Ar Bobl (1904 - 1914)

Le journal de Taldir Jaffrennou: "le Peuple"

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31/12/2019

LE CONSEIL MUNICIPAL, lieu d'affrontements oratoires...

 

C'est, évidemment, à la mairie de Carhaix que prennent place les plus belles joutes, c'est-à-dire les plus âpres mais aussi  intellectuellement les plus élevées et les plus enlevées

Séance de juin 1905 (7 conseillers absents, 4 de droite et 3 de gauche; 14 présents, 5 de droite et 9 de gauche)

  Le maintien de la présence des Soeurs URSULINES, enseignantes, sommées de cesser leur activité avant 1906, divise les 21 conseillers municipaux, élus sur une liste unique mais scindée en deux groupes: 12 radicaux ont porté le marchand de grains en gros ANTHOINE au fauteuil de maire, 9 libéraux ont opté pour le médecin MARCHAIS

   "Les Congrégations

   M. le Maire annonce qu'il a reçu une lettre de la Supérieure des Ursulines. Cette lettre, dont  il donne lecture,  fait appel aux sentiments généreux du Conseil, pour qu'un voeu favorable soit émis pour demander le maintien à Carhaix des Religieuses  installées ici depuis 300 ans. Elles ont contribué à la prospérité de la ville et ne demandent rien à personne. Elles ne sont hostiles à personne. Elles espèrent donc un voeu favorable à leur maintien.

  M. Anthoine: J'estime que cette question n'est pas de notre compétence. La loi étant votée, nous n'avons pas à la critiquer. Je demande donc que les choses soient laissées en l'état.

  M. Marchais: Un voeu n'engage en rien et n'est pas fait pour critiquer la loi

  M. Lemoine: Un voeu ne changerait rien au cours des évènements

  M. de Léseleuc: Nous avons bien voté un voeu favorable au maintien des Frères !

  M. Anthoine: Il a été signifié aux Ursulines qu'elle devaient avoir cessé de faire classe avant 1906. Nous n'avons pas à revenir là-dessus.

   M. Marchais: Le délai peut être poussé jusqu'à 10 années. Nous demandons donc que le Conseil soit appelé à se prononcer, non pas sur le maintien indéfini des Soeurs mais pour qu'elles restent le plus longtemps possible.

  M. Anthoine: Je refuse de mettre ce voeu aux voix.

  M. Marchais: Vous êtes obligé de tenir compte des voeux proposés par les Conseillers.

  M. Anthoine: Je lèverai plutôt la séance.

   M. de Léseleuc: Vous lèverez la séance illégalement. Je demande le vote sur la question. Les membres présents au nombre des deux tiers vous le demandent, vous devez mettre le voeu aux voix. Je demande que votre refus soit inséré au procès-verbal.

   M. Anthoine: C'est là un voeu politique. Je n'irai pas contre la loi.

   M. Marchais: Vous allez contre les droits des conseillers municipaux et contre l'intérêt de la ville. Ce voeu n'est nullement politique, il ne vise que le maintien des Ursulines jusqu'à l'expiration du délai le plus éloigné, fixé par la loi de 1901.

MM. Montfort et Conan protestent avec MM. Marchais et de Léseleuc.

   M. Anthoine se lève et se couvre. Se lèvent également MM. de Jaegher et Lemoine, adjoints, Henriet et Frédéric Mélou. Les autres demeurent assis quelques instants. Il est visible qu'ils blâment l'attitude du maire en cette affaire [...] Le nombreux public qui remplissait la salle, accueille dans le plus profond silence la brusque décision de M. Anthoine et des membres radicaux du Conseil.

Ar Bobl, 24 juin 1905

  Mais la commune circonvoisine de Plouguer n'entend pas laisser le monopole de la dissension à Carhaix.

"La grève du Conseil municipal.

   Nous avons interviewé un Conseiller municipal de Plouguer au sujet de la crise que traverse la municipalité. Ce Conseiller fait partie des six opposants.

  "Eh bien, lui demandons-nous, vous en voulez donc bien à ce pauvre Cougard, pour le mettre si mal en point ?

- Nullement, ce n'est pas à sa personne que nous en voulons, mais uniquement à sa façon de procéder. M. Cougard, maire de Plouguer, agit comme si le Conseil n'existait pas. Tout est tramé, mijoté entre lui et son secrétaire de mairie, les commissions ne sont jamais convoquées, les décisions votées ne sont pas exécutées; enfin, à part ses amis du Conseil, qui sont à quatre, nous autres, six opposants, nous ne savons rien de ce qui se passe.
    Le public n'est jamais informé non plus: jamais à Plouguer il n'est  affiché contre la maison commune, dans les délais légaux, d'extraits des séances du Conseil municipal.

   - Ce faisant, répondîmes-nous, le Maire de Plouguer ne fait, somme toute, qu'imiter le Maire de Carhaix et les maires de presque tous les petits trous, où l'on ne tient pas à ce que le vulgaire populo mette le nez dans les affaires de ses dirigeants. Avez-vous d'autres griefs contre M. Cougard ?

- Beaucoup. Sa famille est très nombreuse dans la commune et de ce fait il existe chez nous un favoritisme que nous voulons faire cesser immédiatement.

  - Mais comment vous y prendrez-vous ?

- Nous faisons grève et nous ferons grève jusqu'à la gauche. Il sera bien obligé de s'en aller.

- Gardez-vous en bien. Vous seriez roulés. Si vous manquez volontairement et sans excuse à trois séances ordinaires du Conseil, votre maire peut vous faire démissionner d'office (article 60).

- N'importe . Ce que nous voulons, ce sont de nouvelles élections.

- Mais vous êtes sûrs, une fois démissionnaires, de repasser tous les six ?

- Absolument ! Mais il est probable que nous ne nous arrêterons pas à cette méthode. Nous ferons de l'obstruction systématique, nous refuserons de voter toutes les motions et même le budget communal; de cette façon, M. Cougard devra démissionner ou le Préfet devra dissoudre le Conseil et des élections générales auront lieu.

- [...] Vous entendez faire sauter votre Maire et en nommer un autre. Vous demandez, comme dans la fable, un nouveau roi. C'est peut-être parce que vous estimez que M. Cougard est l'homme de M. Lancien et que ne voulez pas servir les intérêts du Conseiller général ?

- Nous ne nous occupons pas de M. Lancien. [...] Encore une fois, nos querelles sont uniquement locales et non politiques.

- [...] Ce qui vous pend au nez, si votre Conseil ne peut ni siéger ni délibérer, c'est l'annexion par Carhaix-ville.

- Jamais ! Nous ferions alors la grève de l'impôt. Nous ne voulons pas vous aider à payer vos dettes."

Fanch"

Ar Bobl, 11 décembre 1909







Dernière modification le 02/11/2018

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