illuminé. Un joyeux feu d'artifice fut ensuite tiré"

SRQL, 9 mai 1913

      C’est une même admiration émue que catholiques et laïques vouent à Jeanne d’Arc. Avant tout femme de religion aux yeux de l’Eglise, béatifiée par Pie X ,  essentiellement une patriote aux yeux des anticléricaux, la Pucelle est  vénérée par les uns et les autres qui l’incluent dans leurs panthéons respectifs : « dans aucun pays on ne trouve une aussi belle histoire que celle de Jeanne d’Arc. Tous les Français doivent aimer et vénérer le souvenir de cette jeune fille qui aima tant la France et qui mourut pour nous »  Ernest Lavisse, Histoire de France, Cours moyen, A. Colin, Edition de 1912 . « Pour ne citer ici que des noms connus, c’est d’abord et surtout Jeanne d’Arc qui révèlera (aux élèves) la sainteté du patriotisme »  Ch. LEBAIGUE, Pour nos filles, Cours supérieur (manuel de lecture expliquée), Paris, Belin frères, 1906, avant-propos, p. V .  

   1909 : ar Bobl publie cet entrefilet : « Avis – « Vie de Jeanne d’Arc ; à l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, la maison de la Bonne Presse vient d’éditer une vie populaire de notre héroïne nationale. Elle est en vente à Carhaix, au prix de 0,15 F, chez M. Solu, seul dépositaire  »

Ar Bobl, n° 225, 17 avril 1909   

 


« D’ar re ne gredont ket c’hoaz an iliz an diaoul »:

Lennet ‘ ta neuze ar Ganaouen e meuleudi Satan, savet, n’eus ket pell, gant ar Franmasoned Kardustri, senatour Itali ha mestr skol-veur Bologn

« Satan hepken a zo beo – Hennez eo ar Roue »

 « A ceux qui ne croient pas encore en l’ « église fondée par le diable »

  « Lisez donc alors la complainte qu’il y a peu Satan a inspirée au franc-maçon Kardustri, sénateur d’Italie et professeur à l’université de Bologne : « Satan seul est vivant – Il est le Roi » »

Ar Bobl, n° 119, 5 janvier 1907 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013
  
La haine de la Franc-Maçonnerie, "la sacrée congrégation" (N° 73, 10 février 1906). Ses branches les plus actives en France, la Grande Loge de France et le Grand Orient, ont depuis 1877 renoncé à toute référence à l'Etre suprême et, bien évidemment, l'Eglise fait interdiction à tout catholique de s'affilier à une loge quelconque. Autrement dit, l'Eglise catholique et la franç-maçonnerie s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre sur le plan spirituel. Considérer avec dégoût et frayeur la franc-maçonnerie comme l'oeuvre et le  bras armé du Malin est une des caractéristiques de l'univers politico-psychologique des conservateurs jusqu'à la Seconde Guerre mondiale (le régime vichyste épure la haute et moyenne Fonction publique de ses "frères trois points")...
 
Femmes, alcool, déprédations dans une église....
     L'ivresse féminine est-elle une circonstance atténuante ou aggravante  ?
  

"Skriva rer d'eomp

Merc'hed Kleden ha Landelo

Teir bolez deuz Kleden (div blac'h iaouank hag eun intanvez) a oa et en de all d'eul lein servich eizte ebarz bouk Landelo

Hi ho zeir a oa mêvez goudeze, ha hi vond, ha mond d'an iliz. Unan ané a bignaz er gador-sarmon, un all a wiskaz eur surplis hag a ieaz goudeze er gador-govision, an dered a eiaz da zon ar c'hloch.

An Aotrou person, pa glevaz son ar c'hloch, a zeuaz d'an iliz da c'hout petra oa neve.

   C'houi gomz e chomaz sabatuet ar belek en eur weled an estoni: teir blac'h oc'h ober jolori an iliz. Mond a reaz da lavaret d'an teir cêvierez dihan gant o jeuiou dizakr, ha mond emez, mez an teir gatell-kollet a lampaz o zeir warnean, haga reaz gwaz vit paouez d'eon, beteg skei varnean.

  Ar person neuze a dapaz krog entroag eur groaz hag a gasaz an teir goz kalken da vale diwar tro an iliz.

   Met ar gwasa zo, eur malheur a oa digouet er c'heid-ze. Mam ar person a oa klanv; ar person a oa o veill anei pa oa diredet d'an iliz, hag e keid ma oa bet oc'h ober e dro, e vam a oa kouet barz an tan n'em boac'het maleüruz

On nous écrit

Les femmes de Cléden et Landeleau

Trois poulettes de Cleden (deux jeunes filles et une veuve) s'en furent l'autre jour à un repas de service de huitaine au bourg de Landeleau.

   Les trois femmes, soûles au sortir de ces agapes, entrèrent à l'église. L'une escalada la chaire à prêcher, une autre, vêtue d'un surplis, entra dans un confessionnal, la dernière  alla sonner la cloche.

  Monsieur le recteur, lorsqu'il entendit la cloche se pressa vers l'église pour savoir de quoi il retournait.

  Vous pensez bien que le prêtre en resta stupéfié: trois femmes s'en prenant à une église. Il enjoignit aux trois ivrognesses de mettre un terme à leurs manigances sacrilèges et de sortir sur le champ, mais les trois histrionnes lui sautèrent à la gorge et le battirent comme plâtre. Cependant, le recteur s'empara d'un croix et donna la chasse aux trois effrontées.

   Mais le pire, ce fut qu'un malheur arriva dans ces circonstances. Lorsqu'il dut courir à l'église, le prêtre veillait sa mère malade. Pendant qu'il se rendait à l'église, sa mère tomba dans l'âtre où elle fut sévèrement brûlée

Ar Bobl, 17 février 1906 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013

 Elections dans le canton de Rostrenen, 1904

 

« Rostrenn – Ar votadek

Disul 23 e vo vot en Kanton Rostrenn evit remplasi Herve a Saisy, marvet konsailler jeneral ar c’hanton, Doue d’e bardono. Daou zo ‘n em laket var ar renk : evid ar republikaned e ma an Aotrou Barbier, hag ar re wenn e ma an Aotrou Cazin d’Honnincthun, bet ofiser.

Moti evid Barbier a ve mad ober, mar ‘g eo troet gant e vro, ha mar na laka ket ar politikach Pariz uz da beb tra all. Mez mar’g eo Cazin eun den a zoare hag a gar en gwirione an dud dister (bea c’hê, a gonter), moti d’an zo deread ive. Da bep hini ê da veled, ha da heul e zonj hep droug-intansion, rag mar na  zibabomp ket da genta tout Bretoned eveldomp, hon bro a chomo dalc’hmad varlec’h.

Digant ar re a c’houll moueziou diganac’h, goullet da genta gwarantizou evelhenn :

-« Pe c’houi zo, ‘methu, deuz a zonj a dleer rei d’ar Vretoned ar pez zo d’ê, pe na noc’h ket ! Pe c’houi a gar, a gomz, hag a zifenn langach brezonek ar re baour, pe na ret ket !

Profesion a fa an Ao. Cazin a zo bet moullet en Independance bretonne : plijout kalz a ra d’ar Bobl hag a du gant ar relijion e ma, mez perag eta na lâr grik a-bed deuz Breiz, deuz droejou ar Vretoned, deuz diskadurez hon Iez, ha kemend a draou o deus, mechanz, kemend a importans bemde evidomp evel ar republik pe an direpublik ! An Ao. Cazun zo deuz an ali-ze, mez hen laret a vije bet mad

Rostrenen – l’élection

 Dimanche 23 on votera dans le canton de Rostrenen pour donner un successeur à Hervé de Saisy, conseiller général décédé, à qui Dieu pardonnera se péchés. Deux candidats sont en présence: pour les Républicains, M. Barbier et pour les Blancs, M. Cazin d’Honnincthun, ancien officier.

 Voter pour Barbier serait une bonne chose, s’il se tourne vers son pays et s’il ne laissait pas les politiciens parisiens se mêler de tout.

 Mais si Cazin est un homme qui vous revient et qui aime véritablement les gens défavorisés, voter pour lui serait aussi convenable.

 A chacun de réfléchir, et  pour prolonger cette confrontation d’idées sans mauvaise intention, car si nous ne sélectionnons pas d’emblée un véritable Breton comme nous, notre pays restera toujours à la traîne. A ceux qui briguent nos suffrages, demandons d’abord des garanties :

« Ou  vous considérerez comme votre devoir de donner aux Bretons ce qui est à eux, ou non ! Vous aimerez, vous parlerez et vous défendrez la langue bretonne, celle que parlent les pauvres, ou non !

La profession de foi de M. Cazin a été imprimée par « L’indépendance bretonne » : cela plaît beaucoup à ar Bobl et aux pratiquants, mais pourquoi est-il resté muet à propos de la Bretagne, des droits des Bretons, de l’enseignement de notre langue et d’une foule de choses quotidiennes qui ont plus d’importance pour nous que la république ou l’anti-république. M. Cazin est de cet avis, mais le dire aurait été tellement mieux…. »

Ar Bobl, n° 5, 22 octobre 1904 Traduction: Jean Yves Michel, avril 2014

 

Rostrenn – ar vot

An trec’h a zo eat gant Cazin var Barbier : teir mouez va-nugent an neuz bet egile. Sed aman ar c’hontchou :

                                     Barbier        Cazin (élu)

Rostrenen                   260               163

Bonen                          103                  97

Glomel                         316               449

Kergrist-Moëlou         308               187     

Plouguernével           190                326

Plounévez-Quintin     228                218

 Trémargat                  65                    53

                                  1470              1493

Mad o deuz gret an elektourien dibab an daou gandidad an hini a ziskueze ar muia a garante evid e vro hag a oar ar muia kapab da renti zervich d’an dud. Tolet o deuz pled ive penoz e oa Cazin eur Breizad, ha n’ê ket eur Saoz, vel e vije laret ! Mar vije bet Saoz ‘n ije ket disket brezonek d’e vugale evel ma ra !

 Beomp dalc’hmad a du gant ar Vretoned eneb d’hon mestrou !

Rostrenen – l’élection cantonale

Cazin a remporté la victoire aux dépens de Barbier par 23 suffrages d’écart. Voici les résultats :

                                      Barbier        Cazin (élu)

Rostrenen                   260               163

Bonen                         103                  97

Glomel                        316               449

Kergrist-Moëlou          308              187     

Plouguernével               190              326

Plounévez-Quintin        228             218

 Trémargat                    65               53

                        1470            1493

Les électeurs ont avec raison désigné celui des deux candidats qui a montré le mieux son attachement pour son pays et qui saura le mieux rendre service à ses mandants. Saisissons l’occasion de prouver que Cazin n’est pas un Anglais, comme cela aurait été dit. S’il l’avait été, il n’aurait pu enseigner le breton à ses enfants.

   Prenons toujours le parti des Bretons contre leurs tyrans !

Ar Bobl, n° 7, 5 novembre 1904 Traduction: Jean Yves Michel, mai 2013

 

 

Election d'un conseiller d'arrondissement à Plusquellec, 1904


Pluskellek – Ar politik

 An eun ha tregont a viz maë diveza e oa vot e Pluskellek evit ar c’honsaill arondisamant. An Aotrou Clec’h, mestr-skol, a oa var an tron barz ar maëri pa’n em gavaz an Aotrou Ar Put er sal.

Ar mestr-skol a lavaraz d’ar Put giriou kaled hag a damallaz anean da vea difenner ar veleien. Ar Put a respontaz hag toliou dorn da vond en dro.

    An affer a zeuaz ar zun all dirag tribunal Gwengamp. Ar Put a c’houllaz kant liur didomajamant. An daou prosezer a zo bet laket kein ouz kein.

Plusquellec – La politique

Le 31 mai dernier, on votait à Plusquellec pour élire un conseiller d’arrondissement. M. Clec’h, maître d’école, était assis sur le grand fauteuil, quand il aperçut M. Le Put dans la salle de vote. Le maître d’école lui en dit de dures et l’accusa d’être un défenseur des curés. Le Put répliqua et les coups de poing volèrent.

L’affaire vint l'autre semaine  devant le tribunal de Guingamp. Le Put demandait cent francs de dédommagement. Les deux plaideurs furent renvoyés dos à dos.

Ar Bobl n° 5, 22 octobre 1904 Traduction: Jean Yves Michel, avril 2013

 

Un maire paën, à Carnoët, 1904

Karnoet – ar Jubile

Eur jubile kaër a zo bet great en Karnoët ar zun-ma. An holl a zo bet o heuill an ofisou hag oc’h ober o deveriou kristen, nemed ar Maër heg e famill. Pegoulz a skuizo Karnodig dindan gabestr ar sort païaned ?

Carnoët – le Jubilé

 Un beau jubilé a été célébré cette semaine à Carnoët. Tous ont suivi les offices et accompli leurs devoirs de chrétiens, sauf le Maire et sa famille. Quand le citoyen de Carnoët se fatiguera-t-il de subir la tyrannie de cette sorte de païens ?

Ar Bobl, n° 8, 12 novembre 1904 Traduction: Jean Yves Michel, avril 2013

 

Un bureau de tabac, enjeu entre rouges et blancs: Calanhel, 1904

 

« Kalanhel – Ar skraperien

    Skraperien a zo dre holl an hon c’hornik bro ha barz Kalanhel eo komanset da ziwan ar ouenn louz deuz al loened divalo-ze.

  Evida ar vot diveza e oa diou listen en Kalanhel, evel en kazi kement parroz ; ar re ru a drec’haz dre forz taol kognak var an dud, gant sikour arc’hant ar franmasonerez. Mez ne oa ket awalc’h kement ma evit konstanti o ambision.

 Fot a reaz d’ê ouspenn en em vanjin war unan bennag hag an hini choazet gantê evit saillaz warnan a oa Feli ar Du, gwerzer butun er bourk. Petra ve ‘tamallet da hema gant gouarnerien Kalanhel ? Ka s e vugale da skolaj kristen Gwengamp. Ha sethu o deus great ar peb posubl evit tenna e vicher hag e vara digantan abalamour da ze. An ti butun  zo bet tennet digant an Du.

   Ar skraperien, en amzer omp a ren, a fell d’ê, vel ma well an holl, lakaat da pratik diviz-ma : « Chaodouren a iod d’emp-ni hag a vaz d’ach da lipat ! ». Mez benn ar fin na vo ket awalc’h d’emp lipat ar vaz, poent a vo tapet-krog er pen moan, ha dao gant ar pen-iod war gein ar glazarded a c’hoantê skrapat war goust an dud »

« Calanhel – les filous

   Les filous sont parmi nous dans ce coin et à Calanhel  la peur panique que provoque cette sorte de laids animaux  est en germe.

   Lors des dernières municipales, deux listes étaient en présence à  Calanhel, comme dans presque toutes les communes. Les rouges l’emportèrent, en payant des verres de cognac à tire-larigot, grâce à l’argent de la franc-maçonnerie. Mais cette victoire ne satisfaisait pas leur ambition qui était grande. Leur crime fut de vouloir nuire à un individu quelconque et ils portèrent leur choix sur Félix Le Du, marchand de tabac au bourg. De quoi l’accusaient-ils ? De scolariser ses enfants à l’école chrétienne de Guingamp. C’est pour cela qu’ils firent tout leur possible pour lui arracher  son commerce et l’empêcher de gagner son pain. Le bureau de tabac a été ôté à Le Du.

  Les filous, par les temps que nous subissons, aiment, comme tout un chacun peut le constater, appliquer cette devise : « la chaudronnée de bouillie pour nous et, pour vous, le bâton à lécher ! ». Mais à la parfin, lécher le bâton ne nous suffira plus, il sera temps d’en saisir le petit bout et de bastonner les  lézards qui ont envie de filouter aux dépens des autres.

Ar Bobl, n° 13, 17 décembre 1904 Traduction: Jean Yves Michel, avril 2013

 

 


 Poullaouen: la Ligue des Droits de l'Homme...

 

 Poullaouen - Droejou an Den

En bourk Poullaouen, n'eus ket gwall pell, eun Aotrou deuz Kemper, hanvet Jouy, a oa deut d'ar groui eur sosiete nevez hag a rer "Ligue des Droits de l'Homme" anezi. Ne oa nemeur a dud er reunion, ha na vije ket deut kalz a dud er vreuriez, panevet d'unan euz ar pennou braz euz al ligue, hag a oa finoc'h evid ar re-all.

"Deut ebarz ar sosiete-ma, a lavare hen d'ar baizanted, ama omp gwir republikaned, ha na goust med kement-ha-ma-kement !". Mez Ian ar Gouer dec'he. Neuze ar potr fin a iea d'ean c'hoaz: "Ebarz ar Ligue, emean, e ver assuret deuz an tan, ha deus beb sort darvoudou all " - "Ha fe neuze vat, lak ma hano 'barz !".

Ha setu dre besort trukach o ver deut a-benn da gaout tud da vond ebarz "Ligue des Droits de l'Homme en Poullaouen; en eur rei d'ar gredi d'ê e oa eur sosiete assuransou. Ha da c'hoaz a vo laret a zo "progrès" e-barz Poullaouen !

 Poullaouen - Les Droits de l'Homme

Il y a peu, un monsieur de Quimper, nommé Jouy, est venu au bourg de Poullaouen pour y créer une société baptisée "Ligue des Droits de l'Homme". Il vint peu de monde à la réunion et il n'y aurait que peu d'adhérents, en délit de la malice de l'un des chefs de file de la ligue, plus malin que ses collègues.

"Adhérez à cette société, dit-il aux paysans, nous sommes de véritables républicains et cela ne coûte pas des milles et des cents !". Mais Jacques Bonhomme recule. Alors le rusé personnage revient à la charge: "Grâce à la Ligue, tu seras assuré contre l'incendie et toutes les autres sortes d'accidents !"."Ah très bien alors, inscris-moi !"

Et c'est grâce à cette sorte de trucage qu'on obtient des adhésions à la Ligue des Droits de l'Homme à Poullaouen; en faisant croire qu'il s'agit d'une société d'assurances. Et on vous dira encore que le "progrès" fait son chemin à Poullaouen !

 Ar Bobl, n° 109, 20 octobre 1906
Traduction: Jean Yves Michel, juillet 2014


 

 


 

 







Dernière modification le 17/07/2014

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